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    Dossier Spécial

    Adil Bennani «La braderie générale a commencé»

    Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:4918 Le 16/12/2016 | Partager
    La course aux volumes bel et bien lancée
    Le record de ventes sera battu en 2016
    Le marché devrait croître en 2017 aussi
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    Adil Bennani, DG de Toyota du Maroc et vice-président de l’Aivam est ambitieux pour le marché. Il table sur une amélioration de 20% des ventes en 2016 (Ph. DR) 

    Le marché de l’automobile se prépare pour cette fin d’année. Au menu, des rabais, des rabais et des rabais. Si cette situation semble satisfaire beaucoup une bonne partie d’importateurs-distributeurs, certains y voient une destruction de valeur d’autant plus que la demande est bien présente. C’est justement sur ce point que s’attarde Adil Bennani, le tout nouveau  président de l’Aivam et DG de Toyota du Maroc. Il évoque aussi l’évolution du marché pour cette fin d’année et prédit un record de ventes pour 2016 et une évolution à deux chiffres pour 2017.

    - L’Economiste: Le marché connaît une insolente progression (+25%) depuis le début d’année alors que les prévisions de croissance du PIB ne dépassent pas les 3%. Comment expliquer?
    - Adil Bennani:
    Il est vrai que ces deux indicateurs sont fortement corrélés dans les pays où les taux d’équipement dépassent les 500 véhicules pour 1.000 habitants. Au Maroc, ce taux est largement inférieur puisqu’il n’atteint même pas les 100 véhicules pour 1.000 habitants. Nous sommes par conséquent dans un marché totalement décorrélé par rapport à la réalité économique. Il faut dire aussi que nous avons vécu des années où la croissance du PIB était forte et où le marché avait stagné voire baissé. Cela veut dire que la couche sociale qui peut se permettre d’acquérir ou de renouveler un véhicule neuf est quelque part à l’abri des aléas macroéconomiques du pays.

    - Maintenant qu’est-ce qui fait que le marché croît?   
    - Deux facteurs. Nous avons, dans un premier temps, assisté à un allongement de la durée de la durée de renouvellement des véhicules du fait de la crise mondiale qui est survenue en 2008. Les gens ont, en effet, gardé leurs véhicules plus longtemps (ndlr: 7 ou 8 ans au lieu de 4 ans habituellement). A cela, il faut rajouter une réallocation du pouvoir d’achat des ménages vers des biens immobiliers. Aujourd’hui, ces mêmes ménages se sont remis à renouveler leurs moyens de locomotion avec un petit faible pour le SUV.
    Dans un second temps, nous assistons à l’émergence des primos accédants. Il s’agit des clients qui vont accéder à leur premier achat de véhicule neuf. Nous assistons aujourd’hui à l’émergence d’une génération de jeunes diplômés qui ont trouvé un emploi et qui ont besoin d’un moyen de mobilité. En constante progression, la proportion des primos-accédants est de plus en plus importante dans les ventes globales en particulier dans les segments citadines.         

    - Quelles sont vos prévisions de ventes pour cette fin d’année?
    - Nous allons cette année encore battre un record de ventes de véhicules neufs. Ceci dit le marché est actuellement en train de se tasser mais je reste convaincu que nous allons boucler l’année à +20% par rapport à l’exercice précédent. Et même, 2017 sera une année de croissance à deux chiffres car la tendance des primos-accédants est une tendance de fonds. Elle devrait continuer.      
    Cependant, je déplore la course effrénée au volume avec une braderie générale qui a commencé depuis quelques jours. Nous sommes en train de détruire de la valeur dans un contexte où la demande est là.

    - Vos doléances pour le prochain gouvernement…
    - Je demanderai au futur gouvernement de saisir cette opportunité qui est la COP22 pour mobiliser des fonds de financement pour des projets novateurs en matière environnementale. Des projets qui font que l’empreinte environnementale d’un secteur puisse être réduite. Justement, nous avons un parc automobile très vieux avec une moyenne d’âge de 16 ans. Nous avons, à ce titre, proposé au gouvernement de mettre en place un plan de renouvellement du parc des véhicules de plus de 20 ans, et ce à travers deux mécanismes: une prime à la casse et un circuit de casse professionnalisé. De toute manière l’un génère l’autre. Au sein de l’Aivam, nous avons fait les calculs qui montrent qu’une prime à la casse allait permettre à l’écosystème de générer une taxe qui la compenserait. L’idée est que nous puissions renouveler pendant 5 années quelque 30.000 véhicules par an. Cela génère des économies de carburant et de devises. Ca fait vendre des voitures nouvelles, entretenir des voitures, créer des emplois, générer des impôts et réduire la pollution.
    A titre d’exemple, si l’on prend une prime à la casse de 40.000 DH pour 30.000 véhicules, cela donne un budget de 1,2 milliard de DH que l’on multiplie sur 5 ans, le montant de la subvention au final ne dépasse pas les 6 milliards de DH. Ce montant pourrait facilement être quasi totalement financé sachant en plus qu’il est générateur de revenu pour l’Etat.    

