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    Culture

    Une nouvelle ère pour la science en Islam?
    Par H.T. Goranson

    Par L'Economiste | Edition N°:2432 Le 28/12/2006 | Partager

    H. T. Goranson, directeur de recherches de Sirius-Beta Corp, a dirigé les recherches au sein de la US Defense Advanced Research Projects Agency, l’agence américaine des projets de recherche avancée de la défense(Ph. Project Syndicate)Pendant plusieurs centaines d’années, alors que la science et les mathématiques connaissaient une période de grande inventivité, une région du monde se distinguait des autres. Les maîtres de ces disciplines y étaient révérés, la médecine avançait à grands pas et les gens s’interrogeaient sur le fonctionnement de la nature. Rien de surprenant à ce que cette région ait été mondialement respectée.Dans l’autre moitié du monde connu, les scientifiques étaient punis, voire tués. Les mathématiques, considérés comme irréligieuses et étrangères, étaient hors-la-loi, et furent plus tard asservies à la religion. Le niveau de vie était bas.. Rôles inversésLa région prospère était le Moyen-orient islamique, alors qu’une Europe ignorante demeurait pauvre. Les deux régions étaient gouvernées religieusement (les historiens ne s’accordent pas sur le rôle et la nature des religions dans ce contexte), mais la science ne s’épanouissait que dans l’une d’entre elles. Aujourd’hui, évidemment, les rôles du Moyen-Orient islamique et de l’Occident sont inversés.Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis sont les chefs de file mondiaux indiscutés dans le domaine des sciences. Pendant toute cette période, les étudiants les plus brillants ont été attirés hors de leurs pays d’origine par la perspective de meilleures opportunités de carrière et de recherches. Jusqu’à une période récente, plus de la moitié des étudiants diplômés du supérieur en mathématiques, sciences et ingénierie aux États-Unis étaient nés à l’étranger. Nombre de ces jeunes talents sont restés après l’obtention de leur diplôme, et le monde industriel comme le gouvernement en ont tiré profit.Pendant ce temps, la culture en Islam entrait dans une phase historique dans laquelle la science était assimilée à l’influence de l’Occident, et fuie pour cette même raison. Même dans des pays où les revenus du pétrole pouvaient alimenter une proportion significative de la recherche, les dirigeants arabes n’ont pas encouragé de tels investissements, et la conséquence est que leurs sociétés n’ont pas prospéré autant qu’elles l’auraient pu.Récemment, une aspiration à un plus grand respect politique a poussé les nations islamiques à investir dans le domaine technologique, ce qui est surtout visible dans les ambitions nucléaires pakistanaises et iraniennes. Mais alors que de telles armes ont un poids politique, la science sur laquelle elles reposent est banale et ancienne.. La recherche anticancer plutôt que militaireLe respect issu de visions mûrement réfléchies, plutôt que celui né de découvertes passées, est bien plus significatif. Imaginez l’influence qu’aurait un institut pakistanais en tête des recherches mondiales sur le cancer. Et la rhétorique politique changerait-elle si des chercheurs à Oman découvraient un moyen de faire disparaître le sida?Cette occasion ne se présente pas pour l’instant. Mais il en existe une autre, qui ne se limite pas aux sociétés islamiques. Les États-Unis ont commis de graves faux-pas récemment. Des «questions de foi» se sont substituées à la science au sein du gouvernement, en partant de la Présidence. D’éminents chercheurs ont vu leurs rapports modifiés par des membres de l’état-major politique quand les faits contredisaient la version officielle. Encouragés par une administration influencée par la religion, les systèmes scolaires sont en train de détourner leur enseignement des sciences vers les «valeurs».Depuis les attaques terroristes de septembre 2001, les visas d’entrée sont moins nombreux et plus difficiles à obtenir, ce qui freine le flux de jeunes talents vers les universités américaines. De grandes organisations scientifiques ont protesté sans résultat. Dans le même temps, des lois fiscales ont été révisées pour rendre les investisseurs plus riches à court terme, décourageant l’investissement à long terme dans la recherche. Un demi-billion de dollars a été consacré à la guerre en Irak, une somme à peu près égale au financement de toute la recherche fondamentale des mille dernières années. Même si les États-Unis évitent une ère sombre de fondamentalisme, ils risquent clairement de perdre leur domination mondiale en termes de recherche.. Utiliser les richesses du pétrole Construire une économie basée sur la connaissance grâce aux richesses issues du pétrole est tout à fait possible. Le Texas par exemple, comme la plupart des États du sud des États-Unis, était autrefois économiquement pauvre et sur le déclin. Même avec des revenus pétroliers, le flux de dollars dans l’économie, en soi, ne suffit pas à dynamiser la prospérité autant qu’on pourrait le croire. Le Texas a donc décidé de consacrer l’argent du pétrole à une dotation pour l’éducation.Aujourd’hui, cette dotation est à peu près égale à celle de l’université de Harvard, et elle s’étend à 15 universités. Elle a eu un effet ahurissant: l’industrie aérospatiale a presque disparu de Californie, mais elle explose au Texas. Les centres de recherches et les consortiums de télécommunications se sont précipités au Texas, jusqu’au géant canadien des télécommunications Nortel. Alors que l’industrie connaît une crise aux États-Unis, le Texas possède l’une des plus solides économies industrielles du monde. Il n’y a pas de raison que les mêmes résultats ne puissent être atteints au Moyen-Orient. Mais avant tout, le monde islamique doit redécouvrir et se réconcilier avec son fier héritage.


    Le cas du Japon

    Le Japon a reconnu le lien entre poids politique et science dans les années 1980. Le principal industriel japonais, Akio Morita, PDG de Sony, et l’homme politique de droite Shintaro Ishihara, ont fait une série de discours qui ont été compilés et publiés en 1986 sous le titre «The Japan that Can Say No» [Le Japon qui peut dire non]. Ils ont esquissé une stratégie nationale dans laquelle l’influence mondiale découlerait de la puissance scientifique. L’idée principale est que la puissance militaire pourrait être rendue obsolète si la “chaîne alimentaire” des technologies militaires était contrôlée par les autres nations. Le titre du livre se réfère au projet du Japon de «dire non» à l’influence militaire américaine une fois que le Japon maîtrisera les principales technologies militaires.Copyright: Project Syndicate, 2006. Traduit de l’anglais par Bérengère Viennot

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