×L'Editorialjustice régions Dossiers Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs LE CERCLE DES EXPERTS Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste prix-de-la-recherche Prix de L'Economiste Perspective 7,7 Milliards by SparkNews Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière

Culture

Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNAQuatorzième épisode: Le premier signe de l'enfer

Par L'Economiste | Edition N°:1157 Le 04/12/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsLa jeune madame Belkbir, 21 ans, doit élever son enfant dans des conditions très difficiles: la honte des actes commis par le père, la fuite des anciens “amis”, la disparition des détenus de Kénitra envoyés à Tazmamart… C'est la grand-mère maternelle qui se porte au secours de sa fille et de son petit-fils. Elle essaie de compenser les malheurs de l'enfant en le gâtant.Habillé comme un prince en exil, les lubies ludiques ou vestimentaires de l'enfant étaient quasiment des ordres pour sa grand-mère.La présence du père des autres enfants, l'absence du sien, ainsi tous ces avantages qu'elle pouvait lui procurer, elle en faisait son affaire personnelle. Tout ce qui pouvait remplacer la vision et le sentiment chez son petit-fils d'un père aimant, des scènes de chaleur paternelle, elle travailla au corps pour lui éviter la frustration. Jamais, elle ne nomma quelque responsable que ce soit, gérant intelligemment les aspects les plus délicats. Les voyages en duo formèrent leur complicité.. L'enfant se sent coupableDe même sur un autre registre, l'épouse du capitaine Belkbir ne voulut pas être en reste par rapport à sa belle-famille. Chaque fois que l'occasion se présentait, elle y emmenait son fils en mission de maintien de contact, en dépit de tout. A une exception près, aucun des membres de la famille paternelle de l'enfant ne s'était estimé concerné par le sort de l'enfant et sa mère. Comme si après l'éloignement ou la disparition (!) physique du lien entre les deux familles après l'emprisonnement du père, plus aucune attache ne devait présider à leur réunion.La famille Belkbir ne manquait pas de privilèges acquis au cours de la colonisation. Pourtant, elle ne chercha pas à en distribuer quelques atomes sur son petit-fils. Si lui ne venait pas à elle, elle ne chercherait pas à le voir.Et à l'instar de tout enfant qui se croit responsable de la séparation de ses parents, il campa inconsciemment sur le rôle du coupable de l'absence paternelle. L'attitude de la famille de son père le renforça dans ce sentiment de culpabilité. Pour lui, c'est ainsi que s'expliquait l'attitude de sa grand-mère paternelle et de ses oncles vis-à-vis de lui.Aussi, malgré son très jeune âge, garda-t-il pour lui toutes ses interrogations. Il ne s'avançait jamais à questionner sa mère ou sa grand-mère sur le sort de son père.Bien évidemment, les innocentes mais cruelles questions des gamins de l'école ou du voisinage furent réglées par un lapidaire: “il est mort à ma naissance”. Le fils assénait ces réponses sur un ton qui indiquait bien qu'il ne tolérerait aucune réplique ultérieure. Il avait toujours présent à l'esprit la recommandation maternelle de ne pas s'éterniser dans les jeux avec les camarades. “Mon fils, sache que désormais, ton seul et unique camarade ne saura être que le livre. Sache qu'il ne te posera jamais de questions. Il ne te décevra jamais aussi. Dès que tu l'ouvriras, tu t'enrichiras de son contenu, tu t'abreuveras à sa source qui ne tarira jamais”.Certaines institutrices se prirent d'affection pour lui. Ne sachant rien de la tragédie familiale, elles n'en apprécièrent pas moins ce petit bout d'intelligence et de réserve étonnament précoce. Quand elles voulurent en savoir plus, elles furent poliment rabrouées laissant leurs questions en suspens. Tout comme ses interrogations…. L'inquiétant visiteurQuand l'enfant Belkbir aperçut le visiteur, il ne se douta de