Finances-Banques

Résultats semestriels: Sothema portée par les biosimilaires

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5360 Le 28/09/2018 | Partager
Le résultat d’exploitation à 118 millions de DH, en hausse de 21%
Prochains marchés en Afrique: Le Nigeria et la Tanzanie

«Le premier semestre s’est très bien passé» (le management insiste, sur le «très bien»). L’industriel du médicament achève le premier semestre avec une croissance du chiffre d’affaires de 11,94% à 765 millions de DH. C’est deux fois plus que la progression du marché qui, lui, s’établit à 5,7%. Le résultat d’exploitation de Sothema, à 118 millions de DH, comme le résultat courant, 116 millions de DH, marquent une croissance au-delà de 20%.

La perte de l’appel d’offres de l’insuline que lance le ministère de la Santé tous les ans n’a guère pesé sur les performances du laboratoire pharmaceutique. Le résultat net (117 millions de DH) est impacté par la reprise d’une grosse provision pour amortissements dérogatoires de 52,5 millions de DH.

Cette performance tient à une excellente tenue du marché marocain. Pour résister à la concurrence, l’industriel a opté pour des niches à forte contribution (traitement du cancer, par exemple) et le renouvellement accéléré de son portefeuille produit. Quatre autres produits biosimilaires sont en projet.

Le lancement de la gamme des biosimilaires anti-cancéreux a été un accélérateur du business de la société, mais le reste du portefeuille a bien performé, complète le directeur général, Lamia Tazi. La météo de ce second semestre de l’année est plutôt favorable. A moins d’un grave «incident», les résultats annuels devraient suivre la  même trajectoire.

L’industriel marocain a développé le biosimilaire anti-cancéreux avec la société russe Biocad «qui n’a pas hésité à lui faire confiance». Ce type de deal n’est pas courant, ni évident car les big pharma sont très réticents au transfert de technologie, relève Lamia Tazi. Entre l’accord et le lancement du produit sur le marché, il a fallu cinq ans car c’est un processus très minutieux et pointu.

Ce produit a été enregistré dans beaucoup de pays, sauf dans l’Union européenne. C’est un choix stratégique du partenaire russe de Sothema, car pour être enregistré en Europe, il faut se soumettre à des process très contraignants dont des études cliniques au sein de l’UE.

Restait à obtenir l’autorisation de mise sur le marché (AMM) parce que Rabat s’aligne sur la doctrine de Bruxelles. Il  a fallu accélérer l’élaboration de la législation sur les biosimilaires, et Biocad est parvenue à convaincre les autorités de régulation que son produit répondait aux exigences européennes. La seule différence est que les études cliniques n’ont pas été effectuées sur des sujets de l’Union européenne.

                                                                      

La réforme que redoutent les industriels

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Lamia Tazi, directeur général de Sothema (Ph. L'Economiste)

- L’Economiste: Comment se porte votre activité au Sénégal?
- Lamia Tazi:
Sothema distribue ses produits en Afrique subsaharienne depuis 20 ans. La décision d’installer une usine à Dakar (qui fabrique, entre autres, des anti-diarrhéiques et des anti-paludéens) vise à couvrir toute la région. Dans ces pays, il n’existe pas de protection de la production locale comme au Maroc qui dispose d’un secteur industriel dans le médicament, les autorités nous accompagnent. L’Afrique subsaharienne représente aujourd’hui 10% du chiffre d’affaires de Sothema.
Au Nigeria, qui abrite une importante industrie pharmaceutique, la société est en discussion très avancée avec un partenaire local pour la distribution de ses produits. L’enregistrement des produits a démarré, et d’ici 2020 en principe, ils seront sur le marché. A terme, il n’est pas exclu d’y investir dans une unité de production. Contrairement aux apparences, le climat des affaires y est très bon. Des discussions sont également engagées avec un distributeur en Tanzanie.

- Que redoutez-vous dans la réforme de la loi 17-04 (code du médicament)?
- Même si rien n’est décidé, certaines pistes explorées nous inquiètent en tant qu’industriels. Il semble que l’on envisage de supprimer l’obligation de disposer d’une unité de production localement pour distribuer le médicament au Maroc. Que les AMM (autorisations de mise sur le marché) seraient accordées aux bureaux de représentation. A l’Association marocaine des industries pharmaceutiques, nous allons nous battre de toutes nos forces contre cette évolution.

- Cette obligation d’avoir une usine sur place est-elle encore pertinente dans le contexte de 2018? Elle a aussi permis d’aménager des rentes à des hommes de paille…
- Si vous appelez hommes de paille, des laboratoires qui hébergent d’autres laboratoires, ce n’est pas de la paille. Derrière, il y a un contrôle, des emplois, de la responsabilité juridique,… Si vous accordez une AMM à un bureau de représentation et qu’il arrive un problème grave sur un médicament, contre qui allez-vous vous retourner? Au-delà du poids économique de notre industrie, cette question de la responsabilité est cruciale. Oui, cette disposition garde toute sa pertinence, même en 2018. Mais les importateurs et les multinationales vous tiendront un autre discours, j’en conviens.

Propos recueillis par Abashi SHAMAMBA

 

 

 

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