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    Fuite des ingénieurs Enseignement et industrie se renvoient la balle

    Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5461 Le 26/02/2019 | Partager
    Amzazi pointe le «manque de projets stimulants»
    Elalamy incrimine la «faible production d’ingénieurs»
    600 professionnels et fraîchement diplômés se sont expatriés au premier semestre 2018
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    Entre la faible production d’ingénieurs et le manque de projets stimulants, les deux ministères de tutelle se renvoient la responsabilité (Ph. F. Al Nasser & Jarfi)

    C’est une grave pénurie d’ingénieurs IT que vit le Maroc en ce moment. Depuis un peu plus de deux ans, l’exode des compétences se fait ressentir durement dans le secteur.

    Durant le premier semestre 2018, ils ont été près de 600 ingénieurs, en poste ou fraîchement diplômés, à s’expatrier, selon l’Apebi (Fédération des technologies de l’information, des télécommunications et de l’offshoring). Ils quittent pour des postes dans des pays européens, plus précisément en France et en Allemagne, où la transformation digitale est très dynamique.

    Ces départs intensifs mettent en difficulté les opérateurs locaux, et menacent l’avenir d’un secteur porteur, à fort potentiel de création d’emplois pour les jeunes, selon les professionnels. «Cette rareté de profils engendre un sérieux manque à gagner pour certaines entreprises, se retrouvant dans l’incapacité d’honorer leurs engagements vis-à-vis de leurs clients», explique Aziz Daddane, PDG de S2M.

    «D’autre part, le secteur subit une perte en qualité des compétences, puisque ce sont bien entendu les profils expérimentés qui sont la première cible des entreprises étrangères», poursuit-il. La sonnette d’alarme a été tirée il y a plus d’un an par la Fédération. Depuis, rien n’a changé. «La volatilité des ressources est aujourd’hui incroyable. La rentabilité de la destination offshore est même remise en cause par certains», s’inquiète Youssef El Alaoui, vice-président de l’Apebi.

    Aujourd’hui, le secteur offshore emploie quelque 60.000 ingénieurs et techniciens, selon les estimations de la tutelle. «Les sociétés veulent recruter davantage de compétences, mais n’y arrivent plus au vu de cette pénurie», se désole-t-il. 

    Selon Moncef Benabdeslam, patron de Capgemini, le programme «Visa French Tech» lancé en juin 2017 par la France, qui accorde sous conditions des visas de quatre ans aux talents étrangers ainsi qu’à leur conjoint et enfants, encourage davantage cet exode.

    «Nous ne sommes pas contre la mobilité internationale, mais il faut qu’elle soit régulée. Aujourd’hui, plusieurs cabinets de recrutement viennent embaucher nos ressources pour le compte de sociétés qui n’ont aucune présence au Maroc, en déployant des démarches faciles. C’est ce type de pratique qui perturbe le secteur», ajoute-t-il.

    Cette vague de départs qui visait principalement ceux ayant entre 1 et 3 ans d’expérience commence à toucher les profils seniors. Selon les professionnels du secteur le coût de remplacement d’un chef de projet oscille entre 200.000 et 300.000 DH par ressource. «Ce turnover fait mal!» martèlent-ils à l’unisson.

    Lors de sa dernière sortie, le ministre de l’Education nationale, Saaid Amzazi, avait appelé les entreprises à offrir de meilleures opportunités à leurs ressources. «Les jeunes ingénieurs sont à la recherche de projets stimulants et de challenges, chose qu’ils ne trouvent pas forcément au Maroc. Ils déplorent aussi une gestion des ressources humaines qui tarde à se moderniser», avait-il déclaré lors du rendez-vous sur la «transformation digitale», organisé récemment par l’Ecole Mohammadia d’ingénieurs (EMI).

