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    Culture

    Un monde fou pour Benzine/El Othmani

    Par L'Economiste | Edition N°:1972 Le 07/03/2005 | Partager

    . Un débat très policé. Relire le Coran pour le débarrasser de ses «haillons«. Certaines lectures ne sont pas innocentesPlus qu'un effet de mode, transmis par l'Occident, la relecture du Coran est devenue un vrai débat de société au Maroc. Saâd Eddine El Othmani, numéro 1 du Parti Justice et Développement et Rachid Benzine, chercheur en herméneutique coranique (interprétation des textes), ont fait le plein sur les bancs de l'amphi de la Faculté de médecine. On s'est serré aussi dans les allées, debout, pour écouter les deux conférenciers. Le Collectif Modernité et Démocratie avait réuni les deux personnes la semaine dernière pour parler des «Lectures du Coran«.Acteurs de la société civile, étudiants ou personnes ordinaires (l'entrée était libre) sont restés jusqu'à la fin de la rencontre, tenus en haleine par un de ces rares débats qui arrivent à passionner toutes les couches de la société. Tout le monde était content à la sortie. Le débat a fasciné pas mal. Le public a découvert un El Othmani, chef islamiste (même s'il réfute cette appellation), ouvert d'esprit, qui n'a pas peur de la multiplication des interprétations face à un Benzine, qui prône la prudence dans l'utilisation du texte. Une femme dans la salle n'a pas manqué d'ailleurs de demander à El Othmani, et à travers lui, au PJD de faire constamment montre d'ouverture et de tolérance. Officiellement, El Othmani a parlé dans ce séminaire en tant que lauréat de Dar Al Hadith Al Hassania. Mais le choix du lieu et du thème de la rencontre comporte un message politique. En optant pour la Faculté de médecine, les organisateurs voulaient visiblement contrecarrer les islamistes sur l'un de leurs anciens territoires. Et par là même, rendre le débat sur la religion accessible à tous. Les deux conférenciers, assis face à face, ont voulu éviter une confrontation d'idées. Finalement, ils n'y sont pas arrivés, mais ont poursuivi dans la bonne humeur. Pour El Othmani, il ne faut pas avoir peur des interprétations tant qu'elles respectent «les limites«. Et ces limites sont une bonne maîtrise de la langue du Coran, une connaissance approfondie des lectures antécédentes et une complémentarité des interprétations, c'est-à-dire éviter d'aller vers des contresens dans le texte. Le Coran, dit El Othmani, a prédit plusieurs vérités scientifiques dont la formation du foetus (sourate Al Alak). Benzine lui répond qu'il est dangereux de rattacher la vérité coranique à la science. «Certaines vérités scientifiques ont été remises en cause. Va-t-on dire que le Coran a menti?« s'indigne le chercheur. «L'histoire de la science, c'est l'histoire de ses erreurs«, disait l'épistémologue français Gaston Bachelard. Combien de fois avons-nous «décodé« certains versets du Texte coranique pour y greffer des «découvertes« liées à l'espace, aux océans et à la vie humaine! «Chaque lecture est individuelle, résultat d'un contexte et d'une éducation particulière«, explique Benzine, qui a fait de l'ombre à El Othmani.Va-t-on alors remettre en question les anciennes interprétations qui réglementent certaines sociétés, où la religion est source de législation (la femme, le divorce, le droit d'usure…)? La question est légitime puisque le Coran n'a pas tout dit.. Sciences humainesLes ouléma, qui ont d'ailleurs joué un rôle déterminant dans l'élaboration du code de la famille, sont concernés. A en croire Benzine, leurs lectures ne manqueront pas d'être influencées par leur background culturel et éducatif. Mais cela dit, ils sont appelés, de par leur fonction, à se prononcer sur des situations nouvelles, où la religion n'a pas tranché.Selon le chercheur, les ouléma doivent être bien outillés pour pouvoir faire des lectures coraniques. Outillés dans le sens où ils doivent être au courant de toutes les disciplines linguistiques, anthropologiques…Serait-ce un retour «aux fqihs-érudits« comme on en avait à l'époque des Omeyyades, des Abbassides, ou, au Maroc, sous les Almohades (avec Ibn Rochd)? Un alem polyglotte, philosophe, anthropologue… voilà qui doit révolutionner notre conception de la religion, la faire évoluer de la notion sclérosée de «rites à accomplir« à l'appréciation des valeurs spirituelles, de l'esprit d'équité, de l'unicité de Dieu… Bref, «un retour aux véritables sources« de la religion.C'est à ce niveau qu'il faut aller chercher la différence entre la thèse d'El Othmani et celle de Benzine. Le premier, dans son exposé, a cité, à plusieurs reprises, des «penseurs« comme le Dr Maurice Bucaille ou Rachid Reda. Bucaille est connu pour ses recherches tentant de relier les découvertes scientifiques au contenu coranique. Reda fait partie, à côté de Jamal Eddine Al Afghani, de la vague «des réformistes islamiques« des XIXe et XXe siècles qui appelaient à débarrasser la religion des traditions sclérosées. Mais à la différence d'un Mohamed Abdou, conciliant avec l'Occident, Rachid Reda et Al Afghani étaient plus sceptiques au mélange entre les cultures musulmane et occidentale.Malgré son esprit d'ouverture, l'analyse de Saâd Eddine El Othmani était traditionaliste. Elle s'est basée sur les exemples de «l'éveil islamique«, résultat du choc impérialiste du XIXe et du XXe siècles entre les sociétés occidentales et musulmanes. En fait, le conférencier a cherché tout simplement à dire que la relecture du Coran était pratiquée depuis longtemps. Mais ces exemples restent à méditer seulement car l'époque n'est pas la même. Et puis surtout, toute défiance pour l'Occident serait arbitraire. En revanche, la thèse de Benzine, qui constitue d'ailleurs le fil conducteur de son dernier livre «les nouveaux penseurs de l'islam«, stipule qu'il est nécessaire de repenser la religion en tant que vision du monde, afin que les musulmans y puisent en toute liberté leur foi et leur histoire. Cela permettra aussi à l'islam d'entrer en dialogue avec le reste de l’humanité. D'où cette ouverture sur les sciences humaines. Les exemples d'analyse textuelle du Coran, expliqués par le chercheur franco-marocain lors de cette rencontre, rappellent la linguistique structurelle de Ferdinand de Saussure ou les ouvrages de Dominique Maingueneau sur le discours et l'unité textuelle. L'objectif est de démontrer que ces outils permettent de déceler les messages-clés du Texte. «Le texte coranique est structuré. La sourate est la clef d'interprétation et non le verset«.


