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    Culture

    Une zaouïa, tombée dans l’oubli, ressuscitée

    Par L'Economiste | Edition N°:3310 Le 01/07/2010 | Partager

    . Plus de 300 descendants retrouvés grâce à Internet. Projet de création d’un musée à 35 km de Marrakech «Cela fait plusieurs années que nous effectuons, avec des membres de notre famille, des recherches pour en savoir plus sur nos origines. Nous avons découvert l’existence d’une zaouïa, située à 35 kilomètres de Marrakech, qui appartenait à nos ancêtres, et d’où ils ont été déplacés durant le protectorat». C’est en ces termes que Ghassen Bouatlaoui, manager dans une multinationale de la place, exprime sa passion pour l’histoire du Maroc en général et celle de sa famille en particulier. Ses ancêtres appartiennent à la zaouïa de Sidi Ali Bouatel Al Idrissi Al Hassani, marabout des tribus sahraouies de la région du Haouz. La zaouïa avait toujours été bien considérée par les différents sultans du Maroc et avait reçu des terres par dahir des sultans alaouites Moulay Abdellah Ben Moulay Ismaïl et Moulay Hassan 1er. «J’ai retrouvé les fameux dahirs en question dans des archives familiales», souligne fièrement Bouatlaoui, «Et grâce à l’aide d’amis historiens, j’ai pu retrouver une citation évoquant l’un de mes ancêtres dans un livre du 17e siècle nommé Al Muhadarat d’Abou Al Hassan Al Youssi», ajoute-t-il.

    Façonner l'histoire et la société
    Au Maroc, la zaouïa constitue un espace de spiritualité et de méditation, mais elle représente aussi depuis le Moyen-Age une autorité politique, sociale et juridique. Plusieurs zaouïas ont façonné l’histoire, la société et la culture du pays. Certaines par leur impact religieux, d’autres par leur spécificité culturelle ou ethnique. Elles sont des gardiennes des traditions anciennes et de la mémoire collective. En même temps que les tribus Chbanat, Zirara, Ouled Dlim et Chrardas, celle des descendants de Sidi Ali Bouatel avait migré du sud vers le nord au 14e ou 15e siècle. Ces tribus sahraouies, qui sont arrivées de Sakia El Hamra (près de Laâyoune), se sont parfaitement intégrées dans le Haouz, ce qui prouve leur totale immersion à l’intérieur du pays. Durant le 19e siècle, la région connut des événements décrits dans les livres d’histoire aboutissant au déplacement des tribus vers le Gharb, pour des raisons géopolitiques. Seule la tribu des Bouatel est restée sur place jusqu’en 1927, date à laquelle les colons l’en ont chassée. Un certain Pierre Antoine Mas, propriétaire de la banque Mas et de plusieurs journaux marocains de l’époque coloniale, dont «Le Petit Marocain», fructifiait ses affaires en procédant à des achats et reventes de terrains agricoles de la région de Settat. Il aurait alors utilisé une manœuvre juridique pour exproprier les Bouatlaoui de leurs terres. Celles-ci furent revendues en dépit du fait que les terres des Chorfas sont invendables car faisant partie des «Habous des zaouïas».Depuis cette époque, la zaouïa de Sidi Ali Bouatel, qui jouait auparavant un rôle important auprès des habitants, a été abandonnée. «Grâce à Internet, j’ai pu rassembler plus de 300 descendants des Bouatel et nous avons effectué une visite sur place. Nous avons découvert une zaouïa dans un état pitoyable, de total délabrement», raconte Bouatlaoui. C’est alors qu’il a été décidé de procéder à une rénovation du lieu, il y a un an et demi. «Aujourd’hui, ma plus grande crainte est que cette zaouïa tombe à nouveau dans l’oubli au cours des siècles à venir. C’est pour cette raison que je voudrais qu’elle soit protégée par les ministères de la Culture et des Habous et Affaires islamiques, et qu’elle soit considérée comme patrimoine à préserver», soutient encore Bouatlaoui. Optimiste et dynamique, il espère redonner vie à cet endroit, afin de réhabiliter sa mémoire. Il est même prévu de bâtir un petit musée, qui contiendra des livres sur l’histoire du Maroc, des objets anciens, des outils et accessoires qui renseigneront sur les traditions et coutumes des tribus sahariennes du coin, les différentes façons de préparer la nourriture, les fantasias… A côté, il y aura aussi une salle de prière et des sanitaires. «Il s’agissait autrefois d’un lieu spirituel soufi. Il faut donc conserver cet aspect, tout en l’enrichissant. Comme la zaouïa se situe à 35 kilomètres à peine de Marrakech, cela pourrait être intéressant même sur un plan touristique et culturel. Ghassen Bouatlaoui pense aussi à la création d’un moussem en novembre prochain afin de contribuer à l’animation culturelle de la région. Objectif, réunir les membres des tribus Zirara, Chrardas, Ouled Dlim, Chbanate, Tekna et autres vivant à ce jour au nord du Maroc avec leurs cousins vivant dans les provinces du sud. En parallèle, il envisage de continuer ses recherches afin d’en savoir plus sur ses origines. «C’est passionnant. C’est une enquête qui permet de remonter dans le passé. L’on a différentes pièces d’un puzzle qu’il faut assembler pour comprendre le passé», confie-t-il. Nadia BELKHAYAT
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