rien. Presque déguenillé, il se dirigea en hésitant vers la maison de la grand-mère.Il sonna.L'enfant ne jugea pas utile d'interrompre sa partie de foot avec les copains. Entre deux passes, il leva des yeux presque indifférents sur cet inconnu qui frappait à leur porte. Encore un que “la corde de vie a lâché”, probablement.Plusieurs secondes plus tard, le visiteur avait disparu.A l'intérieur?Sa mère fut intriguée dès l'ouverture de la porte. Un homme en proie à une peur inexplicable, regardant de tous les côtés, hésitant à fixer son interlocutrice, demanda son identité.Première réponse de l'intéressée, une question: “- Pourquoi?- Je vous en conjure, ne perdons pas de temps, êtes-vous l'épouse du capitaine Abdeltif Belkbir?- Oui, c'est moi.- Je peux entrer?- Qui êtes-vous?- Laissez-moi entrer, s'il vous plaît!- Dépassez le seuil de manière à ce que je puisse fermer la porte”.Originaire de la tribu des Tsouls, et au risque de sa vie, l'inconnu était venu jusqu'à Fès rencontrer la famille Bennouna. Il était gardien au bagne de Tazmamart. L'appartenance à une même tribu que le capitaine Belkbir facilita le lien. Cette tribu que régentaient les père et grand-père Belkbir a laissé des obligés qui ont essaimé dans tout le pays.Et c'est fort de cette dette que le contact s'est, très difficilement, au début, noué entre le condamné voué à la mort lente et son geôlier. Contre stimulants matériels conséquents, il consentit au prix de mille hésitations, mille fois compréhensibles, à endosser le rôle d'émissaire épisodique.. Le messageIl se retrouva effaré de sa dangereuse expédition, face à l'épouse Belkbir. Il lui confia quelques gribouillis écrits avec une allumette éteinte sur du très vieux papier jauni, de piètre qualité.Elle comprit que c'était son écriture.Pas de doute, cela émanait bien de lui!Le contenu, difficilement déchiffrable vu la médiocrité du matériau et du support, faisait apparaître des lambeaux d'expression arrachés à la tragique illisibilité:“La course contre la montre… La mort nous guette…… Nos conditions sont indignes de celles des animaux. Les scorpions et les serpents sont les maîtres des lieux.… Besoin de médicaments, antibiotiques, antiseptiques et vitamines.… Des dattes.Un exemplaire du Coran. Une loupe. Quelques vêtements chauds, en laine…Notre vie va se terminer dans ce mouroir. La course contre la montre, contre la mort, contre l'oubli… Prends bien soin de l'émissaire. Donne-lui tout l'argent qu'il demande.”Elle regarda intensément le visage de ce dernier comme pour s'assurer encore plus de la présence réelle et physique du lien. Il lui confia qu'il devait se rendre chez la mère du capitaine pour lui transmettre les nouvelles de son fils et qu'il serait de retour dans une dizaine de jours, au plus. Elle réunit quelques billets, les adjoignit à quelques dons, puis remit le tout au messager. D'un oeil avide, il jaugea l'importance des billets et des dons. Finalement, risquer sa vie pour faire le messager clandestin entre deux damnés de la terre peut rapporter.Cependant, il n'eut pas l'indélicatesse de tâter l'épaisseur du paquet de billets. Un “Dieu vous le rende” et les voilà engloutis par une poche.Toujours dominé par sa peur, il regarda de part et d'autre de la ruelle.A part des gamins en train de jeter des forces phénoménales derrière un ballon, personne. Il disparut en se retournant à chaque pas. Elle mit à profit le délai pour essayer de satisfaire en premier lieu et autant que faire se peut la demande médicamenteuse.Elle rassembla une somme conséquente et courut acheter tout ce qui était susceptible de soutenir son mari dans sa lutte contre la mort.. Demain, jeudi 6 décembre : Un colis pour Tazmamart

  • SUIVEZ-NOUS:

  1. CONTACT

    +212 522 95 36 00
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]
    [email protected]

    70, Bd Al Massira Khadra
    Casablanca, Maroc

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc