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Politique Internationale

Une bibliothèque à dos de chameau

Par L'Economiste | Edition N°:711 Le 24/02/2000 | Partager


· Les enfants de la région défavorisée de Garissa au Kenya peuvent, grâce à cette initiative, s'adonner à la lecture
· Le bibliothécaire et le chamelier visitent chaque école toutes les deux semaines


A l'heure de l'Internet et des bibliothèques virtuelles, c'est à dos de chameau que des livres parviennent à un millier d'enfants de la région de Garissa (400 km à l'Est de Nairobi), isolés par la pauvreté et le mode de vie nomade de leurs familles. Créée par le Service National des Bibliothèques du Kenya (KNLS), la bibliothèque mobile dessert cinq écoles primaires dans un rayon de dix kilomètres autour de Garissa, l'une des régions les plus défavorisées du pays, peuplée essentiellement de nomades somalis. Le bibliothécaire Joseph Otieno, le chamelier Ahmed Khalif et ses trois chameaux visitent chaque école toutes les deux semaines.
Ils apportent avec eux environ 500 ouvrages en anglais ou en swahili, bandes dessinées, livres d'enfants et manuels scolaires, rangés dans des caisses que transportent les animaux.
L'école primaire de Bour Algy est perdue au bout d'une étroite piste qui serpente entre d'épineux arbustes, à 7 km de Garissa, non loin du fleuve Tana. A l'arrivée des chameaux, les 70 élèves en uniformes blancs et bleus se mettent en rang sous un acacia devant un tapis de paille tressée sur lequel les livres sont disposés.
Les grands, âgés d'environ 13 ans, doivent choisir un ouvrage scolaire qu'ils empruntent pour deux semaines. Les plus petits s'assoient sur le tapis et commencent à feuilleter, qui les aventures de Babar, qui l'histoire du "cochon qui va et du cochon qui ne va pas", qui un exemplaire usé jusqu'à la corde de "Janet and John", un classique de la littérature enfantine britannique.
"Ils choisissent d'après la couverture et après ils tournent les pages, pour voir si cela leur plaît", explique Joseph Otieno.
Assis en tailleur, Ahmed, dix ans, tente avec difficulté de déchiffrer à haute voix le titre, en anglais, de son livre, "Girafe, peux-tu rire?". "C'est la première fois que je lis un livre," confie-t-il, avec un sourire éclatant. Portant un voile sur les cheveux comme toutes les filles de l'école, Alima, 14 ans, a choisi un ouvrage de "science domestique", une matière obligatoire incluant des notions de santé, d'hygiène, d'éducation et de cuisine.
"Il n'y a pas de livres chez moi, quand j'aurai fini de le lire, je le prêterai à ma famille", explique-t-elle.
Hassan Sanghor, l'un des quatre maîtres de l'école, emprunte un ouvrage politique. D'autres professeurs prennent des manuels éducatifs.
"Nous n'avons aucun matériel scolaire. Même les professeurs n'ont pas de livres pour préparer les cours", confie Mohamed Musa Kenan, le directeur.
Il fait visiter les salles de classe, meublées de quelques pupitres vétustes et d'un unique tableau noir. Dehors, sur un feu de bois, le déjeuner des élèves, composé de haricots et de maïs, est en train de cuire dans une grosse marmite.
"Nous n'avons rien. La bibliothèque mobile est notre seule source de livres", ajoute-t-il.
A l'école primaire de Mororo, dans le village de Madogo, à 5 km de Garissa, l'arrivée des chameaux et de leurs livres est également un événement. Les élèves passent de longs moments plongés dans les ouvrages, à l'ombre d'un arbre, tandis que les professeurs, assis à même le sol, corrigent leurs devoirs.
"Depuis que cette bibliothèque existe, notre niveau moyen a augmenté, particulièrement en anglais", indique Richard Ndele, le directeur de cet établissement qui compte 600 élèves et 22 professeurs. "Mais nous manquons cruellement de livres scolaires, notamment en mathématiques", ajoute-t-il.
"Nous voulons tenter d'améliorer le niveau scolaire des enfants nomades", explique Ferdinand Kasimu, directeur de la bibliothèque de Garissa. "Cette région a les pires résultats du pays", ajoute-t-il. "Nous avons choisi les chameaux car c'est un animal familier pour les enfants".


Insécurité

Projet pilote lancé en 1996, cette bibliothèque fait des émules. Un service similaire a été mis en place à Wajir (Nord du Kenya).
Mais l'insécurité en limite le rayon d'action et les livres, qui proviennent principalement de dons, sont insuffisants ou peu adaptés aux goûts des enfants. Les deux uniques exemplaires d'Asterix, déchirés et usés, sont en train d'être réparés tant bien que mal, pour pouvoir être remis en circulation.

Wissal SEGRAOUI (AFP)

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