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Un journaliste peut en cacher un autre... Par Mohamed LAROUSSI

Par L'Economiste | Edition N°:922 Le 22/12/2000 | Partager

Suite à la non-parution de ce billet la semaine dernière, de nombreux lecteurs se sont inquiétés et m'ont exprimé «leurs sentiments sincères de solidarité suite à cette interdiction«. Tout en les remerciant du fond du coeur, je tiens à les informer que c'était juste une simulation. «Dans le cas où«… J'ai même préparé (toujours «dans le cas où«…) de nouveaux titres à cette chronique : «La Nouvelle humeur du Vendredi«, «Humeur Hebdo« ou -celui que je préfère- «L'humeur enchaînée«. En attendant, je peux vous dire que ces témoignages de sympathie m'ont fait vraiment chaud au coeur. Et, à propos de chaleur, nous avons connu, je crois qu'on peut le dire, deux semaines très chaudes. Et, comme nous, nous avons d'autres chats à «fouetter« (n'est-ce pas?), ce sont les étrangers qui en profitent: ils bronzent tous seuls. Au moins, ça les occupe. Le soleil, c'est super: ça aveugle les curieux et ça les empêche, aussitôt rentrés chez eux, d'aller tout raconter à leurs petits copains de «reporters sans frontières« et compagnie, qui veulent nous inculquer «les bonnes manières«. «Le devoir d'ingérence«! disent-ils. Ils sont fous, ces journalistes! «Le devoir d'ingérence«? Et «le devoir d'amnésie«, vous l'avez oublié? Vous savez, les étrangers c'est bien et tout, mais, ce sont tous des ingrats. On a beau, dès qu'ils pointent leur nez, les accueillir avec du lait, des dattes et des courbettes, ça ne les empêchera pas, dès que l'on tourne le dos, de cracher dans la soupe. Justement, on devrait plutôt leur offrir de bons bols de harira bien «krafsée«. Comme assommoir, il n'y a pas mieux. Dès la première cuillerée, ils vont nous prendre pour des militants des «restos du coeur«. Ce n'est pas du bol, ça? Et quelle pub pour nous! On peut aussi leur montrer la fameuse pétition, pardon, la «Déclaration de la Société Civile«. Ils seront enfin convaincus que nous sommes tous des gens «du juste milieu«, ou comme a dit l'autre, des «ni-ni« (à ne pas confondre avec les «nini ya moumou« qui sont beaucoup plus jeunes). Mais, au fond, si ça ne tenait qu'à moi, ça fait longtemps que je n'aurais laissé entrer que les analphabètes, les aveugles ou les trisomiques. Bref, que des étrangers invulnérables et discrets comme, par exemple, Brad Pitt ou Robert Redford: tout le monde sait qu'ils sont là, mais personne ne les a jamais vus. Mais, tout ce qui pourrait ressembler à un universitaire, à un intello ou à un militant écolo, ouste! Dehors! Et surtout, les journalistes. C'est la pire des espèces. Eux, leurs complices les attendent à l'arrivée. L'autre jour, par hasard, j'en ai vu un -un chauffeur de taxi- qui racontait à un (jeune) journaliste étranger déguisé en touriste, qu'au Maroc, «cépa com chivou msio«. «Ici, msio, on frappe li jans avec li drois di lom«. «Regarde msio! lui chuchote-t-il en lui montrant un journal avec la photo de nos valeureuses forces de l'ordre en train de nettoyer nos rues de tous ces voyous qui dérangent les bons citoyens. Il lui a même traduit, à sa façon, un article qui raconte l'histoire (fausse) d'une journaliste «battue et insultée«, paraît-il, par des agents dans l'exercice de leurs fonctions. Bien fait pour elle! Car que faisait-elle dans la rue, au lieu de rester à la maison à préparer le «f'tour« comme toutes les femmes normales? Mais, entre nous, tout ça c'est la faute de notre gouvernement. Moi, je l'adore, mais là, honnêtement, je ne suis plus d'accord. D'ailleurs, il paraît qu'il ne veut plus se contenter «d'un petit plan« pour la femme. Il veut «une vraie stratégie«. D'ailleurs, ça a déjà commencé: nous allons bientôt avoir des femmes à nos frontières. Une femme journaliste, ça va, une femme douanière, bonjour les dégâts! Je suis sûr qu'elle est incapable de bien fouiller ce de jeune journaliste fouineur. Résultat: on verra bientôt cette photo et cet article exploités honteusement par nos ennemis à New York, à Strasbourg ou ailleurs. Les journalistes sont un vrai danger pour les nations. Il faut les mater sinon, eux, ils ne vont pas vous rater. Au fait, vous avez vu la télé? Les deux télés? Vous avez été tous témoins: le Maroc a inventé, avant tout le monde, la première émission «copier-coller«. Et vous avez sûrement entendu (deux fois) notre cher frère expatrié et son cher confrère qui «connaît bien ces gens-là, nous prévenir «qu'il ne faut pas donner trop de liberté à ces «jeunes zappeurs de l'Histoire«, qui croient avoir hérité la liberté de leur père« (Mais qu'est-ce qu'ils ont tous, ces temps-ci, avec les «pères des autres«!?). Heureusement que pour eux, «la bonne presse finit toujours par chasser la mauvaise«. Que Dieu les entende! Justement, il y a quelques jours, un des représentants historiques de cette «bonne presse« dénonçait tous ces «pseudo-modernistes« qui veulent chasser nos «mokadems« sous prétexte de «système archaïque«. Le «mokadem«, nous rappelle-t-il, c'est comme les petites bonnes, ça fait partie de notre patrimoine. Et nous devons le préserver et le défendre«. Je suis d'accord avec vous, cher confrère, car j'ai mon passeport à refaire. Maintenant, pour détendre un peu l'atmosphère, je voudrais vous raconter une anecdote marrante, authentique et néanmoins, authentifiée (Moi, contrairement à d'autres, je respecte «les tics professionnels«). Il y a trois ans, on a posé à Jacques Chirac une question sur la vache folle. Et savez-vous ce qu'il leur a répondu? «Il n'y a pas de vache folle, il n'y a que des journalistes fous«. Je vous l'avais bien dit. Bon week-end et à vendredi prochain. S'ils veulent bien.

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