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    Régions

    Fès: Quel avenir pour la médina?

    Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:4856 Le 15/09/2016 | Partager
    Les architectes appelés à la rescousse pour sauver un patrimoine collectif
    L’expérience de l’Ader bénéficiera aux tissus anciens de la région
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    Tout le défi est de pouvoir rendre à la médina de Fès son lustre d’antan. Car, la réhabilitation de ce musée vivant créerait certainement une activité touristique, artisanale et commerciale au sein d’un tissu urbain ancien d’une valeur inestimable. L’Agence de développement régional (Ader-Fès), les bureaux d’études et les entreprises ont acquis un savoir-faire qui s’est développé et a donné naissance à «l’école de Fès». Aujourd’hui, l’on veut faire profiter les autres provinces de la région de cette expérience (Ph. YSA)

    Quel avenir pour le tissu urbain ancien de la médina de Fès? Depuis quelques mois, cette question est récurrente. Elle réunit décideurs de la ville, opérateurs et architectes. Unanimes, ils s’accordent tous à dire que la médina de Fès est un cas d’école, un patrimoine collectif et un musée vivant qu’il faut sauvegarder et promouvoir comme tel, afin d’assurer un réel développement pour ses habitants.
    Pour Rachid Haloui, ex-architecte en chef de la ville de Fès, «la médina de Fès est la plus grande médina du monde arabe et le plus grand ensemble urbain piétonnier au monde». Mais au-delà de cette approche quantitative, quatre caractéristiques peuvent définir la médina. Celles-ci se basent essentiellement sur «la continuité de son tissu urbain, la cohabitation inclusive et ambiguë d’un urbanisme complexe et d’une architecture introvertie très riche, le développement florissant des arts décoratifs et un artisanat ancestral, riche et varié, outre la parfaire adéquation entre le cadre bâti, le mode de vie et le climat», estime Haloui. Ces caractéristiques ont créé à Fès un modèle urbain unique d’une valeur civilisationnelle, ce qui lui a valu d'être classée au patrimoine universel de l'Unesco, bien avant Paris et d'autres villes mythiques. «Plus que les outrages du temps qui ont infligé des blessures indélébiles à la médina, les bouleversements socio-économiques ont créé des désordres conceptuels et un décalage sémantique entre un modèle urbain qui paraît obsolète et un autre plus contemporain en phase avec les nouveaux moyens de communication et de production de l'espace», analyse l’ancien architecte en chef de la ville. Dans son histoire récente, la médina a servi de réceptacle à l’exode rural en recevant jusqu'à 200.000 habitants dans les années 1970 ce qui a beaucoup contribué à sa dégradation et au pillage de son patrimoine. Au début des années 2000, elle a été contaminée par la folie des «riads», voyant affluer étrangers et nationaux qui achetaient des maisons pour usage personnel ou pour la création de maisons d'hôtes dont près de 200 unités ont été recensées. La crise mondiale de 2008 a freiné cet engouement qui a causé beaucoup de dégâts. Cela n'a pas empêché la cité de continuer à se dégrader malgré les efforts des pouvoirs publics.
    En 2014, la médina a fait l'objet de la sollicitude royale. La ville n’avait jamais connu des interventions d'une telle ampleur. «Cette œuvre gigantesque ne doit par contre pas faire oublier les menaces qui pèsent sur ce patrimoine et le travail qui reste à faire», affirme l’urbaniste. Et de poursuivre: «la population de la médina n'a pas encore pris conscience de la valeur patrimoniale de celle-ci qui n'est toujours considérée que comme une valeur foncière et les pouvoirs publics sont appelés à jouer un rôle plus profond encore et à s’impliquer davantage dans cette œuvre de longue haleine.
    Pour rappel, la problématique de la restauration est très complexe. Ses maux viennent du fait qu’un bâtiment ancien ne laisse jamais apparaître ses pathologies, surtout lorsque ce bâtiment est d’une richesse exceptionnelle en ce qui concerne les décors qui captent le regard et l’empêchent de voir les fissures, les infiltrations d’humidité et les nombreuses dégradations de ces décors eux-mêmes. Autres difficultés de la réhabilitation du tissu ancien, la nature même des bâtiments, leur ancienneté, leurs matériaux, le voisinage, la nature des sols et le manque d’entretien.
    Etant entièrement construite sur des oueds, des séguias et des ruissellements divers, la médina de Fès est caractérisée par un réseau d’eau traditionnel de 70 km, desservant bains, bassins, jardins et près de 4.000 fontaines publiques et privées. Abritant quelque 9.000 maisons historiques, près de 4.000 de ses bâtisses menaçaient ruine en 2013, dont 1729 du 1er degré. Grâce à une initiative royale, un budget de 300 millions de DH est réservé à leur restauration (2013-2017).

    L’apport de l’Ader

    Avec l’Agence de développement régional (Ader-Fès), les bureaux d’études et les entreprises, les architectes de Fès ont acquis un savoir-faire qui s’est développé et a donné naissance à ce qu’on peut appeler aujourd’hui «l’école de Fès». A telle enseigne que Mohand Laenser, président du conseil régional, affiche clairement l’ambition de faire profiter les autres provinces de la région de cette expérience. Conscients de la valeur du patrimoine et des dangers qui menacent les tissus urbains anciens, les architectes, premiers acteurs du cadre bâti, de la préservation du patrimoine et de l’harmonie urbaine, sont appelés à la rescousse. L’objectif est d’élaborer une vision globale pour un avenir durable et harmonieux des médinas, dans le respect des valeurs et des traditions des tissus anciens tout en les faisant bénéficier des progrès technologiques les plus sophistiqués.

    De notre correspondant,
    Youness SAAD ALAMI

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