Société

Maladie de Parkinson: La stimulation plus efficace que les médicaments

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5394 Le 16/11/2018 | Partager
Elle améliore les symptômes moteurs
Les premières chirurgies effectuées avec le Pr Alim Louis Benabid
Appel à élargir le Ramed à de nouveaux traitements
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«Tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant traite les symptômes et non le problème de base de la maladie de Parkinson qui est la mort des neurones dans le cerveau. Beaucoup de résultats positifs chez l’animal ont échoué lors de tous les transferts sur les patients»,  souligne le Dr Abdelhamid Benazzouz (Ph. Bziouat)

- L’Economiste: Comment les compétences marocaines installées à l’étranger peuvent favoriser le transfert du savoir-faire pour les disciplines scientifiques au Maroc?

- Dr Abdelhamid Benazzouz: Ce que nous avons fait est un très bon exemple. Je suis né à Ksar Kbir et je suis parti très jeune poursuivre mes études supérieures en France. Comme le Maroc a dépensé de l’argent pour me former, j’ai voulu lui rendre quelque chose. La meilleure façon de faire est d’entreprendre une action. Cette journée scientifique en l’honneur de deux experts marocains de l’étranger est pour moi très importante. Le ministre Abdelkrim Benatik envoie un message aux autres experts marocains du monde, en Europe, aux Etats-Unis ou au Canada, pour leur dire: «Revenez, on vous attend. Aidez votre pays à se développer dans différents domaines».

- Au-delà du discours politiquement correct, qu’attendez-vous du ministère de la Santé?
- Je connais très bien le système de santé marocain. Le message important à faire passer est le développement de l’hôpital du Maroc. Le Ramed est bien mais il a des limites. Le malade bénéficie de consultations au niveau de l’hôpital, mais on ne lui donne pas les médicaments. Il bénéficie d’une consultation mais quand on lui annonce une pathologie, elle n’est pas traitée par un geste au niveau de l’hôpital. Le prochain objectif devrait être celui de l'octroi du traitement.

- Le coût des soins pour la maladie de Parkinson est inaccessible pour beaucoup. Comment y remédier?
- Je suis entièrement d’accord avec vous. Mais il faut savoir que dans la plupart des cas, les prix ne sont pas exagérés. Les sociétés pharmaceutiques investissent considérablement en technologies et la recherche pour obtenir des résultats bénéfiques. Ce n’est pas accessible à toutes les populations, c’est certain. Dans les pays européens, la couverture médicale prend en charge ces dépenses. Au Maroc, les personnes affiliés à la CNOPS ou à la CNSS, en bénéficient. Les mutuelles marocaines devraient faire un effort pour augmenter le taux de remboursement, cela serait «génial». Car toutes les personnes qui en sont exclues sont en quelque sorte condamnées à ne pas en bénéficier. C’est malheureux. Les petits commerçants et toutes les professions libérales sont aussi concernés. Il faut absolument trouver des solutions pour ceux qui n’ont pas d’assurance maladie. C’est sur ce sujet que le ministère de la Santé doit se focaliser pour mettre en place un système de couverture médicale pour tous.

- Le stimulateur remplace-t-il les médicaments?
- Bien sûr. Il y a un pourcentage de malades qui ne prend plus de médicaments. Ceux qui en prennent en petites quantités négligeables par rapport à avant. Parce que le stimulateur a un effet bénéfique très important.

- Au cours des débats, le nom du Pr Alim Louis Benabid est souvent revenu...
- Maintenant, il est à la retraite. Avant, le Pr Alim Louis Benabid était neurochirurgien et chef de service à Grenoble. C’est avec lui que j’ai fait les premières chirurgies sur des malades parkinsoniens. J’ai participé avec lui au transfert de l’animal vers l’homme. Avec lui et le Pr Polak, nous avons fait la première chirurgie dans le monde à Grenoble. En fait, c’est lui qui opérait les patients.

- Peut-on guérir de la maladie de Parkinson?
- Tout ce qui a été fait jusqu’à maintenant traite les symptômes. Le problème de base de la maladie de Parkinson est la mort des neurones dans le cerveau. Beaucoup d’études sont faites maintenant pour essayer de trouver les moyens de bloquer la mort neuronale pour arrêter la progression de la maladie. De nombreuses équipes de recherche dans le monde travaillent pour comprendre les mécanismes de cette mort afin de trouver une solution pour qu’il n’y ait plus de début de la maladie de Parkinson. Mais malheureusement, beaucoup de résultats positifs chez l’animal ont échoué lors de tous les transferts sur les patients. Je ne suis pas négatif mais à l’état actuel, nous ne pouvons rien proposer pour arrêter la maladie. Mais, dans le futur, une évolution vers cette solution est possible. Il faudra attendre une vingtaine d’années pour soigner les patients.

L’heure des partenariats

«Nous n’avons jamais signé de conventions pour la simple raison que toutes les collaborations sont entre les individus. Mais cette journée va ouvrir la porte à des partenariats officiels», souligne le Dr Abdelhamid Benazzouz. Il considère que jusqu’ici, passer par l’administration ralentissait les choses et impliquait des personnes étrangères au domaine. «Cela risque de bloquer le projet. Quand nous voulons travailler ensemble avec des collègues, nous décidons de le faire. Le lendemain, nous commençons. Mais, maintenant que les choses sont installées, pourquoi ne pas mettre en place des partenariats. Je suis preneur».

Propos recueillis par Mohamed CHAOUI

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