Culture

SIEL: Une pensée africaine sur l’Afrique

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5451 Le 12/02/2019 | Partager
Une programmation du Pavillon France axée sur le continent
Des intellectuels, des philosophes, des historiens présents
Débats, ateliers, signatures… à travers le Maroc
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La programmation du pavillon France propose un panorama actualisé des relations qui lient l’Afrique de part et d’autre du Sahara à travers les livres (Ph. DR)

«En Quête d’Afrique(s)», c’est autour de ce thème, emprunté au philosophe sénégalais Soulaymane Bachir Diagne, que s’articule la programmation du pavillon France au Salon international de l’édition et du livre (SIEL), qui se déroule à Casablanca jusqu’au 17 février.

Une programmation qui propose un panorama actualisé des relations qui lient l’Afrique de part et d’autre du Sahara. Une réflexion partagée par des intellectuels, philosophes, historiens, romanciers d’Afrique du Nord et d’Afrique sub-saharienne, qui développent une pensée critique sur les manières de penser l’Afrique et les dynamiques qui agitent ses sociétés.

A travers le livre sous toutes ses formes: romans, essais, jeunesse, beaux-arts, bande dessinée, c’est tout un continent qui se donne les outils intellectuels pour penser par lui-même et se repositionner dans le monde.

«Si cette pensée critique produite en Afrique et dans ses diasporas émerge nettement depuis plusieurs décennies, occupant une place grandissante dans les médias, les réseaux sociaux ou les collectifs transnationaux d’artistes et d’intellectuels, les pouvoirs publics africains, étrangement, ne lui donnent pas encore toute l’attention qu’elle mérite», comme le soulignent les intervenants d’une table ronde programmée lors de cette 25e édition du SIEL, intitulée «Penser l’Afrique dans le monde et le monde à partir de l’Afrique» avec la participation de Soulaymane Bachir Diagne, Driss Jaydane, Fewine Sarr et Mehdi Alioua.

Un décloisonnement des frontières internes et externes du continent qui a commencé sous l’influence immense d’un Kateb Yacine ou d’un Frantz Fanon pour tisser des fils invisibles entre les Afriques. «Il faudrait que les Nord Africains dépassent l’arabo-islamisme qui leur masque l’Afrique», soulignait Kateb Yacine, l’un des premiers auteurs maghrébins à regarder par-delà le Sahara et à intégrer le continent dans son champ d’inspiration. La pensée et l’engagement de Frantz Fanon dépassaient quant à eux le cadre national, rêvant avec Kwame Nkrumah d’un grand Maghreb et des États-Unis d’Afrique.

Les auteurs de la nouvelle pensée critique africaine, qui a émergé ces dernières années sur le continent et dans ses diasporas, comme Achille Mbembe, Felwine Sarr ou Souleymane Bachir Diagne, revisitent pour leur part les représentations qui sont attachées au continent africain et s’engagent dans le décloisonnement de ses frontières internes, œuvrant à la diffusion d’une pensée africaine sur l’Afrique.

La traduction en arabe de certaines de leurs œuvres y contribue. Les historiens tels Benjamin Stora ou Bertrand Hirsch se demandent comment réécrire l’histoire du continent sans y inscrire pleinement le Maghreb et font le constat d’un héritage commun.

Les pistes et les objets du commerce transsaharien, la pluralité des langues et le métissage des écritures, l’ancienneté d’un Islam confrérique, les résistances aux colonisations, le rôle ambivalent dans la mondialisation, tout pousse à replacer l’Afrique au centre du monde et de la modernité. Enfin, les conteurs, illustrateurs, auteurs de bandes dessinées, artistes, donnent aussi à voir et entendre le foisonnement culturel qu’inspire et vit le continent.

Durant cette période, l’Institut français du Maroc propose également, son désormais traditionnel, «Hors-les-murs». Des tournées de bédéistes, d’auteurs jeunesse et d’écrivains sur l’ensemble du territoire marocain.Ceux-ci interviennent en nocturne à l’Institut français de Casablanca ainsi que dans les lycées et universités de nombreuses villes, telles que Agadir, Fès, Kénitra, Marrakech, Oujda et Rabat.