    - Mais vous ne parlez pas de l’électrique ou de l’hybride?
    - Actuellement, seul, le droit d’importation de 2,5% et l’introduction de la suppression de la vignette pour l’électrique et l’hybride dans le projet de loi de Finances 2017 existent. Mais cela a au moins le mérite de mettre les projecteurs sur cette catégorie de véhicules.
    Maintenant, je considère que sur une bonne dizaine de mesures que nous avons proposé seules celles-ci ont été retenues. Nous avons, en effet, exposé un projet de bonus malus indexé sur le CO2 comme ce qui existe dans une bonne partie des pays d’Europe. Nous avons aussi parlé d’instaurer un étiquetage technologique sur le véhicule. A côté de cela, il faut développer un réseau élargi de bornes de recharge pour l’électrique.
    Pour l’hybride qui est d’une viabilité économique moins contraignante. Aujourd’hui, cette technologie (ndlr: un moteur essence combiné à un moteur électrique) évolue très rapidement et cela est visible sur les niveaux de consommation qui atteignent des niveaux impressionnants. Aujourd’hui, la motorisation essence reste un frein au développement de l’hybride au Maroc en raison des prix à la pompe. Pourquoi, le prix de l’essence ne baisse-t-il pas sachant que le montant de la Tic sur ce carburant est de 3,30 DH alors qu’elle n’est que de 1,50 DH sur le diesel? Quel en est l’intérêt alors que la Samir n’existe plus? Si aujourd’hui, on rajoute 30 centimes dans le prix du diesel, on peut ramener l’essence à 8  DH. Et contrairement à la tendance dans les pays développés où les ventes de diesel suivent une tendance baissière de fonds, au Maroc, 94% des ventes de voitures neuves sont diesel. En Europe, on prévoit 70% de véhicules essence d’ici 2020. Il faut donc baisser le prix de l’essence.

    - Le marché automobile a-t-il atteint sa maturité?
    - Le marché n’est actuellement pas mature en termes de taux d’équipement. Il le sera certainement un jour. Ceci étant dit, je serai personnellement heureux et content si avant 2025 notre marché dépasse la barre de 300.000 unités. Et il y a moyen de le faire sans trop se creuser la tête.  Et là le marché commencera à être mature.  

    - Comment sera animée cette fin d’année dans les concessions?
    - C’est clairement les soldes. Les importateurs ne font qu’agir sur le prix. Chacun court après son titre dans son secteur et après sa part de marché. C’est la braderie qui s’annonce.       

    - Où en est-on de l’activité des voitures d’occasion?
    - Aujourd’hui, un secteur ne peut avancer, ne peut changer s’il n’y a pas une volonté conjointe des professionnels et des pouvoirs publics. Nous, les professionnels, sommes l’un des secteurs les mieux organisés avec les instances qu’il faut, les interlocuteurs qu’il faut et les moyens qu’il faut pour pouvoir faire des propositions concrètes. En face nous avons besoin d’interlocuteurs qui en veulent.
    La professionnalisation du secteur de l’occasion nécessite un certain nombre de pré requis avec entre autres une simplification substantielle de la partie administrative mais ce n’est pas tout. Je pense que ce dossier sera l’un des dossiers brûlants sur la table du futur président de l’Aivam.
           
    - Combien de nouveautés sont prévues pour 2017?
    - Chez Toyota, nous avons pris la décision d’aller à fond sur l’hybride à partir de 2017. Subvention ou pas, il faut qu’il y ait un pionnier. Nous avons déjà le Pryus et le Rav4 hybride et nous comptons beaucoup sur la Yaris que nous avons introduit car il y a une forte demande sur la petite citadine automatique, si en plus elle est hybride et qu’elle ne consomme pas c’est encore mieux et si elle a un prix acceptable c’est encore meilleur.
    Ajouté à cela, nous allons commercialiser le CH-R qui vient d’être lancé au niveau mondial dès l’année prochaine au Maroc. Et il sera disponible en hybride.

    Propos recueillis par
    Moulay Ahmed BELGHITI

     

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