Economie

Protection des végétaux: Un «pare-feu» contre les ravageurs à l’import

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5218 Le 27/02/2018 | Partager
La nouvelle loi abroge un arsenal juridique vieux de plusieurs décennies
Mais se garde de responsabiliser le système de veille et de contrôle
De lourdes sanctions à l’endroit des opérateurs privés, en cas de manquement
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Le feu bactérien a fait son apparition dans la région de Fès-Meknès en 2010. Il  avait ravagé plusieurs plantations de pommier et poirier. Une fois la plante infectée, la bactérie  se déplace rapidement à travers les espaces intercellulaires  et dans les vaisseaux du xylème. Les fleurs lourdement infectées noircissent et meurent. Les feuilles des branches atteintes flétrissent, noircissent et restent attachées à la plante, lui conférant un aspect brûlé au feu (Ph. L’Economiste)

Le gouvernement se réveille et introduit un avant-projet de loi ciblant la protection des végétaux. L’un des principaux objectifs tient «à l’amélioration des outils juridiques pour éviter l’introduction et la propagation des organismes nuisibles». Et pour cause! Le flux commercial entourant les plantes et les produits d’origine végétale aggrave le risque d’introduction et de propagation d’organismes nuisibles de quarantaine, explique la note de présentation du ministère de l’Agriculture, porteur du projet de texte.

C’est à croire que le phénomène est d’apparition récente. Pourtant, le pays n’a cessé d’enregistrer des  crises à ce sujet. Tristeza des agrumes, feu bactérien des rosacées, charançon rouge…et d’autres maladies venues d’ailleurs ont infesté nos vergers, voire nos assiettes. Faut-il incriminer un déficit de législation? «Bien au contraire, c’est l’application de la loi qui fait défaut», rétorque un professionnel.

Tout particulièrement, le contrôle, la veille et l’instauration d’un système phytosanitaire privilégiant l’analyse du risque. A cet égard, le projet de texte, articulé sur 9 chapitres et subdivisé en 58 articles, tente de rectifier le tir via l’abrogation d’une dizaine de dahirs dont les anciens remontent au début des années 1970. L’avant-projet mis en consultation sur le site du Secrétariat général du gouvernement énumère les principaux changements qui vont être apportés.

A commencer par les exigences pour l’importation, la détention et la distribution des végétaux ou produits dérivés. Il en est ainsi des règles à respecter en matière de surveillance sanitaire et le contrôle à la production à l’intérieur du pays. La loi va jusqu’à instaurer des sanctions pénales pour tout contrevenant. Sans toutefois, inquiéter outre mesure les autorités compétentes qui auront la charge d’appliquer la loi. (Voir encadré ci-contre).

Et le dispositif à mettre en place sera  assorti de dispositions transitoires.  Or, il y a urgence. Même si le Maroc s’appuie sur la réglementation internationale à laquelle il adhère, il doit activer son propre arsenal pour protéger son patrimoine végétal. D’autant plus que la concurrence ne s’embarrasse pas d’user de tous les moyens.

Ce patrimoine est aujourd’hui en perpétuelle mutation du fait de l’introduction de nouvelles cultures et d’importation de produits alimentaires. Cette situation augmente les risques de propagation des organismes nuisibles, notamment ceux de quarantaine.

Compte tenu de  la nature microscopique et morphologique de ces organismes, leur développement peut passer inaperçu et échapper à la vigilance des agriculteurs entraînant parfois des pertes considérables sur les récoltes. Les virus, les mycoplasmes, les bactéries, les champignons, les insectes, les acariens, les mauvaises herbes, les plantes envahissantes… sont autant d’organismes qui peuvent être nuisibles au cours de tout le stade végétatif de la plante (semence, feuilles, tiges, racines, fruits, graines...).

D’où la nécessité de renforcer le contrôle et la vigilance aux frontières. Et c’est le rôle de la police phytosanitaire des végétaux et produits d’origine végétale. Cette police, menée par l’Office national de sécurité de produits alimentaires, bénéficie en principe de tous les intervenants (départements ministériels concernés, importateurs, producteurs et associations professionnelles mais souffre d’importantes failles.

L’importateur le plus pénalisé

Les importateurs et distributeurs figurent en tête des responsables de l’introduction des organismes nuisibles. Ils encourent ainsi des amendes allant de 100.000 à 500.000 DH. C’est le cas de personnes ayant introduit, détenu ou transporté des organismes en violation de la réglementation. La même sanction frapperait les opérateurs qui font circuler des plants sans qu’ils soient accompagnés d’une autorisation. Il en est de même de ceux qui ne notifient pas une fuite accidentelle d’un organisme nuisible réglementé ou exportent des agents de lutte biologique présentant un intérêt phytosanitaire. Pour les personnes qui ne déclarent pas aux autorités concernées, la présence d’organismes nuisibles dans leur zone d’intervention, l’amende est comprise entre 10.000 et 100.000 DH.

 

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