×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Médias

    Violence contre les femmes: «Une loi qui tient en 3 feuillets»

    Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5403 Le 03/12/2018 | Partager
    L’UPF Maroc décortique le texte
    Le model tunisien beaucoup plus avancé
    Des violences aux multiples visages
    violences_contre_les_femmes_003.jpg

    Un plateau entièrement féminin pour débattre de la violence à l’encontre des femmes, lors de la rencontre organisée par l’UPF Maroc. L’assistance quant à elle comptait de nombreux journalistes hommes (Ph. Abdellatif Zahim)

    «Une loi sur les violences à l’encontre des femmes doit impérativement remplir 4 critères: le premier étant l’incrimination des actes violents, le deuxième, la protection  des victimes puis vient la réparation et enfin la prévention. Ce dernier point étant des plus importants parce que le code pénal, de par sa mission de sanctions, n’as pas vocation à aborder les questions de prévention».

    En commentant  la loi 103-13 relative à la lutte contre la violence envers les femmes, entrée en vigueur mercredi 12 septembre, Rabéa Naciri est catégorique. «En aucun cas, cette loi ne respecte ces conditions», déplore-t-elle. 

    L’experte de la question du genre et des droits des femmes au Maroc, militante féministe de la première heure et membre fondatrice de l’Association démocratique des femmes du Maroc était invitée, jeudi 29 novembre,  aux côtés de la sociologue Soumia Naamane Guessous et de l’écrivaine Sabr Abou Ibrahimi  au  «Tea Time» de l’Union de la presse francophone, section Maroc, au Four Seasons Casablanca.

    L’évènement réunit, chaque mois, experts, artistes, hommes et femmes politiques ou acteurs de la société civile, avec des journalistes pour une causerie autour de sujets d’actualité. Le thème étant la violence faite aux femmes, les débats se sont focalisés sur une loi insuffisante, inadaptée et largement critiquée par les activistes et la société civile.

    «Une véritable loi aurait dû sortir du champs strict de la sanction pénale pour aborder d’autres mesures de prévention, de sensibilisation et surtout initier tout un dispositif institutionnel à mettre en place pour lutter contre les violences», précise l’experte. Ce qui n’est pas le cas de cette loi qui tient en trois feuillets ne proposant aucun dispositif pertinent ou concret de prise en charge des femmes victimes de violence et ne disposant même pas de préambule.

    Naciri prend exemple sur la loi du Conseil de l’Europe sur la lutte contre les violences à l’encontre des femmes et de la loi intégrale tunisienne pour mesurer l’ampleur de la vacuité du texte marocain. Les 2 premières ont l’avantage de définir d’emblée le statut de victime de violence, quand la nôtre reste dans le flou le plus total. Si l’ensemble des intervenants reconnaissent quelques avancées dans la loi 103-13 comme l’incrimination du mariage forcé, Rabéa Naciri oppose à cela un code pénal «très conservateur, problématique et discriminatoire».

    A titre d’exemple, elle évoque l’article 496 du code pénal qui punit de l’emprisonnement de 2 à 5 ans et d’une amende quiconque «sciemment cache ou soustrait aux recherches une femme mariée qui se dérobe à l’autorité à laquelle elle est légalement soumise»  Ceci signifie, selon Naciri que, lorsqu’une femme mariée quitte le domicile conjugal sans le consentement de son mari, ceux qui l’hébergent, sachant qu’elle a fui le domicile conjugal, tombent sous le coup de cette loi, abstraction faite du motif ayant conduit la femme à quitter le domicile.

    violence-contre-les-femmes-003.jpg

    Malgré la mobilisation d’une partie des citoyens contre les violences faites aux femmes, la rue reste toujours hostile à ces dernières (Ph. ABo)

    Cette disposition constitue, dans la pratique, une entrave légale qui n’encourage pas les ONG à procéder à l’ouverture de foyers d’accueil permettant d’héberger des femmes victimes de violences en attendant qu’une solution soit négociée. De son côté, la sociologue Soumia Naamane Guessous est revenue sur la définition même de la violence faite aux femmes.

    Qu’est-ce qu’une femme violentée? Violence verbale, violence psychologique, mariage précoce, certificat de virginité… des violences qui touchent à l’intimité, au corps et à l’intégrité de la femme dont on fait très peu de cas dans nos sociétés. «La violence faite aux femmes est un indicateur de l’état d’une société.  Ce mal qui l’attaque n’est malheureusement pas considéré à sa juste importance, y compris par des femmes qui ne sont pas toutes conscientes de leurs droits», précise la sociologue.

    Les Marocaines ont appris à vivre en essayant de contourner le problème, en rasant les murs et en construisant des murs invisibles dans les espaces publics»,  précise-t-elle. D’autant plus qu’il est toujours demandé aux femmes de prouver les violences subies. Chose quasi impossible, selon Naamane Gussous, qui dénonce par la même occasion l’esprit patriarcal au sein même des instances et des services d’autorité, censés protéger les femmes.

    Le  même esprit règne dans les médias, particulièrement certaines sitcoms, faisant l’apologie de la violence envers les femmes. L’intervenante dénonce également le manque de prévention  dans le système de l’éducation nationale. Une situation qui fait que la violence est socialement acceptée chez nous, permettant presque toujours de trouver des circonstances atténuantes aux hommes violents.

    Une manière de stigmatiser encore plus la femme violentée en lui reprochant une manière de s’habiller jugée provocante, une présence dans un lieu public à une heure jugée indue ou encore une relation sentimentale avec un homme en dehors du mariage. Une série de situations illustrées également par le témoignage de Sabr Abou Ibrahimi  auteur de «Pourquoi pas moi». Une histoire qui illustre la volonté de femmes qui ont réussi à réaliser leurs objectifs malgré les obstacles rencontrés.

    A.Bo

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc