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    Tribune

    Eaux usées anarchiques: Alerte sanitaire!

    Par Yassine JAMALI | Edition N°:4865 Le 28/09/2016 | Partager

    Yassine Jamali est agriculteur et docteur vétérinaire (Ph. YJ)

    Après plusieurs programmes nationaux d’adduction d’eau au bénéfice du monde rural, près de 15 millions de ruraux marocains répartis en 32.000 douars jouissent dans leur quasi-totalité d’un accès permanent à l’eau potable, via des bornes-fontaines ou des branchements individuels, selon qu’il s’agit d’habitat groupé, semi-groupé ou dispersé.
    Cette amélioration du confort et du niveau sanitaire s’accompagne d’une augmentation du rejet d’eaux usées, composées des eaux grises (douches, vaisselle, lessive) et des eaux vannes (toilettes). Dans 88% des cas, ce rejet s’effectue directement dans l’environnement sans aucun traitement préalable (Hajiba Bourziza), ce qui est une infraction à la loi de l’eau (10-95) qui stipule qu’il est interdit de rejeter des eaux usées, et que seule est admise l’évacuation des eaux usées dans des puits filtrants précédés d’une fosse septique. Les eaux usées, après avoir été ainsi rejetées, s’écoulent sur une certaine distance suivant la topographie du site puis s’accumulent en formant une zone humide de taille variable en fonction de l’abondance des écoulements. Ces infractions sont le fait de presque toutes les maisons individuelles, et de nombreuses collectivités rurales qui disposent d’un réseau d’évacuation rudimentaire débouchant dans la nature. Ces collectivités peuvent être de petites villes, des villages de grande taille, ou des agglomérations périurbaines.
    Les réseaux d’évacuation collectifs «sauvages» posent un sérieux problème de pollution et de santé humaine.
    Leurs eaux polluées et riches en matières organiques sont souvent utilisées en totale illégalité pour l’irrigation par le propriétaire du champ qui reçoit l’écoulement. Il y a donc des risques de contamination des consommateurs par des salmonelles, coliformes fécaux, parasites, virus, surtout quand il s’agit de menthe ou de cultures maraîchères. Parfois la zone humide est utilisée comme pâturage par des vaches laitières dont le lait risque d’être contaminé par les mêmes germes qui se fixent sur ses mamelles.

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    Les réseaux d’évacuation collectifs «sauvages» posent un sérieux problème de pollution et de santé humaine. Leurs eaux polluées et riches en matières organiques sont souvent utilisées en totale illégalité pour l’irrigation par le propriétaire du champ qui reçoit l’écoulement. Avec des conséquences dramatiques de contamination des animaux vers les consommateurs (Ph. Y.J.)

    Les chevaux et mulets de trait paissent également sur ce pâturage improvisé, gratuit et chargé de bactéries pathogènes. Ensuite ils tractent des charrettes chargées de passagers ou de denrées alimentaires avec là encore un risque de dissémination non négligeable. L’eau stagnante permet la reproduction de moustiques et autres insectes.
    Mais le danger le plus grand représenté par ces petits marécages permanents concerne leur impact sur les nappes phréatiques. Tout écoulement prolongé finit par s’infiltrer en profondeur et rejoindre les eaux souterraines dans lesquelles il diffuse largement. Tous les puits alimentés par cette nappe fournissent alors une eau contaminée, impropre à la consommation, dans un rayon difficile à évaluer. Des sources en amont sont également atteintes.
    Il arrive enfin que les eaux usées soient rejetées directement dans un oued permanent ou temporaire avec des conséquences sanitaires importantes sur les usagers en aval et là encore, sur les nappes phréatiques alimentées par le cours d’eau.
    Il faut souligner que le ou les propriétaires des terrains concernés ne sont pas responsables de cette nuisance, dont ils sont les premières victimes. Ils s’adaptent à un état de fait qu’ils ne peuvent pas modifier. La totalité des surfaces irriguées par ces eaux usées brutes était estimée dans un article publié par H. El Mahraz en 2000, à 7.500 ha.

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    Toutes ces plantes présentent en outre un potentiel économique, en tant que matériau de construction ou d’ébénisterie ou bois de chauffe. Ils permettent donc de valoriser le terrain occupé par les écoulements. Cet aspect est important pour les propriétaires des parcelles, qui subissent déjà une énorme pollution, dont ils ne sont pas responsables et se verraient en plus interdire toute production fourragère ou maraîchère.

    La prise en compte de ce risque sanitaire et environnemental majeur se traduit par un programme national d’assainissement visant à équiper les habitations isolées d’équipements individuels et les collectivités de systèmes d’assainissement économiquement et socialement adaptés. Les eaux grises, voire eaux grises et eaux vannes, seraient traitées pour produire de l’eau propre à un usage agricole d’une part et des boues fertilisantes d’autre part. Études et réalisations sont en cours. Les coûts sont estimés à 1.700 DH par personne, soit plus de 14 milliards de dirhams au total. Outre l’investissement de départ, le fonctionnement de l’assainissement aura également un coût, ainsi que l’entretien des systèmes de collecte et d’épuration des eaux.

    Plusieurs contraintes devront être surmontées. Les études relèvent une capacité financière limitée des ménages, un manque d’assistance technique, la complexité de la gestion des matières de vidange. Une évaluation de l’état des systèmes d’assainissement en fonctionnement au Maroc a été menée en 2005. Elle a recensé 22% de réseaux d’assainissement en bon état, 45% dans un état moyen et 33% en mauvais état. En 2000, H. El Mahraz recensait 16 stations collectives fonctionnelles, 27 hors service et 12 non raccordées au réseau d’eaux usées...
    Face à cette situation il convient de rappeler l’existence d’une solution alternative en matière d’assainissement. Elle consiste à végétaliser toute la zone humide avec diverses plantes capables d’absorber les matières organiques polluantes et de les transformer en biomasse, de réduire la charge bactérienne dans le sol, en particulier les bactéries pathogènes, de pomper l’eau pour l’empêcher de s’infiltrer dans le sous-sol et de polluer la nappe phréatique,
    Cette solution alternative est palliative et partielle. Mais elle présente l’avantage d’être quasi gratuite, dans son installation comme dans son fonctionnement, d’être naturelle et durable. Elle ne requiert aucune qualification technique excepté pour la plantation des arbres et des roseaux. Elle n’empêche pas le recours ultérieur, le moment venu, aux techniques modernes d’assainissement et en attendant elle remplace des zones dangereuses sur le plan écologique et sanitaire en espaces de biodiversité. De ce fait elle s’inscrit aussi bien dans les Objectifs du Millenium Challenge, car elle protège la santé des citoyens les plus vulnérables, que dans l’esprit de la COP22, puisqu’elle sauvegarde l’environnement et la ressource naturelle représentée par l’eau.

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