Un hommage sera également rendu à Paul Otchakovsky-Laurens. Le fondateur des éditions P.O.L, disparu en janvier 2018 alors qu’il était attendu au Salon du livre de Casablanca pour présenter son film «Éditeur». Son parcours sera ainsi évoqué avec ses collaborateurs et quelques-uns de ses auteurs.

Des matinées «jeunesse» articulées autour de contes en arabe et en français, des ateliers d’écriture, de dessins, de mangas sont aussi prévus. Débats et séances de signatures en présence d’auteurs dont Gaspard Njock, Zakia Daoud, Abdelfattah Kilito, Tassadit Yacine ou encore Youssef Amine Elalamy ponctueront les après-midi du SIEL.

Des hommages seront rendus à des intellectuels disparus, qui par leur travail, ont participé aux rapprochements entre les différentes cultures à l’instar de Abdelwahab Meddeb, Edmond Amrane El Maleh ou encore Mohamed Leftah.

A.Bo

                                                                                      

D’Afrique et d’ailleurs

Plusieurs personnalités du monde des lettres sont invitées lors de cette édition. Des auteurs du Maroc, du reste de l’Afrique et de France, dont voici quelques portraits.
 
■ Souleymane Bachir Diagne,

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professeur sénégalais de langue française à Columbia University, est spécialiste de l’histoire des sciences, de la philosophie islamique et des études postcoloniales. Il est l’auteur de livres comme «Les lois de la pensée de Georges Boole» (Vrin, 1992), «Islam et société ouverte: la fidélité et le mouvement dans la philosophie d’Iqbal » (Maisonneuve et Larose, 2001), «Bergson postcolonial. L’élan vital dans la pensée de Léopold Sédar Senghor et de Mohammed Iqbal» (CNRS, 2011) ou encore «L’encre des savants». Il a reçu le prix Édouard Glissant pour l’ensemble de son œuvre. Son urgence philosophique est de développer une pensée du monde et du vivre ensemble.

■ Benjamin Stora,

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historien français, professeur à l’université Paris-XIII. Il enseigne l’histoire du Maghreb et de la colonisation française (Indochine-Afrique). À partir de 1990, il a codirigé l’Institut Maghreb-Europe à Paris VIII-St Denis. Il a poursuivi ses recherches à Hanoï (1996-1997), New York (1998), au centre Jacques Berque de Rabat (1998-2002) et à l’université libre de Berlin (2011). Il s’est intéressé, notamment, aux luttes entre indépendantistes algériens, à l’histoire des Juifs d’Algérie et à la mémoire de la guerre d’Algérie. Benjamin Stora a publié une trentaine d’ouvrages et a dirigé plusieurs publications. Il a codirigé avec Abdelwahab Meddeb une somme encyclopédique sur L’Histoire des juifs et des musulmans (2013), à laquelle ont participé 120 chercheurs.

■ Abdelfattah Kilito,

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universitaire et écrivain, spécialiste de la littérature arabe ancienne, il a enseigné pendant 40 ans la littérature française à la faculté des lettres de Rabat. Il a également enseigné au Collège de France, à Princeton et Harvard. Il est l’auteur d’une quinzaine de livres. Deux de ses livres, traduits par Francis Gouin, paraissent chez Toubkal: L’absent ou l’épreuve du soleil, et Les Pistaches d’Aboul’Ala Al-Ma’ari. Il a obtenu plusieurs distinctions, dont le prix du rayonnement de la langue française 1996 par l’ambassade de France et le grand prix du Maroc. Il a reçu le Prix Grand Atlas en 1996 et le prestigieux prix Sultan Bin Ali Al-Oweis en 2007.

■ Tassedit Yacine, anthropologue,

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spécialiste du monde berbère, est directrice de recherches à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et membre du Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France. Son chemin a croisé celui de Mouloud Mammeri, écrivain, anthropologue, linguiste et intellectuel kabyle né en 1917 et décédé en 1989, avec lequel elle a longtemps travaillé et créé en 1985 la revue Awal, cahiers d’études berbères, avec le soutien de Pierre Bourdieu.

 

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