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    L’école publique désertée par ses défenseurs!

    Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4970 Le 28/02/2017 | Partager
    Les classes intellectuelles se ruent sur des systèmes parallèles
    De moins en moins de mixité sociale dans les établissements scolaires
    La répartition coloniale du système éducatif toujours d’actualité
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    Contrairement à l’enseignement supérieur où la part du secteur privé est en régression continue, au primaire et au secondaire le nombre d’enfants scolarisés dans le privé a été multiplié par deux en dix ans pour dépasser les 13% (913.209 enfants). A Casablanca, près du quart des élèves est inscrit dans des écoles privées. Au primaire, 16,2% des effectifs poursuivent aujourd’hui leur scolarité dans un système payant (29% à Casablanca)

    Dès l’indépendance, le Maroc s’est fixé pour objectif de rompre avec les desseins coloniaux pour le système éducatif. Un système à deux visages, réparti en fonction des classes sociales. «Dans son livre, lumières sur les problèmes de l’enseignement au Maroc», le philosophe Mohamed Abed Al Jabri présente le texte d’un discours du premier directeur de l’enseignement au Maroc, Georges Hardy, qui décrit clairement cette configuration», relève Fouad Chafiqi, docteur en sciences de l’éducation, également directeur des curricula au ministère de l’Education nationale. Il intervenait samedi dernier à la conférence inaugurale de l’Agora citoyenne de l’association Regards Citoyens Maroc, dédiée à l’enseignement, qui s’est tenue à l’Esca Business School.

    Hardy n’est autre que l’artisan du système scolaire colonial prônant une éducation minimale pour «la masse des indigènes», contre un enseignement élitiste adressé à la classe aristocratique. Il souhaitait une minorité éduquée à la française, attachée à la France et à même de servir ses intérêts coloniaux, par opposition à une classe défavorisée, atteinte d’une ignorance profonde, et qui pouvait devenir dangereuse si jamais elle accédait à une éducation de qualité.
    Durant le protectorat, la France voulait donc une école pour les enfants de notables, et une seconde pour ceux du petit peuple. Dans la première, l’on a pensé à des formations en administration et en négoce. Tandis que dans le deuxième modèle, l’on a prévu des filières pour les citadins, orientées vers les professions manuelles et artisanales, et des parcours pour les ruraux, les formant en agriculture et en élevage. Dans les régions côtières, l’on a imaginé des formations en pêche maritime. «Dès l’indépendance, feu Mohammed V a réuni une commission pour la réforme de l’éducation qui a abouti à l’adoption de quatre principes: l’unification du modèle, la généralisation de la scolarité, la marocanisation et l’arabisation», rappelle Chafiqi.

    «Malheureusement, nous sommes restés prisonniers de ces lignes directrices», regrette-t-il. En effet, le Maroc a gardé un modèle standard figé et incapable d’évoluer ou de tenir compte des spécificités de chaque région. Les gouvernements qui se sont succédés ont, par ailleurs, mené une véritable course derrière les chiffres. Il fallait généraliser la scolarité à tout prix, sans vraiment s’en donner les moyens, et en faisant abstraction de la qualité de l’offre éducative. L’on a, en outre, tenu à arabiser les programmes, au détriment de l’ouverture sur les langues.
    Les élèves continuent d’en payer le prix. Sur 100 qui rentrent au primaire, environ 30 décrochent le baccalauréat. Si l’on considère que les 30 s’inscrivent dans l’enseignement supérieur, où seul un tiers des étudiants arrive à obtenir la licence, cela signifie que dans le meilleur des cas, à peine une dizaine de rescapés réussissent à décrocher la licence.     

    Le Maroc se retrouve, quelques décennies plus tard, avec un système en faillite, malgré les milliards qu’il a englouti. Ce qui a poussé la classe moyenne à aisée, celle des intellectuels, à déserter l’enseignement étatique et à se ruer sur des missions étrangères et établissements privés. L’école des indigènes revient dans toute sa splendeur. «L’école publique a été abandonnée par ses défenseurs. Elle est restée entre les mains de l’Education nationale et d’une majorité silencieuse de parents muets. S’il y avait un cri du cœur à lancer, ce serait que la classe intellectuelle se mobilise pour elle», insiste Chafiqi.

    Dans les établissements publics, la mixité sociale ne cesse de reculer. De nombreuses écoles accueillent des élèves évoluant dans les mêmes conditions difficiles, avec peu d’exemples de réussite. Avec aussi des parents  analphabètes, intimidés par «l’administration» et incapables de suivre la scolarité de leurs enfants. Ou bien essuyant trop de problèmes de la vie et totalement absents.
    Complètement à terre et délaissée, l’école publique pourra-t-elle se relever? Sans la mobilisation de tous, aucune stratégie de réforme ne pourrait fonctionner.

    La culture comme point de départ

    Calquer des modèles étrangers ou réunir les meilleures pratiques à l’international en matière d’enseignement pour ensuite les dupliquer au Maroc serait tout simplement inutile. C’est ce que pense Không-Lo Pham, consultant en stratégie, professeur de management interculturel, également présent à la conférence de Regards Citoyens Maroc. Selon l’expert, rien ne sert de courir derrière un modèle idéal qui a réussi ailleurs. Toute réforme devrait partir des spécificités culturelles des pays. Cette approche «culturaliste», par opposition à une approche «universaliste», se base sur les spécificités marocaines, en termes de valeurs, croyances, comportements, habitudes, attitudes vis-à-vis du temps, de l’environnement, du groupe, de l’individu…

     

     

     

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