Reportage

Entre marabout et surf, Sidi Kaouki, la station balnéaire qui émerge

Par Jaouad MDIDECH | Edition N°:5364 Le 04/10/2018 | Partager
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Sidi Kaouki, à 30 km d’Essaouira, l’une de ces plages sauvages les plus fréquentées par les amoureux des sports nautiques, mais aussi par les touristes en quête d’un rivage tranquille ou faire une balade à pied sur le sable, à dos de dromadaire, de chevaux, ou en quad…(Ph. JM)

A 30 km d’Essaouira, Sidi Kaouki, une plage sauvage, connue surtout par son marabout qui attire les gens pour sa baraka. Désormais, elle attire surtout les amoureux des sports nautiques, le surf, le windsurf et le kitesurf, à la faveur du vent qui souffle toute l’année sur cette partie de l’océan. Y fleurissent, à partir des années 2000, auberges, hôtels, maisons d’hôtes et campings, à mesure que le site gagne en réputation au Maroc et à l’étranger.

Essaouira n’a rien perdu de ses charmes, son port légendaire et sa médina séculaire attirent de dizaines de milliers de touristes locaux et étrangers en cette fin d’août 2018. Mais si l’on sort un peu de la ville, pour emprunter la route nationale vers le sud, en direction d’Agadir, ce sont 150 km de côtes atlantiques qui s’offrent au voyageur, ornées de dizaines de plages sauvages où les alizés fouettent les vagues au grand bonheur des mordus des sports nautiques: le surf, le windsurf et le kitesurf.

Nous sommes à Sidi Kaouki, à 30 km d’Essaouira, l’une de ces plages sauvages les plus fréquentées par ces sportifs, mais aussi par les touristes en quête d’un rivage tranquille où faire une balade à pied sur le sable, à dos de dromadaire, de chevaux, ou en quad…

Nous y sommes arrivés non sans mal: sur les 12 km séparant la route nationale et la plage du village, les travaux d’élargissement de la voie, commencés il y a déjà plusieurs mois, ne sont pas encore achevés, les conducteurs ont à traverser une chaussée poussiéreuse crevassée, et ont intérêt à prendre leur mal en patience.

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Sidi Kaouki, à 30 km d’Essaouira, l’une de ces plages sauvages les plus fréquentées par les amoureux des sports nautiques, mais aussi par les touristes en quête d’un rivage tranquille ou faire une balade à pied sur le sable, à dos de dromadaire, de chevaux, ou en quad…(Ph. JM)

Mais le voyage mérite le détour: s’étendant sur plusieurs kilomètres, la mer, plutôt calme ce jour-là, vous tend les bras et vous invite à une trempette bien méritée. Première étape s’imposant à tout visiteur, le parking du village: un petit centre où se côtoient boutiques, cafés et autres petits restaurants. Sur son flanc droit, hissé sur un monticule surplombant l’Atlantique, repose le saint Sidi Kaouki.

Les populations des douars et des localités avoisinants y viennent encore implorer la baraka du marabout, tout en observant un rituel ancestral: égorger un mouton, et couper les cheveux aux petits enfants espérant ainsi avoir la bénédiction du saint. Jusqu’à récemment, avant qu’il ne soit remplacé par un festival de chant et de folklore organisé par une ONG locale, un moussem annuel célébré au mois d’août réunissait les berbères de la région autour du saint.

A quand remonte la construction de ce marabout et sa coupole? Personne ne le sait. Jamal, le jeune homme de 28 ans, chargé du gardiennage qui nous reçoit, estime cette présence à au moins trois siècles. «De toute façon, nous héritons du gardiennage de ce lieu de père en fils, et nous faisons de notre mieux pour qu’il soit propre, et en bon état», indique notre guide.

Quant au personnage objet de toute cette vénération, Jamal nous livre quelques informations à prendre avec des pincettes. Selon la légende, ce mausolée aurait été construit en hommage à un médecin vétérinaire qui a pu sauver le bétail d’une épidémie de peste ayant ravagé, autrefois, la région.

La baraka du saint

Une autre version prétend que Kaouki est l’éponyme d’un certain douar situé dans les environs de la ville de Safi... Qu’importe, la baraka du saint, comme c’est le cas pour les dizaines de marabouts de la région (Sidi M’barek, Sidi Ahmed Sayeh…), continue d’attirer foule de fidèles qui croient dur comme fer à ses pouvoirs de guérisseur.

