Competences & rh

Employabilité: La CGEM s’attaque à l’inadéquation formation/emploi

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5387 Le 07/11/2018 | Partager
Une approche pragmatique pour faire matcher l’offre et la demande de travail
Reconversion de diplômés chômeurs, alternance, valorisation des talents…
Des expériences pilotes seront partagées avec les 42 fédérations du patronat
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Le Maroc accuse un sérieux retard en matière de ressources humaines. Selon l’Indice du capital humain récemment développé par la Banque mondiale, un Marocain né aujourd’hui serait privé de la moitié de ses compétences à l’âge adulte. Et ce, en raison d’insuffisances en matière d’éducation et de santé. La mise à niveau de ce capital est aujourd’hui l’affaire de tous

Plus du quart des jeunes de 15 à 25 ans (26,5% en 2017) est au chômage. Près d’un sur trois n’est ni à l’école, ni en stage ni en emploi. Cette population de «nini» compte 2,7 millions de 15-29 ans. «Le chiffre monte à près de 4 millions si on prend la tranche des 15-34 ans», relève Mohamed Slassi, président du directoire de l’Observatoire des métiers et compétences des branches professionnelles de la CGEM.

C’est dire l’ampleur du gâchis! Sans compter les quelque 350.000 enfants et adolescents du primaire, collège et lycée qui abandonnent chaque année les bancs de l’école, sans compétences et sans perspectives d’avenir. 

«Nous sommes assis sur une bombe», assène Hamid El Otmani, président de la commission Talents, Formation et Employabilité de la CGEM, qui a tenu sa plénière, jeudi dernier, au siège du patronat à Casablanca. «Sur 400.000 jeunes qui débarquent chaque année sur le marché du travail, 100.000 arrivent à s’insérer, tandis que 300.000 sont mis sur le carreau», regrette-t-il.

Un système d’éducation et de formation défaillant, une inadéquation structurelle entre les profils diplômés et les besoins des employeurs, une croissance économique au ralenti, un modèle économique basé sur la consommation interne et non sur l’innovation et la création de valeur… A la lumière de ces éléments, il paraît difficile d’imaginer une réalité moins dramatique.

«Malheureusement, personne ne s’inquiète de cette question de l’insertion des jeunes. La CGEM doit prendre en charge cette problématique, car c’est aujourd’hui l’équilibre de tout notre système économique qui est menacé», estime El Otmani. Sa commission a donc décidé de placer cet aspect au cœur de sa feuille de route 2018-2020, et plus précisément, de son axe formation. «Le Maroc compte 300.000  PME, dont 85.000 sont membres de la CGEM. Si chacune prend un étudiant, un chômeur ou un jeune en décrochage pour au moins lui faire découvrir le monde professionnel, nous aurons avancé», explique le président de la commission Talent, Formation et employabilité.

L’approche de la commission est plutôt pragmatique. Elle propose, par exemple, de recenser les postes non pourvus dans les entreprises, en raison de l’absence de profils adéquats. En parallèle, en collaboration avec des fédérations sectorielles ou des sociétés, des jeunes diplômés dans des disciplines à chômage (philosophie, histoire, géographie, littérature, physique, biologie…) recevraient des formations professionnelles leur permettant d’occuper ces postes. Cela permettrait de faire matcher la demande et l’offre d’emploi. Dans l’offshoring, par exemple, de 2010 à 2015, quelque 5.000 postes par an étaient vacants faute de compétences. Soit un manque à gagner annuel à l’export d’environ un milliard de DH.  

Une première expérience a été menée avec Marjane et l’université Hassan 1er de Settat, pour la formation de 400 chefs de rayon. Un profil introuvable sur le marché, puisqu’il n’existe aucune formation dédiée. D’autres métiers ont été identifiés, tels que assistant de formation, consultant RH, ou encore, analyste qualité. Les expériences pilotes seront ensuite proposées aux 42 fédérations de la CGEM en vue de leur généralisation.

Contrats spéciaux de formation: «Exit l’Ofppt!»

Sur l’aspect formation continue des salariés, la CGEM compte continuer à militer pour que le budget de cette rubrique ne soit plus géré par l’Ofppt. La commission Talents, Formation et Employabilité revendique le transfert des fonds à la CDG. Pour l’instant, les recettes liées à la Taxe sur la formation professionnelle sont gardées par l’Office, et seuls 30% vont aux entreprises. Chaque année, un nombre ridicule de travailleurs (près de 1.200 par an) en profite, à cause de la complexité des procédures imposées.

La CGEM prévoit, en outre, d’encourager les employeurs à s’ouvrir à la formation par alternance. Les expériences de quelques secteurs dans le domaine, comme l’automobile et l’aéronautique, en ont démontré l’efficacité.
Le deuxième axe de la feuille de route 2018-2020 concerne l’employabilité, à la fois des diplômés et des non diplômés à la recherche d’un premier job, et des salariés victimes de plans sociaux. Il sera aussi question d’activer l’observatoire des métiers de la CGEM, afin de définir avec précision les besoins du marché et d’identifier des niches d’emploi.

Le dernier axe est lié aux talents. Le Maroc connaît actuellement une fuite inédite de cerveaux, notamment du côté des compétences IT, happées par des opérateurs étrangers. «La Société Générale qui souhaite monter un centre de mutualisation de ses dispositifs informatiques au Maroc n’est arrivée à couvrir que 25% de ses besoins en recrutement», relève El Otmani. Les entreprises doivent donc trouver le moyen de séduire et de valoriser les talents, et pourquoi pas, attirer ceux de la diaspora.

Le patronat pense, en outre, à renforcer les compétences des dirigeants de TPME en matière de gestion du capital humain, et de dupliquer les modèles de formation innovants, comme celui de l’école 1337 de l’OCP (voir L’Economiste N°5325 du 31 juillet 2018).

Pour la première fois, un doyen de faculté à la CGEM

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Entreprises et universités se sont toujours boudées au Maroc. Les tentatives précédentes de rapprochement entre la CGEM et les milieux académiques, même avec toute la bonne volonté du monde, ont échoué. Aujourd’hui, la CGEM a décidé d’intégrer, pour la première fois, un doyen de faculté: Abdellatif Komat, qui est à la tête de la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Casablanca depuis presque cinq ans. Komat est également expert en gestion des ressources humaines. Son rôle sera justement de participer à construire des passerelles entre le monde universitaire et celui de l’entreprise.
La récente rencontre entre le patronat et le ministre de l’Education nationale, Saaïd Amzazi, a permis de donner un coup de pouce à ce chantier. Amzazi a promis de désigner des responsables d’employabilité au sein des universités, afin de négocier directement avec les employeurs. «C’est une très bonne idée. Nous avons effectivement reçu des instructions pour former des profils qui s’occuperont de cet aspect. Cette mesure est dans la continuité du projet de généralisation des career centers, montés avec l’USAID, à toutes les universités», confie Driss Mansouri, président de l’université Hassan II de Casablanca. 

Ahlam NAZIH

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