Competences & rh

Formation professionnelle: Une fusion avec l’enseignement général?

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5441 Le 29/01/2019 | Partager
C’est ce que recommande le Conseil supérieur de l’éducation
Permettre des allers-retours libres entre cursus en fonction des choix des apprenants
Regagner les bancs de l’école après une expérience en emploi n’importe quand
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Que ce soit au niveau des formateurs ou des stagiaires, l’élément féminin reste minoritaire. La question de la mixité devrait faire l’objet d’une réflexion sérieuse, selon le Conseil supérieur de l’éducation.
Les filles ne représentent que 38,5% des effectifs, soit 166.557. Leur part est même en baisse de 4 points par rapport à 2001. Elles sont plus dans des secteurs traditionnellement féminins, comme le paramédical et santé, où elles représentent plus de 80% des stagiaires, suivi par l’artisanat (65%) et l’assistance aux ménages (57%). Leur présence est également importante dans le textile-habillement et la coiffure-esthétique (44%), ainsi que dans l’administration, gestion et commerce (43%)

Il n’est plus question de garder la formation professionnelle en marge du système éducatif, selon le Conseil supérieur de l’éducation. L’instance  recommande trois grands leviers pour sa «refondation». D’abord, elle doit être intégrée à l’enseignement général. Dans cette nouvelle architecture, les apprenants auraient la possibilité de circuler librement entre parcours.

Le Conseil suggère de sensibiliser les enfants aux différents métiers dès le primaire. Une fois au collège, ils choisiraient eux-mêmes leur parcours, professionnalisant ou général, avec l’accompagnement de leurs parents, enseignants et cadres de l’orientation. A tout moment, ils auraient la possibilité de changer d’orientation.

Pareil pour le lycée. Et même avec un brevet professionnel au collège, il pourraient opter pour le parcours général au lycée. En cas d’abandon, au collège comme au lycée, un programme de qualification professionnelle, sanctionné par une attestation, serait dispensé, afin de faciliter la transition vers le marché de l’emploi.

Le retour à l’enseignement général après une expérience professionnelle ne serait pas impossible. «Ce dispositif permettra à terme de réduire sensiblement les taux d’abandon et de décrochage importants dans le collégial», estiment les experts du Conseil. En effet, au collège, le taux d’abandon caracole à 12% (soit 183.218 collégiens en 2017-2018), contre 1,1% au primaire et 10% au lycée.

A partir du tronc commun du lycée, des stages en entreprises devraient être programmés. Au même titre qu’au lycée, les élèves ne sont pas prisonniers d’une spécialité. Ils peuvent se réorienter à tout moment.

Après un baccalauréat professionnel, les nouveaux bacheliers pourraient opter pour des études supérieures techniques, technologiques ou professionnelles. Mais ils bénéficieraient des mêmes perspectives que leurs homologues de l’enseignement général (master, doctorat, cycle ingénieur…). Là encore, en cas d’abandon, une formation qualifiante supérieure est proposée en vue d’une insertion dans la vie active. La reprise des études universitaires pourrait s’opérer après un bilan de compétences.

Les portes du système d’éducation-formation resteraient donc ouvertes à tout moment. «Le système éducatif deviendrait un tout cohérent, interconnecté et organisé autour de passerelles permettant la formation tout au long de la vie», souligne le Conseil. Toutefois, il y a lieu d’activer «d’urgence» deux systèmes: les bilans de compétences et la validation des acquis de l’expérience professionnelle (VAEP).

D’autres ingrédients seraient nécessaires, notamment repenser l’approche pédagogique, avec un modèle unique et généralisé d’apprentissage alterné entre établissements et entreprises. Cela suppose des incitations encourageant les entreprises à y adhérer.

Ce modèle s’appuierait, en outre, sur un système modulaire facilitant la migration entre parcours. Il faudrait, aussi, des apprentissages donnant la part belle à l’acquisition des compétences, à la polyvalence, aux langues, aux soft skills et à l’usage du numérique et du e-learning.

Dans ce nouveau schéma, l’orientation serait capitale. Le Conseil recommande l’insertion de modules dédiés à cet aspect. Tout ceci ne pourrait se réaliser sans des intervenants formés et qualifiés, et sans une gouvernance améliorée.

En effet, il serait nécessaire de repréciser le rôle de chaque acteur. Il conviendrait aussi d’impliquer les entreprises dans tout le processus, et d’activer de nouveaux outils de pilotage, dont un observatoire national «des liaisons formation-emploi», assisté par des sections régionales, et une agence d’évaluation de la qualité.

Le Conseil ne précise, cependant, pas ce qui adviendrait des deux observatoires du marché de l’emploi déjà en place, ni du rôle de l’Agence nationale d’évaluation et d’assurance qualité de l’enseignement supérieur (Aneaq).

Le deuxième levier recommandé par le Conseil concerne la revalorisation de l’image de la formation professionnelle, aujourd’hui perçue comme un «refuge pour les élèves en échec scolaire». Ceci tout en simplifiant l’accès aux jeunes déscolarisés, ainsi qu’à ceux issus du milieu rural ou à besoins spécifiques. Un appui social pourrait leur être accordé.

Le dernier levier concerne quelques prérequis, dont l’activation du rôle de la région dans le développement du secteur, en lui transférant les ressource financières et humaines nécessaires. Le projet nécessite, par ailleurs, des partenariats solides avec le monde économique et une mise à niveau du cadre juridique.

Il s’agit donc de tout réinventer. Cela nécessitera un engagement fort de tous les acteurs et des ressources financières conséquentes. La commission en charge de la réforme commandée par le Roi s’inspirera-t-elle de ces recommandations?

                                                               

Un fonds pour rationaliser la gestion des financements

L’enveloppe accordée au secteur (0,5% du PIB), issue principalement de la taxe de la formation professionnelle (TFP) payée par les entreprises, et des subventions allouées aux opérateurs, reste insuffisante. Le Conseil supérieur de l’éducation estime que ce budget pourrait être rationalisé et renforcé via plusieurs mesures.

Parmi elles, la création d’un fonds dédié. Il permettrait de rassembler toutes les ressources financières et d’en appréhender l’usage et la destination. Un système de «Comptes nationaux de l’éducation-formation» est également relevé. Il engagerait la tutelle du secteur à insérer un bilan dans son rapport annuel remis au Parlement, précisant les ressources, les charges et les justifications qui vont avec.

En termes de répartition des rôles, selon le Conseil, l’Etat doit prendre en charge la création et l’extension des infrastructures de formation, hors TFP. Il doit aussi accorder des financements ciblés aux populations marginalisées, à travers des bourses et des places dans des internats.

Les régions, aussi, doivent contribuer au financement, en prenant en charge, partiellement, les frais de fonctionnement des établissements, et en fournissant les équipements et matériels didactiques nécessaires.

Les entreprises, quant à elles, devraient ouvrir plus leurs portes à la formation alternée, prendre en charge les stages et participer aux cours dans les établissements de formation.

Ahlam NAZIH

 

 

 

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