En bas, dans la salle funéraire au plafond arqué, repose la sépulture du défunt enveloppé d’un drap rouge et vert. Quelques femmes assises, dos au mur, regardent fixement le tombeau espérant un remède à leur stérilité. Côté océan, un escalier extérieur en colimaçon d’une vingtaine de marches conduit à une petite terrasse où le visiteur pourra apprécier, dans toute sa splendeur, l’océan atlantique et les vagues mourant sur les dunes de sable.

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La baraka du saint, comme c’est le cas pour les dizaines de marabouts de la région (Sidi M’barek, Sidi Ahmed Sayeh…), continue d’attirer foule de fidèles qui croient dur comme fer à ses pouvoirs de guérisseur (Ph. JM)

Déserte jusqu’aux années 1970, et au hasard de leur pérégrination bohémiennes, quelques hippies découvrirent cette plage, mais il fallait attendre les années 2000 pour que sa réputation gagne du terrain au Maroc et à l’international. Les touristes, fuyant la civilisation et son stress, y viennent chercher un moment de détente et de sérénité, et c’est ce côté hors du temps qui les fascine.

C’est le cas de Nathalie et Stéphane, un couple de Français rencontré sur la terrasse d’un café. Habitué à la ville ocre, il a choisi cette année une maison d’hôte à Ida Ougourd, un village situé à une vingtaine de kilomètres de la cité des Alizés, connu par ses arganiers et les ruines d’une ancienne sucrerie, pour passer quelques jours de leurs vacances.

Drôle de choix? Pas du tout, répond Stéphane. «Vous savez, nous venons au Maroc pour nous reposer dans des sites où la pure nature est reine, nous n’avons plus besoin de ces hôtels bétonnés et luxueux. Nous avons justement fui Agadir et sa plage Taghazoute, où le ciment a tué les paysages sauvages.

Même Sidi Kaouki n’y échappera pas un jour. Regardez, on est en train d’élargir et de goudronner la route y menant, quand elle sera prête à la circulation, le site perdra toute son attractivité, du moins pour nous», nuance Nathalie.

Des maisons d’hôtes bâties au milieu de grottes de pêcheurs

Les sites écologiques, loin des constructions bétonnées et polluantes, attirent de plus en plus les touristes. Quelques investisseurs ayant compris ce besoin, ont entrepris la construction de maisons d’hôtes, là où les lois de la nature sauvage continue de braver les méfaits de la civilisation moderne. Fuyant Agadir après avoir constaté les dégâts infligés aux plages naturelles de la ville et région, ce couple français est allé chercher ailleurs, Le Troglo Dune.

Un nom sonnant bizarre aux oreilles, inconnu du commun des mortels des Marocains. Il s’agit de chambres d’hôtes bâties au milieu de grottes de pêcheurs nichées dans quelques falaises, à 3 km de la station balnéaire d’Aglou, soit à une quinzaine de kilomètres de Tiznit. Nathalie et Stéphane ne tarissent pas d’éloges pour cette merveille.

«Voilà ce que nous cherchons, une chambre creusée sous la roche, sans autre éclairage pendant la nuit que celui des panneaux solaires, et où nous n’entendons que la musique des vagues et du vent qui souffle sur l’océan. Le concept est original, c’est un îlot de sérénité où nous ne manquons pas de confort quand même…».

Le Troglo Dune est décrit en effet comme une grotte 5 étoiles, avec en sus, pour les inconditionnels du bain maure, un hammam chauffé au bois, avec un décor de tadelakt.

Au fil des ans, cafés et restaurants aux décors rudimentaires ont poussé aux abords du parking de la plage Sidi Kaouki, des habitants d’Essaouira, constatant l’avenir prometteur de cette station balnéaire, s’y sont rués, espérant gagner mieux leur vie.

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Ici, un escalier en colimaçon conduisant à une terrasse surplombant l’océan (Ph. JM)

C’est le cas d’Abdellah qui gère «Café-Molière» (un nom théâtral qui sied peu avec le décor), venu ici avec sa petite famille depuis 2007. «Oui, de plus en plus de touristes, c’est notre gagne-pain, rien à dire, mais rien d’intéressant aussi à part cela. Plus de 10 ans que je suis ici, aucune amélioration pour la population locale, ni école, ni dispensaire, et, cerise sur le gâteau, le prix du terrain qui flambe d’année en année, des parcelles se vendent à 10.000 m²…», renchérit Abdellah.