    Toutefois, les professionnels ne sont pas tout à fait d’accord avec son discours. «Nous faisons de notre mieux pour retenir nos compétences. Cependant, nous avons besoin de plus de visibilité par rapport aux différents chantiers numériques, publics et privés, pour pouvoir être plus agressifs dans nos engagements vis-à-vis de nos ingénieurs, et proposer des plans de carrière stimulants. Cela nous fait défaut aujourd’hui», souligne Youssef El Alaoui.

    Ces personnes qui s’expatrient ont généralement un projet professionnel à l’étranger. Ils veulent améliorer leur niveau de vie et bénéficier d’avantages sociaux. Ils veulent aussi fuir un management qui freine leur carrière. «Les managers doivent évoluer vers un type de direction collaboratif plutôt que directif», préconise Hassan Bahej, DG d’IBM Maroc.

    «Une vague de pessimisme règne en ce moment. Sauf que lorsque les ingénieurs partent, ils quittent leur pays, et non pas uniquement leur employeur», tient à souligner pour sa part Amine Zarouk, président du pôle Offshoring de l’Apebi. En effet, l’étude du jobboard ReKrute.com autour de la migration des talents confirme cette tendance, puisque 9 sondés sur 10 ont exprimé le désir de vouloir s’installer à l’étranger.

    Par ailleurs, l’initiative de 10.000 ingénieurs et assimilés conçu pour accompagner le plan Emergence industrielle n’a pas abouti. Seulement 8.000 lauréats arrivent sur le marché chaque année, selon le ministre de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy. Ce qui reste insuffisant vu le nombre de grands projets qu’accueille le pays.

    Pis encore, cette carence est accentuée par des départs de promotions complètes dès leur sortie d’école. «Nous ne pouvons pas empêcher des personnes de quitter le pays s’ils le souhaitent. Ils sont libres de circuler comme ils veulent. Nous devrions plutôt redoubler d’effort au niveau de la formation. Or le Maroc produit peu d’ingénieurs», souligne Moulay Hafid Elalamy.

    Pour ce chantier, c’est vers les universités que les regards sont tournés. «Il faut impérativement activer des plans de formations à long terme avec les universités et grandes écoles, mais aussi à court terme à travers des formations certifiantes de 3 ou 4 mois pour les collaborateurs», insiste le président du pôle Offshoring de l’Apebi.

    D’un autre côté, pour pallier ce déficit, le PDG de S2M propose de mettre en place une stratégie nationale pour attirer la diaspora marocaine ayant accumulé une expertise et souhaitant revenir s’installer. «Je reste convaincu que notre pays présente l’un des meilleurs rapports opportunité de travail et qualité de vie comparativement aux pays environnants, y compris l’Europe de l’Ouest», indique Aziz Daddane.

    Que fera l’ADD face à la pénurie?

    La situation risque de s’aggraver durant l’année. «Les grands chantiers qui seront lancés par l’Agence de développement digital (ADD) nécessiteront eux aussi beaucoup de ressources», s’inquiète Amine Zarouk, DG d’Alten Maroc et président du pôle Offshore de l’Apebi. En effet, l’Agence dont le nouveau DG, Mohamed Idrissi Meliani, vient d’être nommé, aura, elle aussi, besoin d’un grand nombre d’ingénieurs pour dynamiser le secteur digital au Maroc et accompagner la stratégie e-gov.

                                                                                  

    Tunisie, un plan de rescousse

    A l’instar du Maroc, la Tunisie est, elle aussi, touchée par l’exode de ses compétences. Toutefois, le pays forme deux fois plus d’ingénieurs que le Royaume (Voir L’Economiste N°5272 du 15 mai 2018). «En Tunisie, nous arrivons à constituer des équipes stables, et nous minimisons les risques de pertes de projets», explique Youssef El Alaoui, vice-président de l’Apebi. A deux heures de vol, le pays offre aux entreprises marocaines un plan de secours. Avec un marché local peu développé, et de bons profils payés à 2.000 dinars, soit l’équivalent de 6.000 DH, les entreprises qui y ouvrent une brèche arrivent à maintenir la stabilité de leur activité.

    Tilila EL GHOUARI

     

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