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    Un crime multimédia : Don Juan 007 tue Candi 2000

    Par L'Economiste | Edition N°:168 Le 23/02/1995 | Partager

    Quand la police, alertée par son réseau d'écoute des PC, débarqua dans le vieil appartement sur Hollywood Boulevard, il était trop tard. Un inividu, dans un costume de réalité virtuelle, gisait sur le clavier d'un Macintosh Quadra de la dernière génération. Mort.

    John Malone vivait à New York depuis dix ans, mais cela faisait cinq ans qu'il ne sortait plus de sa mansarde de Spring Street, en plein Soho. Il commandait ses repas et tout ce dont il avait besoin sur America On Line, le réseau public d'ordinateurs dont il était membre comme cent millions d'autres Arnéricains, sous le "nom d'écran" de R U Sirius. Il envoyait chaque jour par modem les études de marché qu'il réalisait pour sa société, installée à Memphis, Tennessee. Tous les contacts nécessaires, dans sa vie professionnelle ou privée, il les établissait sur l'écran géant haute définition connecté à son IBM. L'ordinateur lui avait permis de nouer des amitiés sur tout le continent. Il n'avait plus besoin de fréquenter les bars et les cafés du quartier. Il leur préférait les salons et les couloirs du cyberespace.

    Ravissante image

    Environ un an auparavant, John Malone avait fait la connaissance de Candi 2000, lors d'une fête donnée dans les salons de rencontres virtuelles d'AOL. Candi avait vingt ans, c'était une blonde aux yeux verts mais, surtout, John aimait en elle la sensualité et l'abandon propres aux filles de la Cité des Anges. De toute évidence, Candi connaissait mal Los Angeles, de même que John avait presque oublié New York, mais peu importe: dans le cyberespace, les villes ne sont pas des villes, mais des idées. Candi rappelait à John les filles qu'il avait vues en Californie, avant de s'installer définitivement dans le monde virtuel, à une époque dont il se souvenait comme d'un rêve. Les images, simples réminiscences platoniques, lui revenaient parfois, fugitivement.

    Candi 2000 n'était qu'une ravissante image sur l'écran de l'ordinateur, créée par la vraie Candi. De son côté, John avait fabriqué aussi l'image de son propre corps, qui apparaissait sur l'écran chez Candi.

    Ils passaient ainsi des nuits entières à se parler, se dédiant des chansons sélectionnées sur le répertoire d'enregistrements numériques du serveur d'AOL, qu'ils écoutaient sur le système stéréo de leur ordinateur.

    Mais les paroles ne leur suffisaient pas. Ils revêtaient leurs costumes équipés de stimulateurs électriques au niveau des points sensibles du corps et, chaque fois que leur partenaire, à l'autre bout du continent, posait le curseur et cliquait sur le point correspondant sur l'image à l'écran, ils ressentaient une caresse.

    John s'attachait de plus en plus à Candi. Mais plus sa passion grandissait, plus il se méfiait. Il lui semblait que dans le monde virtuel, sur l'autoroute de l'information, la fidélité était une valeur plus importante que jamais. Et, divers indices le portant à suspecter que la belle fréquentait d'autres membres d'AOL, il décida d'enquêter.

    Les doux chocs électriques

    Il se donna un second nom d'écran, "D Juan 007", sous lequel il chercha à rencontrer Candi 2000 et à la séduire. Il inventa pour D Juan 007 un autre corps, pas plus beau que celui de R U Sirius -impossible selon lui- mais plus conforme aux préférences affichées par Candi.

    Une nuit, Candi 2000 venait de faire l'amour virtuel avec D Juan et John se sentit trahi par lui-même et ressentit de la haine pour Candi. Sa décision était prise: il allait la supprimer. Il se mit à consulter sur son ordinateur toute la documentation disponible sur les costumes d'amour virtuel. Au rendez-vous suivant, R U Sirius demanda à Candi de revêtir son costume. Elle s'exécuta, persuadée qu'il en faisait de même. Elle se trompait: les doux chocs électriques qu'elle envoyait passionnément se perdaient dans le costume de John, pendu au porte-manteau.

    Pendant ce temps, John appliquait soigneusement à l'image de Candi les clics nécessaires pour la mettre hors d'elle. Clic, clic, clic. Candi atteignit l'orgasme une, deux, dix fois, mais R U Sidus ne s'arrêta pas: clic, clic, clic, clic. Elle tomba sur le clavier, exténuée, et R U Sidus continua le tir, clic, clic, clic, cliiiiic... jusqu'à ce que Candi meure, électrocutée.

    La police de Los Angeles emmena à la morgue le corps brûlé. Sous le costume qui l'avait tué, on découvrit un homme d'une cinquantaine d'années. Mais comme personne, dans le monde réel, ne vint l'identifier, on passa une annonce sur AOL: sur le réseau, l'homme utilisait le nom d'écran de Candi 2000.

    Fiction écrite par Paulo Moura,

    correspondant de Publico à New York

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