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Tribune

Football: Quand le «Data Analytics» permet de gagner des matchs

Par Youssef DEBBAGH | Edition N°:4991 Le 29/03/2017 | Partager

Titulaire d’une maîtrise en e-commerce à HEC Montréal et expert en Inbound marketing, il est également diplômé du mastère en management du sport à l’Iscae. Il s’intéresse particulièrement à l’utilisation des statistiques pour une meilleure prise de décision dans le domaine du sport, sur et en dehors du terrain. A ce sujet, il a participé à la «Sports analytics conference» organisée par le MIT (Ph. YD)   

Différente entreprises dans différents secteurs d’activités adoptent une approche  analytique pour la prise de décision. Imaginez-vous un instant qu’un patron d’une importante entreprise prenne des décisions importantes sans se baser sur des études financières ou des projections, eh bien on dira de lui qu’il est incompétent. Alors pourquoi ne disons-nous pas la même chose d’un coach d’une équipe de football?

L’utilisation des données dans le monde du sport fait face à une forte résistance de la part de la culture traditionaliste qu’on retrouve dans plusieurs clubs de football. En effet, même lorsque les données et les analyses sont là pour supporter des décisions clés de la part d’un coach, ce dernier préfère encore utiliser son intuition pour décider.
Cependant, il est clair, et nous allons le voir, que l’utilisation de l’analytique dans la prise de décision peut amener le succès sur le terrain de jeu. En effet, le «Data Analytics» dans le sport ne se substitue pas à des joueurs de qualité ou à un bon entraîneur qui sont des ingrédients du succès, mais c’est un moyen pour tirer le meilleur de ces facteurs clés de succès.

En effet, le vrai pouvoir de la Data c’est de changer la façon de percevoir et de comprendre un match. Elle permet de détruire des mythes comme celui selon lequel un corner est une occasion franche de but.
Pour en savoir plus, les chercheurs Anderson et Sally(1) avec l’aide de l’entreprise StatDNA(2)  ont analysé 134 matchs de la saison 2010/2011 de la Premier League, avec un nombre de 1.434 corners étudiés et sont arrivés aux conclusions suivantes:
- Les corners donnent des tirs; les tirs cadrés donnent des buts.
- Mais seuls 20,5% des corners mènent à des tirs cadrés, soit 1 corner sur 5.

data_analytics_foot_091.jpg

Ensuite, les chercheurs ont continué l’analyse pour savoir combien de ces tirs mènent à des buts. Ils ont remarqué que seul 1 tir en provenance d’un corner sur 9 donne 1 but, soit 11%. Lorsque nous combinons les deux statistiques, nous arrivons au fait que 1 corner a 2.2% (20,5% x 11%) de chances de donner 1 but.
Peut-être que si tous les coachs de Premier League avaient eu accès à cette étude, on aurait vu moins de corners joués de la façon avec laquelle ils sont joués actuellement.
Selon César Luis Menotti, entraîneur de la mythique équipe d’Argentine, championne du monde en 1978, il y a deux types de football qui s’affrontent, le tout attaque appelé «Football Total» ou celui basé sur le tout défense qu’on appelle «Catenaccio». Pour lui, marquer plus est meilleur que concéder moins.

Bien que l’approche de Menotti puisse paraître comme une théorie, nous allons nous atteler à la vérifier.  Pour cela, la première question qu’il faut se poser est la suivante: Est-ce que les équipes qui marquent le plus gagnent toujours ?
Eh bien la réponse est NON. Selon les études de Sally et Anderson sur les quatre meilleurs championnats européens entre 1991 et 2010 (échantillon de  80 saisons), en Espagne et en Angleterre ce sont les équipes qui ont les meilleures attaques qui gagnent le plus souvent, alors qu’en Allemagne et en Italie ce sont les équipes avec les meilleures défenses qui gagnent plus souvent leurs championnats.

Nous arrivons à la conclusion comme quoi Menotti était dans l’erreur en pensant que l’attaque était le seul ingrédient de succès. Peut-être que le football n’est pas qu’attaque ou que défense, c’est quelque chose entre les deux.
La vision argentine du football tourne autour de l’art de dribbler, du beau jeu, etc. Pas étonnant donc que Menotti soit un amoureux de l’attaque. En effet, c’est la culture de son pays qui l’a poussé à l’être, jusqu’à penser profondément que attaquer est plus efficace que défendre. Nous faisons souvent de mauvaises interprétations et nous rejetons les données qui vont à l’encontre de nos croyances, nous ne nous voyons que ce que nous souhaitons voir. C’est ce que les psychologues qualifient de «raisonnement motivé».

Mais à part l’explication culturelle, il y a des raisons psychologiques à cela. Nous nous rappelons plus des buts qui ont été marqués par rapport à ceux qui ne l’ont pas été, nous nous rappelons du positif plus facilement que du négatif. Les psychologues appellent cela le «biais décisionnel».
Même Sir Alex Ferguson a été biaisé par une illusion cognitive en regardant ses chiffres. Il a décidé de se séparer de son défenseur Jaap Stam car ce dernier taclait moins que les saisons passées. Il en a conclu que son défenseur de 29 ans était sur une courbe descendante, alors que si celui-ci taclait moins, c’était à cause de son bon positionnement sur le terrain.

foot_data_analytics_091.jpg

Les gens diminuent l’importance des choses qui sont absentes (ne se sont pas produites) et augmentent l’importance des choses présentes (qui se sont passées). Ce qui nous conduit aux conséquences suivantes dans le football:
●    On considère plus les buts marqués que les buts évités
●    On valorise plus les tacles que le sens du positionnement
Pour pouvoir valoriser l’attaque et la défense proprement, la comparaison pertinente devrait être entre la valeur d’un but marqué et la valeur d’un but non concédé.
Selon ce graphique qui montre le nombre de points en fonction des buts marqués et des buts concédés. Concéder 1 but produit à l’équipe 1,5 point en moyenne, environ 30% de plus en valeur que marquer 1 but.
Une autre façon de penser à cela consiste à se demander combien de buts une équipe a besoin de marquer pour générer les points produits par une «clean sheet» (ne pas encaisser de but). La réponse  est «plus que 2 buts» comme le démontre le graphe.

Autrement dit, une «clean sheet» produit environ le même nombre de points que marquer 2 buts.
Nous dirons que les équipes qui marquent plus que leurs adversaires gagnent toujours, mais surtout les équipes qui concèdent moins de buts que leurs adversaires. Oui marquer un but est mieux que ne pas marquer, mais ne pas encaisser
1 but a une plus grande valeur en termes de points ramenés que marquer 1 but. Ainsi, la question qui se pose est la suivante: Est-ce que ces buteurs recrutés à des millions d’euros en valent l’investissement, si la ligne défensive de leur équipe n’est pas solide?

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(1)  David Sally & Chris Anderson (2014), «The Numbers Game»
(2) www.statdna.com

 

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