    Laïcité et démocratie

    Rachid Benzine: «Les questions de démocratie et de laïcité n'ont rien à voir avec le droit divin. Ce sont les sociétés qui déterminent le droit qu'elles veulent. Nous devons évoluer vers une société qui respecte les croyants et aussi les non-croyants. Dans le contexte actuel, il y a une étatisation de la religion. Certaines parties vont se référer à la religion pour asseoir leur légitimité«.Saâd Eddine El Othmani: «Il n'y a pas un seul modèle de laïcité dans le monde, mais plusieurs. Mais aucun modèle n'a instauré une véritable coupure entre la religion et l'Etat. En Allemagne, il existe des partis politiques chrétiens. Si laïcité veut dire gérer une société à travers des mécanismes démocratiques, alors elle fait partie de l'islam«.


    Le verset, un électron libre

    Les deux conférenciers se rejoignent dans l'idée qu'aucune interprétation humaine ne peut contenir la parole divine infinie. Plus, Benzine estime que l'intention divine est inaccessible. Car elle est indissociable des mémoires et des croyances collectives de l'époque où la Révélation s'est produite et de l'auditoire premier.«Ce que nous pouvons relire, c'est le texte tel qu'il a été écrit«. Bien des étapes ont été franchies depuis la Révélation: la parole a été énoncée par le prophète (gestes, rythme de la voix…). Après, le texte a été rassemblé et ensuite écrit. A ce niveau, on pourrait ajouter que la vocalisation du Coran n'a pas été établie au moment de l'écriture (Achakl). Conclusion: «On ne peut pas comprendre tout le sens d'un verset, si on l'extrait de son unité textuelle«. Et il serait préjudiciable de faire de ce verset une citation figée pour justifier telle ou telle situation dans la vie de tous les jours. Question: Faut-il supprimer les cours d'éducation islamique qui se basent sur des citations coraniques? «Il va falloir enseigner la religion autrement, de manière à ne pas faire violence au Texte«, affirme Benzine. Car chacun prend du Coran ce qui l’arrange. Un intégriste dira que le Jihad légitime la violence contre les mécréants. Un autre va comprendre qu'il s'agit d'un Jihad d'abord sur soi-même.Certains maris ridiculisent leurs femmes ou les battent sous prétexte que le Coran place l'homme à un rang supérieur. D'autres liront dans les mêmes versets un appel au bon traitement de l'épouse. A chacun son interprétation!Nadia LAMLILI

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