Economie

Croissance/Banque mondiale: Les pronostics des experts pour le Maroc

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5187 Le 15/01/2018 | Partager
La création d'emplois restera faible
La réduction du déficit dépendra de mesures fiscales clés
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Emmanuel Pinto Moreira, économiste principal pour le Maroc: «Au niveau des finances publiques, le déficit budgétaire continuera de baisser, les autorités marocaines cherchent à le ramener à moins de 3% du PIB et la dette publique à 60% en 2021» (Ph. Banque mondiale)

Dans ses premières tendances de l’économie mondiale «2018 Global Economic Prospects», la Banque mondiale a prédit un taux de croissance de 3,1% pour le Maroc en 2018 et 3,2% les deux années suivantes (2019-2020). Le ralentissement de la croissance économique marocaine (qui reste tributaire des aléas de la météo et de la production agricole) est aussi le scénario anticipé par la majorité des institutions nationales (HCP, Bank Al-Maghrib, CMC…).

Le gouvernement table, lui, sur une croissance de 3,2% en 2018. Le rythme de croissance de l'économie marocaine devrait évoluer dans la moyenne de la région Mena (elle devrait s’accélérer en 2018 et en 2019, à respectivement 3% et 3,2%).

A moyen terme, le Royaume devrait être capable d’accélérer sa croissance grâce à ses réformes (climat des affaires, marché du travail, compétitivité…), la bonne performance des industries nouvelles ou encore la reprise en Europe (voir détail dans l’édition N° 5186 du mercredi 10 janvier 2018).
- L’Economiste: Quels sont vos pronostics pour l’économie marocaine?
- Emmanuel Pinto Moreira:
Les perspectives de l’économie marocaine demeurent liées à une forte consolidation budgétaire grâce aux efforts des autorités marocaines pour élargir l'assiette fiscale et réduire les dépenses des subventions du butane. Globalement, à moyen terme la stabilité macroéconomique du pays dépend de la poursuite de politiques saines et prudentes et de l'approfondissement des réformes structurelles visant à accélérer les gains de productivité, réduire le chômage des jeunes, accroître la participation des femmes au marché du travail et réduire la pauvreté et les inégalités.  Sous l’hypothèse d’une production céréalière moyenne et d’une croissance modérée des activités hors agriculture, la croissance économique devrait ralentir en 2018. En l’absence de réformes structurelles plus décisives, la croissance du PIB non agricole devrait rester autour de 3%. Cependant, la création d'emplois restera faible car celle-ci n'est pas suffisante dans les nouveaux secteurs industriels et services pour absorber les nouveaux entrants. Au niveau des finances publiques, le déficit budgétaire continuera de baisser, les autorités marocaines cherchent à le ramener à moins de 3% du PIB et la dette publique à 60% en 2021. La réduction du déficit dépendra de mesures fiscales clés, notamment celles visant à augmenter les recettes TVA et à réduire les exonérations fiscales (dans le secteur agricole).

- Quelles sont les réformes prioritaires pour redresser la barre?
- Le gouvernement travaille actuellement pour améliorer la gouvernance publique. Des réformes qui devraient être axées sur une meilleure prestation de services publics, l’accès à l’information, la transparence et la redevabilité, la modernisation de l'administration publique et la régionalisation avancée. Ces mesures représentent résolument des vecteurs d’amélioration des prestations publiques et de gestion plus efficiente des budgets aussi bien à un niveau national que local.
Une profonde réforme du marché du travail pour qu’il soit plus inclusif et intègre le secteur informel est une piste de réforme importante. Les faibles taux de participation des jeunes et des femmes à la main-d'œuvre soulignent la nécessité de favoriser un marché du travail plus inclusif en adaptant le coût et le code du travail aux besoins de l’économie. Qui dit emploi, dit éducation, car ici encore la réforme de l’écosystème éducatif est essentiel pour générer les compétences dont le pays a besoin pour renforcer sa compétitivité.
Enfin, le chantier de l’adaptation climatique, déjà bien engagé au Maroc, est nécessaire pour placer le pays sur une trajectoire d’un développement durable. Développer les sources non conventionnelles et rentables d’approvisionnement en eau (dessalement, recyclage, etc.) en cohérence avec la politique de développement des énergies renouvelables et améliorer la qualité de l'eau (traitement des eaux usées d’origine industrielle et domestique) sont parmi les axes prioritaires de ce chantier.

Propos recueillis par Fatim-Zahra TOHRY

 

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