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    Tribune

    Dégradation des sols, l’autre menace

    Par Yassine JAMALI | Edition N°:4955 Le 07/02/2017 | Partager

    Yassine Jamali est agriculteur et docteur vétérinaire (Ph. YJ)

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    Des arbres fruitiers résistants comme l’olivier, le caroubier ou l’amandier peuvent être plantés en association avec les céréales et légumineuses bour. Leur système racinaire permet le développement de divers microorganismes et la chute de leurs feuilles apporte des matières organiques au sol. Sur les deux photos, une association d’amandier et de céréales dans la région d’Azilal au Moyen Atlas (Ph YJ)

    Eau, sol, matériel végétal, techniques sont les principaux facteurs de production végétale. Au Maroc, l’eau est considérée en général comme la contrainte majeure en agriculture. La pluviométrie, le taux de remplissage des barrages, l’optimisation de l’exploitation des nappes phréatiques sont des préoccupations importantes, à juste titre. Cependant, le sol est également un facteur limitant dans notre pays. On s’en rend compte lors des années pluvieuses, qui ne permettent que des rendements en céréales inférieurs au potentiel attendu, à cause de l’épuisement des sols. Cette dégradation est une réalité indéniable aussi bien en zone irriguée qu’en zone bour. Dans les zones irriguées elle est causée par des apports parfois excessifs en eau, qui peuvent causer salinisation, compactage ou lessivage du sol. En zone bour, le phénomène est plus complexe. Il est causé par les nombreux changements survenus au XXème siècle, qui n’ont cessé de s’amplifier depuis: croissance démographique, mécanisation, développement des échanges.

    Rétrécissement de la surface pastorale

    La croissance démographique a entraîné une augmentation des besoins en céréales, et par conséquent une augmentation des surfaces cultivées. La mécanisation de la moisson a permis cette augmentation des surfaces. Mais l’extension de la surface attribuée aux céréales s’est faite aux dépens de la jachère, de la culture des légumineuses, et des pâturages, avec des conséquences négatives dans chacun des cas. La jachère permet à la terre de se reposer, de reconstituer ses réserves, et de réduire le stock de microorganismes pathogènes. La culture des légumineuses enrichit le sol en azote et réduit également le stock de microorganismes pathogènes. La succession entre céréales, jachère et légumineuses (aussi appelée assolement) a été remplacée par une monoculture céréalière qui épuise le sol et augmente les maladies des céréales.
    Le rétrécissement de la surface pastorale a posé un problème d’alimentation des troupeaux ovins et caprins, d’autant plus que pour répondre à l’accroissement démographique, le cheptel de petits ruminants a rapidement augmenté, passant de 6,5 millions d’ovins en 1932 à plus de 16 millions en 2004, et de 3 millions de chèvres à près de 5,5 millions. Pour compenser la diminution de l’apport alimentaire pastoral, la solution la plus immédiate était d’utiliser la paille comme produit de substitution. A la moisson, le maximum de paille est ramassée, mise en bottes, stockée, commercialisée. Les chaumes restés dans le champ sont  ensuite pâturés par les moutons et chèvres. Après un été de pâturage à outrance, les surfaces céréalières se retrouvent parfaitement nues en automne, sans le moindre brin de paille. Il n’y a donc plus aucune restitution de matière organique au sol, année après année, excepté le système racinaire et un peu de fumier de mouton presque stérilisé par le soleil et la sécheresse estivale. L’humus finit par disparaître presque totalement. La vie microbienne du sol est significativement altérée.

    Nous n’avons pas éliminé les microorganismes par les pesticides, nous les avons affamés

    Tout le monde dans le domaine agricole connaît les travaux de Lydia et Claude Bourguignon qui ont mesuré avec précision la disparition en France de la microflore du sol à cause d’une utilisation excessive de pesticides, d’engrais, et d’un travail du sol inadapté. Que donnerait une telle étude dans les zones de monoculture céréalière en climat semi-aride? Sans doute les mêmes résultats alarmants, atteints d’une autre manière: nous n’avons pas éliminé les microorganismes par les pesticides, nous les avons affamés en supprimant leur alimentation à base de matière organique.

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    Reconstituer le stock d’humus et la flore microbienne utile implique de rétablir la culture de légumineuses et la restitution de paille au sol. Le principal frein à la culture des légumineuses est la récolte, manuelle, donc coûteuse. La recherche en machinisme agricole pourrait permettre d’adapter les moissonneuses-batteuses à la récolte des petits pois, lentilles et fenugrec (halba) qui sont les légumineuses les plus résistantes à la sécheresse, afin de diminuer leur coût de production.
    Pour augmenter la restitution des chaumes au sol, il faut réduire leur consommation par les moutons, donc réduire le cheptel ovin et caprin et remplacer une partie de notre production de viande par des importations. L’arbitrage est épineux, cependant la question n’est pas de choisir si on préfère importer des céréales ou de la viande de mouton mais de choisir entre préserver le sol ou le laisser continuer à se dégrader.
    A défaut de réduire le cheptel ovin et caprin, ce qui est une mission quasi impossible, des solutions palliatives permettent de ralentir la dégradation du sol.
    Le semis direct, technique visant à minimiser le travail du sol, aide à restaurer son intégrité et à améliorer le rendement.
    Des arbres fruitiers résistants comme l’olivier, le caroubier ou l’amandier ou des arbustes ultra résistants comme le lycium ou le palmier Doum, ou le cactus peuvent être plantés en association avec les céréales et légumineuses bour. Leur système racinaire permet le développement de divers microorganismes et la chute de leurs feuilles apporte des matières organiques au sol, de plus ils réduisent l’évaporation grâce à leur effet brise-vent et à leur ombrage. Enfin, leur production, quoique marginale, améliorerait l’autosuffisance de familles rurales très vulnérables, et diversifierait leurs revenus. L’objectif visé serait de quelques dizaines de litres d’huile, ou de kilos d’amandes, de quelques quintaux de figues de barbarie ou de caroubes par hectare, qui viendraient s’ajouter à la médiocre production de céréales actuelle. 

    Envasement des barrages

    En montagne, sur les bassins-versants qui alimentent les barrages par ruissellement, la dégradation des sols a des conséquences supplémentaires. Le sol perd de sa fertilité mais en plus il s’érode et la terre entraînée par le ruissellement se dépose dans les barrages, dont la cavité de stockage diminue régulièrement. Là encore le surpâturage est en cause. Il faut y ajouter les labours sur les pentes et la déforestation. Autant dire que toute stratégie de préservation des sols de montagne passe par l’amélioration et la diversification des revenus de la population concernée pour réduire la pression sur les ressources agricoles, pastorales et forestières.

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