International

Migrations: Un sommet pour désamorcer la crise

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5159 Le 30/11/2017 | Partager
Plusieurs chefs d’Etat, dont le souverain, réunis à Abidjan
L’investissement dans la jeunesse, une des priorités
L’Europe tiendra-t-elle ses promesses?
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La chancelière allemande Angela Merkel, avec le président angolais Joao Lourenço, à la cérémonie d’ouverture du sommet UE Afrique (Ph. AFP )

Investir dans la jeunesse et développer l’Afrique pour réduire la migration clandestine. C’est le thème vedette du 5e sommet de l’Union africaine-Union européenne qui a commencé mercredi 29 novembre. A l’heure où nous mettions sous presse, le souverain devait prononcer un discours sur les questions de l’immigration (se référer au site Internet de L'Economiste pour les dernières mises à jour).

La jeunesse africaine constitue à la fois une immense opportunité et un risque. La forte croissance démographique du continent (voir notre édition du 26/09/2017) peut constituer un amplificateur du développement et de la croissance. Elle peut également se traduire par une aggravation des problèmes actuels, dont la migration clandestine, si les investissements ne suivent pas. Voire même la réapparition de phénomènes qu’on croyait disparus tel l’esclavage (voir notre édition du 23/11/2017).

Antonio Tajani, président du parlement européen, évoque même «une bombe démographique» qui va pousser des millions d’africains vers l’Italie et d’autres pays. Le Maroc est quant à lui sur les premières lignes, et les perturbations sociales commencent déjà à se faire sentir (les événements d’Ouled Ziane, cf. l’Economiste du 27/11/2017).

Les villes du Royaume sont prises au dépourvu entre des flux colossaux de migrants et une Europe qui s’en dérobe de plus en plus. La position de l’UE n’est pas claire en dépit d’assurances réitérées notamment sur les accords de réadmission. Un peu partout en Europe, les positions se radicalisent et le mot d’ordre est à la fermeture des frontières.

Les mouvements populistes anti-migrants gagnent en effet du terrain en Italie et pourraient l’emporter lors des prochaines élections parlementaires en 2018 (le mouvement 5 étoiles). Les tensions montent même en Allemagne. Un maire allemand décoré par la chancelière Angela Merkel pour ses politiques libérales de migration a été poignardé, lundi. Merkel fait face à une forte opposition suite à ses politiques d’aide aux réfugiés.

Elle continue néanmoins de s’accrocher fermement à sa position. A Abidjan, la cheffe du gouvernement allemand a d’ailleurs souligné l’urgence de la création d’une route légale d’immigration pour les africains. Le président français Emmanuel Macron, de son côté, affiche une position plus nuancée.

«Si vous dites: j’ai un droit d’accès total sans conditions… je ne peux pas expliquer cela à ma classe moyenne, qui travaille et paie ses taxes», a-t-il dit lors d’un dialogue avec des étudiants dans le Burkina Faso mardi (cf. L’Economiste du 29/11/2017). Macron a par la même occasion loué l'engagement du Roi Mohammed VI dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme.

«Je veux ici rendre hommage au Roi du Maroc pour avoir toujours su trouver les mots qu’il faut, compte tenu du rôle éminent qui est le sien», a-t-il dit. La représentante de l’Union européenne Federica Mogherini, a déclaré vouloir donner un «nouvel élan» à son partenariat avec l’Afrique.

Elle veut dépasser son rôle de bailleur de fonds, pour coopérer davantage sur la sécurité, le climat, l’économie et l’immigration. La lutte contre l’immigration prend donc un autre tournant. «Renvoyer des gens, construire des camps ou des barrières ne pourra jamais régler le problème. Il est plus profond», a estimé Faki Mahamatn, le représentant de l’Union africaine.

L’esclavage libyen et le manque de solidarité

Le Président du Ghana, Nana Akufo-Addo, a dénoncé le manque de solidarité au sein de l'Union africaine à propos de l’esclavagisme qui se passe en Libye. Un scandale qui est au cœur des discussions du sommet Europe-Afrique. Addo a condamné dans un tweet mardi soir les pratiques qu'il a qualifiées de «violations graves et scandaleuses des droits humains».
Des ventes aux enchères de jeunes hommes subsahariens avaient été filmées en catimini par une journaliste de la CNN en Libye. Cette scène a suscité une vague d’indignation dans le monde, en se propageant comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. Des ressortissants marocains en sont également victimes, à en juger d’après une vidéo qui a connu une grande viralité. Le Président ghanéen considère que ces ventes aux enchères tournent «en ridicule la prétendue solidarité des nations africaines regroupées au sein de l'Union africaine, dont la Libye est membre». L'Union africaine a appelé à des mesures urgentes pour mettre fin aux abus contre les migrants subsahariens en Libye.

 

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