Justice

Le ministère public redéploie ses troupes

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5278 Le 23/05/2018 | Partager
Mouvement dans le plus grand arrondissement judiciaire du Royaume
Quatre nouveaux procureurs du Roi à Casablanca
L’emblématique Hassan Mattar, quitte la magistrature
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La cérémonie d’installation d’un magistrat est réglée comme du papier  à musique. Ici, Najim Bensami, en second plan, le nouveau procureur général près la Cour d’appel de Casablanca. C’est le très respecté et brillant président de la Chambre des crimes financiers à Casablanca, Lahcen Tolfi (en premier plan), qui fait accéder son confrère à la salle d’audience. La cérémonie est similaire à une audience: lecture du dahir de nomination, requête du Parquet, établissement d’un PV d’audience et prononcé de la décision par le premier président de la Cour d’appel.  En arrière-plan, le président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire avec sa djellaba blanche et tarbouche rouge, Mustafa Faress, le président du ministère public, M’hammed Abdenabaoui, et le ministre de la Justice, Mohammed Aujjar assis côte à côte. (Ph: Jarfi) 

Le monde judiciaire était en effervescence lundi 21 mai à Casablanca. Et pour cause, les représentants du ministère public ont pris officiellement leurs fonctions dans le plus grand arrondissement judiciaire du Royaume.

Quatre juridictions sur six sont concernées: criminelle, délictuelle, sociale et civile. Elles relèvent toutes de la Cour d’appel de Casablanca qui compte 521 magistrats à fin octobre 2015. Cet arrondissement judiciaire concentre à lui seul près de 12,5% des effectifs.

Lundi donc, un mouvement de redéploiement a touché les représentants du parquet. C’est le cas de Najim Bensami qui reprend les rênes du parquet de Casablanca après ses 36 ans de service. Ce poste, très en vue, était occupé depuis début septembre 2014 par le procureur général du Roi, Hassan Mattar.

Ce précieux magistrat a dépoussiéré les premiers dossiers de spoliation foncière. Ses enquêtes ont initié des procès en cascade, dont le plus célèbre est celui de l’affaire du Dr Brissot (cf. n°4352 du 5 septembre 2014). Le successeur de Mattar n’a pas d’ailleurs manqué à l’élégance de rigueur lors de son installation. Najim Bensami a ainsi rendu hommage à son confrère qui était pourtant absent de la cérémonie.

Le nouveau procureur général du Roi a dressé aussi les grands axes qui vont guider son office. On retiendra dans son discours, «l’amélioration des conditions d’accueil», «l’information des justiciables sur le traitement de leurs plaintes», «la communication avec l’opinion publique et la société civile afin de lutter contre les fausses informations et les rumeurs...».

Les femmes, les enfants et les handicapés «vont bénéficier d’une protection spéciale», promet le chef du parquet de Casablanca. Ces lignes directrices sont largement puisées dans la première circulaire du président du ministère public, M’hammed Abdenabaoui.  

Du côté des autres juridictions, le cérémonial n’a pas démérité au protocole. Mohamed Anis est le nouveau procureur du Roi du tribunal délictuel de Casablanca. Ce magistrat qui vient tout droit d’Agadir succède à Najim Bensami promu à un poste plus élevé. Le représentant du ministère public au tribunal délictuel a regagné la magistrature en 1983.

Entre 2010 et 2014, Mohamed Anis a été respectivement procureur général du Roi des Cours d’appel de Beni Mellal, de Marrakech et d’Agadir. Sa nomination à Casablanca ne doit pas être perçue comme une dégradation statutaire.

Au contraire, la capitale économique et Rabat sont considérées comme des arrondissements judiciaires «exceptionnels» de par le nombre des affaires qu’elles traitent, de leur nature et du poids de ces deux villes. Rabat par exemple concentre le plus gros du contentieux administratif. Tous les établissements publics y siègent.

Pas de réforme «sans implication» des auxiliaires de
la Justice

Dans son discours d’installation, Mohamed Anis s’engage à «regagner la confiance des justiciables» qui en ont grand besoin. Le procureur du Roi s’est référé à deux interventions royales, de 2009 et 2013.

L’une et l’autre insistent sur la réforme de la justice afin que ses institutions soient «fortes, intègres et responsables», rappelle le nouveau responsable judiciaire. Le magistrat debout ne conçoit pas la réalisation de ce projet «sans l’implication» de tous les auxiliaires de la justice. A commencer par les avocats qui constituent le gros du bataillon: 11.400 plaideurs à fin 2015.    

Cette série de cérémonies d’installation a eu heureusement une tonalité féminine. Puisque la magistrate Aïcha Aït El Haj s’est vu confier le Parquet du tribunal civil. La jeune femme a rejoint la magistrature à la fin des années 1990. Cette professionnelle du droit va s’installer la décennie suivante à Khouribga en tant que substitut du procureur du Roi au tribunal de première instance.

C’est le même poste qu’Aïcha Aït El Haj a occupé à partir de 2004 au sein de la juridiction civile de Casablanca. La promotion que vient de décrocher la magistrate sonne comme l’accomplissement d’un parcours. Le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire a également promu Mounir El Mountassir Billah.    

Il occupera désormais le poste de procureur du Roi du tribunal social. C’est dans cette juridiction que l’on traite les litiges relatifs au monde du travail, comme les licenciements abusifs. Le profil diversifié du nouveau procureur devrait rassurer. Mounir El Mountassir Billah a exercé à partir de 2005 au tribunal de commerce de Casablanca.

                                                                                             

Hommage à un magistrat anti-spoliateurs

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L’ancien chef du Parquet de Casablanca, Hassan Mattar, n’a pas démérité à sa mission. Sa nomination en 2014 comme procureur général du Roi a été très bien accueillie dans le monde judiciaire. Il est parti à la retraite après s’être distingué dans la lutte contre les spoliateurs fonciers. Le legs de ce magistrat de grande valeur professionnelle et morale ne doit pas être oublié même si aucun hommage officiel ne lui a été rendu. Il mérite tous les honneurs. Hassan Mattar entame une nouvelle vie au barreau de Casablanca.

 

 

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