Les élèves en âge d’être scolarisés devraient en effet parcourir 8 km aller et retour pour fréquenter les écoles primaires les plus proches, dans les villages Ichaoun, Boukho et Tighanem. Même chose pour avoir droit à un médecin, ou s’approvisionner en viande, fruits et légumes, il n’y a pas de souk hebdomadaire sur place.

Cela n’a pas empêché un autre habitant d’Essaouira de venir fructifier son petit épargne à Sidi Kaouki, en montant «Chez Iziki», un autre café-restaurant: là on sert grillades, salades et frites, et les succulentes sardines fraîches, à moins de 50 DH le repas. On se bouscule chez Hassan Iziki, le propriétaire, la haute estivale n’est pas encore terminée, et il semble flatté qu’on vienne si nombreux chez lui plutôt que chez ses voisins.

«J’ai loué ce terrain de 80 m², j’y ai construit ce petit resto en bois en 2004, je ne me plains pas…», nous glisse-t-il entre deux navettes, les assiettes à bout de bras, entre la cuisine et la terrasse du restaurant. Le serveur c’est lui, en plus d’un autre, et d’un troisième devant les barbecues. Hassan fait le chemin tous les jours entre Essaouira et Sidi Kaouki, les sardines, il les achète au petit matin au port de la ville des Alizés, puisque celui de Sidi Kaouki n’est qu’un simulacre de port.

Les affaires marchaient plutôt bien, jusqu’en 2009, lorsqu’un incendie calcine sa baraque. A sa place, il construit, cette fois-ci en dur, un autre restaurant, plus spacieux et mieux équipé. Cela lui a coûté 160.000 DH, moitié financé par l’INDH, comme il nous le raconte. «Avec l’aide de Dieu, quand on veut on peut. Dieu merci, ça ne désemplit pas pendant cette saison…», se félicite notre restaurateur.

Sur l’autre versant de la route côtière menant à Agadir, et sur environ 2 km, une trentaine d’hôtels, maisons d’hôtes et autre villas proposées à la location, accessibles à toutes les bourses, sont alignés face à l’océan: Auberge du Marabout, hôtel-restaurant la Pergola, villa Soleil, Dar Alya, Dar Sahir, Auberge Dar Boujdaâ…, et la liste est longue, il y en a même avec piscine.

Le surveillant du saint marabout nous a orienté vers le gérant de ce dernier établissement, pour un complément d’enquête. Nous ne sommes pas déçus. Il s’appelle Mohamed El Madi, et, grâce à l’auberge qu’il gère, mais aussi à l’ONG qu’il a créée, l’association Sidi Kaouki d’environnement et de développement touristique, il a su développer un réseau d’amis parmi sa clientèle socialement engagés. C’est Hussein Boujdaâ, exerçant dans le tourisme, qui construisit cette auberge.

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Sur la même ligne où se trouvent hôtels, auberges, le spectacle désolant d’une décharge anarchique où broute un âne (Ph. JM)

Grâce à son parc de chevaux, dromadaires et autres quads, il s’est spécialisé dans les balades dans les environs de Sidi Kaouki, et jusqu’aux cascades Sidi M’barek, distant de 11 km, au bord de la mer et au milieu des champs d’arganiers. Le caractère extraverti et accueillant du gérant lui a valu des amitiés solides, et une solidarité sociale à toute épreuve.

Au moment de notre visite, El Madi était justement en train de fignoler les préparatifs de la rentrée scolaire de septembre. Une ONG casablancaise et une autre, «Dir Iddik», créée par un opérateur téléphonique, ont promis des fournitures scolaires aux élèves de l’école Targante au douar Ichaouine, et à une autre au douar Boukhou, fréquentée par une dizaine d’enfants de Sidi Kaouki.

Cette dernière ONG a même contribué à l’amélioration des conditions matérielles de l’une de ces écoles (tableau, bancs, création d’un jardin et d’un terrain de basket-ball…). Tout cela est bien beau, mais face à l’océan, sur la même ligne que ces hôtels et maisons d’hôtes, le spectacle affligeant de décharges sauvages sur un terrain vague nous ramène à la réalité.

