Tribune

Chine-Afrique: Comment rendre le développement contagieux?

Par Pr. Fathallah OUALALOU | Edition N°:5343 Le 04/09/2018 | Partager

Ici en conférence sur la Chine, pourles étudiants de l’Ecole supérieure deJournalisme et de Communication(groupe de L’Economiste), le Pr. FathallahOualalou a été plusieurs fois ministres, dontdeux mandats remarquables en tant queministre de l’Economie et des Finances,avec El Youssoufi puis Jettou. Maire deRabat (2009 à 2015), engagé depuis toujoursauprès de l’USFP, il nourrit aussiune réflexion approfondie sur le rôle del’homme et de l’action politique dans unmonde libéral (Cf. L’Economiste du 2février 2007, remise des Prix). Ce comportementde partage doit être souligné car il esttrès rare au sein des élites marocaines enmatière de transmissions du capital immatériel (Ph. Fadwa Al Nasser)  

Beijing, qui devient ces jours-ci la première puissance mondiale,  abritera cette semaine le 3e sommet sino-africain à un moment où l’Afrique est devenue un centre d’intérêt du monde entier. Car tout indique que le XXIe siècle sera le siècle de l’Afrique pour des considérations démographiques, économiques et géopolitiques.

Le rendez-vous de Beijing, qui sera dirigé par le Président Xi Jinping, aura à donner un nouveau souffle au partenariat sino-africain et surtout l’intégrer dans la logique de «la Route et la Ceinture» qui est aujourd’hui l’instrument de dialogue de la Chine avec la mondialisation.

Cette réunion sera aussi l’occasion pour les deux parties de rappeler l’originalité des rapports que la Chine a tissés avec les pays africains depuis son accompagnement solidaire de leur combat pour l’Indépendance. Dès 1964, le discours d’Accra de Zhou Enlai, alors Premier ministre de la jeune Chine populaire, a tracé les fondements de coopération entre notre continent et la Chine, deux entités appartenant au Sud qui cherchent à tourner le dos à l’échange inégal et promouvoir leur développement dans le respect total de leur indépendance et leur souveraineté.

Logique des réformes

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Recueil des discours et de réflexion, «La gouvernance de la Chine» est le manuel à connaître sur la la Chine contemporaine, ses ambitions et sa manière de se développer. Or le développement en matière militaire, les 500 pages écrites serrées, décrivent par le menu la politique chinoise, intérieure et extérieure. Pas très facile à trouver au Maroc, il est en vente sur Amazon. Rappelons que chaque résident au Maroc a une dotation en devises qu’il peut utiliser à sa guise, en particulier pour l’achat de livre à l’étranger

Il y a 40 ans, la Chine a adhéré à la logique de la réforme et de l’ouverture tout en restant fidèle à son identité et à son patrimoine historique et culturel et en défendant son intégrité territoriale. En quatre décennies, elle est passée du statut d’une économie en développement à celui d’une économie émergente pour devenir une grande puissance mondiale. Sa montée constitue un espoir pour tous les pays en développement, notamment africains, qui ambitionnent eux aussi de promouvoir leurs économies et devenir des acteurs majeurs dans le monde d’aujourd’hui.

Durant ces 40 années, la Chine est devenue premier partenaire économique du continent africain en matière d’échange, d’investissement en infrastructures, en industrie et en agriculture mais aussi en matière de coopération dans les domaines technique, culturel, sanitaire et sécuritaire.

Modèle revisité

De 2000 à 2014, les rapports de commerce et d’investissement de la Chine en Afrique ont permis à beaucoup de pays africains de sortir de leur stagnation et d’améliorer le rythme de leurs performances économiques. L’Afrique a globalement réussi durant cette période grâce à la demande chinoise de traverser la crise mondiale avec une certaine quiétude. De son côté, la Chine devenant l’atelier du monde a bénéficié des importations provenant de l’Afrique en matières premières et hydrocarbures. C’est ainsi que les rapports entre les deux parties ont évolué dans une logique de gagnant-gagnant.

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Sorti chez La Croisée des Chemins et chez l’OCP Policy Center (où il est disponible gratuitement, dans la mesure des stocks), «La Chine et nous» de Fathallah Oualalou a été primé (Cf. leconomiste.com). Il est une réflexion sur les processus de développement, les liens avec l’histoire et la psychologie des peuples. A  ne pas rater

En 2014, la Chine a pris deux initiatives. L’une interne: revisiter son modèle de développement appelé à se fonder sur le marché domestique, les technologies avancées du numérique et l’intérêt accordé à l’économie verte. La seconde est mondiale: le lancement de l’initiative de «la Route et la Ceinture» qui doit passer en partie par l’Afrique pour aboutir à la Méditerranée et donc à l’Europe.

