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    Société

    Déconstruire l’offre Daesh

    Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:4909 Le 01/12/2016 | Partager
    Des documents scientifiques pour «recadrer» les concepts instrumentalisés par ces groupes
    L’objectif est d’assécher la source des «justifications sacrées» des actes sanguinaires

    Ils sont nombreux à quitter femmes et enfants, à abandonner des études et une carrière toute tracée, pour se lancer dans l’inconnu. Ils ont troqué la vie terrestre contre un triomphe promis et une grande récompense dans l’au-delà. Beaucoup de Marocains ont succombé aux sirènes du terrorisme. Ils ont été fascinés par «l’offre» des mouvements extrémistes, Daesh en tête. Au-delà de la différence des parcours, les recrues de ces groupes terroristes sont à la recherche d’un statut de «héros», pour reprendre l’expression de Ahmed Abbadi, secrétaire général de la Rabita Mohammedia des oulémas. Cette institution a fait de la lutte contre les idées obscurantistes son cheval de bataille. Ses membres ont mené un effort de déconstruction des discours extrémistes. Il s’agit d’une réponse basée sur «la production d’un discours transcendant», selon le SG de la Rabita. L’approche s’appuie sur une série de documents, baptisés «cahiers scientifiques». L’idée est de «recadrer» certains concepts justifiant le recours systématique à la violence par les mouvements terroristes. La notion du jihad par exemple, systématiquement brandie par les terroristes, reste du ressort de «la grande imamat», l’autorité suprême en terre d’islam. Résultat, les groupes obscurantistes, à l’image de «Daesh et Boko Haram, ne sont pas habilités à mettre en place une imamat et réclamer l’allégeance, pour avoir le droit d’appeler au jihad, à travers le recours à des subterfuges théologiques». Un travail qui ambitionne de saper la crédibilité de ces organisations terroristes.
    Conspiration, colonisation, Israël, conflits au Moyen-Orient, pillage des fortunes des musulmans, infiltration du système des valeurs islamiques, falsification de l’histoire… les motivations des recrues de Daesh sont diverses. Ce référentiel «séculier» est alimenté par des concepts religieux, à même de justifier l’appel à «la guerre sainte». Beaucoup de musulmans sont «sensibles» à ces arguments. En effet, «ce qui est dangereux, c’est qu’il y a du vrai dans ces arguments», selon Ahmed Abbadi. Les recrues de Daesh sont aussi attirées par «l’offre financière» du califat. C’est l’une des forces de frappe de cette organisation terroriste. Sa stratégie de communication, très sophistiquée, reflète l’image d’une entité forte, disposant de grands moyens humains et financiers. Une image «parlante» pour une grande partie des potentiels jihadistes. Cela leur permet de passer du «statut de zéro à celui de héros», en améliorant leur situation matérielle, tout en ayant la garantie du «salut dans l’au-delà». Globalement, c’est cette image fascinante que le nouveau discours d’institutions comme la Rabita Mohammedia tente de démystifier.
    Le travail de cette instance a également porté sur le concept de «terrorisme dans le coran». Il en ressort que finalité du jihad est «de terroriser ceux qui s’apprêtent à s’attaquer aux musulmans, afin de les empêcher d’agir dans ce sens». Ces textes précisent aussi que l’objectif est essentiellement de «préserver la paix». Un message souvent occulté au profit d’autres versions, plus obscurantistes. D’où l’importance de la mobilisation pour assurer la vulgarisation de ces idées qui peuvent participer à couper la route à la propagande extrémistes.

    «Déshumaniser l’ennemi»

    La terminologie religieuse, savamment instrumentalisé par les «gourous» des organisations terroristes, surfe sur des «interprétations figées» des textes. D’où une confrontation binaire entre «la communauté des croyants» et les «kuffar» (mécréants), entre «dar al islam» (terre de l’islam) et «dar al kufr» (pays ennemi)… Ces concepts vagues sont exploités pour «déshumaniser l’ennemi», selon plusieurs sociologues. Résultat, les terroristes qui passent à l’acte sont immunisés face aux remords, car l’ennemi n’a pas de visage. Ils sont en combat contre une «communauté abstraite» (les kuffar).

     

     

     

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