Et pourtant il y a bien une benne à proximité. Au milieu, un âne cherche de quoi calmer sa faim. Nous avons appelé sur place le président de la commune, Hassan Abali, pour quelques explications sur sa gestion du site, hélas il ne s’est pas présenté au rendez-vous que nous avons fixé.

L’œuvre sociale d’une ONG à Sidi Kaouki

L’association Sidi Kaouki de l’environnement et du développement touristique n’a pas démérité depuis sa création en 2016. Son président, le gérant de l’auberge Boujdaâ, Mohamed El Madi, a su sensibiliser sa clientèle pour s’investir dans des actions sociales au profit de la population locale de la commune, habitée par quelque 5.000 habitants. A son actif, une campagne de soins dentaires pour les enfants de l’école du village, avec une sensibilisation aux bienfaits de ces soins. Des opérations régulières propreté-plage, avec ramassage des ordures, pour préserver l’environnement. Réfection de la peinture et construction des toilettes pour l’école Targante, au douar Ichaouine, à 3 km de Sidi Kaouki. L’association organise aussi des opérations cartables pour tous au profit des élèves de deux écoles primaires fréquentées aussi par ceux du village. Au lieu et place du moussem, l’ONG a créé le festival Sidi Kaouki de culture et de sport.

                                                                               

Quand des hippies sortent la plage de l’anonymat

Jusqu’aux années 1970, la plage sauvage Sidi Kaouki était dépouillée de tout intérêt. Ce serait quelques hippies bohémiens qui l’avaient fait sortir de l’anonymat.  A partir des années 2000, en raison des alizés qui soufflent une bonne partie de l’année sur sa plage, Sidi Kaouki devient une espèce de station balnéaire qui séduit de plus en plus les amoureux du sport nautique. 

Au fil des ans, auberges, hôtels, maisons d’hôtes et campings y fleurissent, à mesure que le site gagne en réputation au Maroc et à l’étranger. Quelques prospectus circulant dans les hôtels d’Essaouira le recommandent, avec d’autres sites (comme Moulay Bouzerktoun, les plages Taghart, Diabat, ou encore le Cap Sim et les cascades de Sidi M’barek…) comme une destination à ne pas rater.

Il devient une étape incontournable: Italiens, Allemands, Espagnols, Australiens et autres Français, après une escale à Essaouira, y viennent passer quelques jours, ou quelques heures de la journée.

                                                                               

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■ Sites à visiter aux environs de Sidi Kaouki

- Village Moulay Bouzerktoun. Situé à 50 km de Sidi Kaouki et 25 km d’Essaouira sur la route de Safi, ce village de pêcheurs est aussi une plage réputée pour les surfeurs sur les vagues.
- Village de Diabat. Au sud d’Essaouira à 3 km seulement en allant vers Sidi Kaouki, il surplombe l’estuaire de l’oued Ksob. Il aurait accueilli dans les années 1970 le célèbre Jimi Hendrix. Sa plage est reliée à celle d’Essaouira. On trouve dans ce village les vestiges de Dar Soltane, un ancien palais en ruine. Fermé pour travaux en cette fin août 2018.
- Ida Ougourd. Situé à une vingtaine de kilomètres au sud d’Essaouira, ce village est niché au milieu des arganiers, on y trouve les ruines de l’ancienne sucrerie, ainsi que plusieurs marabouts. S’y tient un souk hebdomadaire tous les mercredis.
- Village Smimou. A 26 km de Sidi Kaouki, il fait partie des douze tribus des Hahas. Les habitants de Sidi Kaouki y vont faire leurs emplettes hebdomadaires dans son souk qui se tient le dimanche.

■ Où dormir?    
L’offre en hôtels, auberges et maisons d’hôtes est généreuse à Sidi Kaouki, à la portée de toutes les bourses. Il y a même deux campings, Kaouki Beach et camping Soleil.
- Auberge du Marabout. Situé au front de la mer à 2 minutes à pied de la plage. C’est un 2*, avec une terrasse et vue sur mer, et un jardin. Prix entre 300 et 500 DH selon la chambre, double ou triple.
- Auberge Boujdaâ: Une dizaine de chambres, un resto, une grande terrasse avec vue sur mer, cette auberge a été bâtie sur les ruines d’une maison il y a une dizaine d’années. Prix entre 200 à 300 DH en chambre double avec petit déjeuner.

 

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