C’est dans ce cadre que l’on peut situer le deuxième Sommet sino-africain, en décembre 2015 où le Président Xi Jinping a présenté un projet de rénovation des rapports entre les deux parties avec une proposition de transfert de 60 milliards de dollars et surtout la mise en place d’un partenariat de co-production qui permettra de moderniser les infrastructures et l’agriculture en Afrique et de construire les bases de son industrialisation.

Le rendez-vous de Beijing cette semaine doit constituer un nouveau tournant dans les rapports sino-africains. Il doit confirmer les orientations de Johannesburg et réfléchir aux moyens d’accélérer les partenariats entre la Chine et les pays africains tout en cherchant à ce que ces derniers améliorent leurs modes de gouvernance, maîtrisent leur endettement et leur cadre macro-économiques pour réussir le challenge du développement.

Plus généralement, les stratégies de nos deux pays doivent créer des synergies qui les rassemblent: celle du Maroc, pays africain qui appartient à la verticale afro-euro-méditerranéenne, et celle de la Chine «la Route et la Ceinture». Le Maroc est tout indiqué pour être un des relais essentiels dans ce triangle Chine-Afrique-Méditerranée.

Partenariat «stratégique» depuis 2016

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La tombe d’Ibn Battouta à Tanger. En Chine, le navigateur fut surpris par les billets de banque: «Les Chinois vendent et ils achètent au moyen de morceaux de papier, dont chacun est aussi large que la paume de la main, et porte la marque ou le sceau du sultan» (Ph. DR)

Le sommet de Beijing se tient alors que le Maroc célèbre avec la Chine le 60e anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. En parlant de la Chine, le Maroc rappelle toujours qu’il a été parmi les premiers pays à reconnaître la Chine dans son intégrité territoriale et aussi les origines historiques lointaines de nos relations depuis le voyage réalisé par Ibn Battouta au XIVe siècle.
Il est certain que le deuxième voyage effectué par Sa Majesté le Roi à Beijing en mai 2016 a constitué un tournant dans les rapports entre les deux pays. Il a permis la conclusion entre nos deux chefs d’Etat d’un partenariat stratégique et la signature de plusieurs accords entre la partie chinoise, l’Etat marocain et les banques marocaines. Auparavant le message du Souverain marocain au sommet de Johannesburg avait insisté sur la convergence de l’approche de nos deux pays pour travailler ensemble en Afrique.

 

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Les «routes de la soie», dont le nom fait rêver la Terre entière, sont un projet à déclinaisons multiples. En quelque sorte c’est un «wiki-projet» où, comme dans Wikipédia, chacun apporte ce qu’il sait faire. Diploweb, qui fournit cette carte,  est un site de réflexions et de partage sur la géopolitique

Maroc-Chine: Stratégie d’équilibre

Au moment où les grands pays européens comme la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne cherchent à revisiter l’Afrique pour répondre aux contraintes mais aussi aux potentialités de leur voisinage avec le continent africain, il serait intéressant de promouvoir à côté du partenariat bilatéral Chine-Afrique d’autres partenariats triangulaires entre la Chine, les pays africains et leurs partenaires européens. C’est une bonne opportunité pour faire de l’Afrique un point focal à la promotion de la multipolarité nécessaire pour un monde de paix, de prospérité et pour une mondialisation partagée qui tienne compte de l’apport de toutes les civilisations, celle de l’Occident, de la Chine, du monde arabo-musulman et de l’Afrique.
Le sommet de septembre 2018 à Beijing est une bonne opportunité pour que  Maroc et Chine avancent dans la réalisation de projets de coopération notamment le lancement de la ville Mohammed VI à travers un partenariat industriel et la continuation de la coopération  dans le domaine de la culture, des infrastructures et de l’environnement.
Nos deux pays doivent se retrouver en Afrique dans une approche triangulaire autour de projets qui les concernent directement: la question agro-alimentaire avec les actions menées par l’OCP en Afrique, l’intermédiation financière en tenant compte de la présence des banques marocaines dans notre continent et l’intérêt accordé par les banques chinoises à la zone Finance City de Casablanca.

 

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