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Tazmamart… Côté femmePar Rabéa BENNOUNADix-septième épisode: Le passeport bloqué

Par L'Economiste | Edition N°:1161 Le 10/12/2001 | Partager

. Résumé des épisodes précédentsL'épouse Belkbir, dont le mari ex-numéro deux d'Ahermoumou, est à Tazmamart, veut renouveler son passeport. Elle se heurte au mur du silence, comme lorsqu'elle cherchait à faire la lumière sur le sort de son mari. Des “amis” lui font savoir qu'elle n'obtiendra rien, car son dossier est aux Affaires générales de la Préfecture. Mais ces années de démarches ont fait d'elle une femme revendicative, sûre de tous ses droits qu'on veut encore lui enlever.Comme elle n'était pas du genre à voir sa volonté contrariée par une difficulté ou même deux, elle se présenta à l'officine des renseignements officieux de la préfecture.Elle fit antichambre durant trois bonnes heures.Sans succès.Elle y retourna tous les jours ouvrables.Même insuccès.Puis, elle comprit.Le fonctionnaire sensible semble avoir gagné à sa cause le planton du directeur.Contre quelques billets froissés et puants, le chaouch lui arrangea une entrevue avec le maître de céans.Il l'accueillit tout en faisant mine de chercher son dossier.Sans lever les yeux vers elle, il lui fit signe de s'asseoir tout en continuant ses recherches.Elle en profita pour promener son regard sur la pièce où se font et défont des destins.Pas moins de quatre portraits officiels trônaient sur son bureau.Incontournables moustaches en broussaille, lunettes rivées à mi-parcours, yeux à qui l'on a confié la garde des rayons X, costume assez douteux, âge incertain.“- Voyons, madame Bennouna épouse Belkbir? Bien, bien. C'est bien ça, non?- Tout à fait et j'ai déposé mon dossier, il y a trois mois!- Attendez un peu! C'est un reproche que j'entends là ou je me trompe? Non, n'est-ce pas! Vous voulez peut-être nous montrer notre boulot? C'est ça, hein?- Ecoutez monsieur, je ne cherche pas l'affrontement ou la provocation, mon droit à un passeport est garanti par la Constitution, non?- Tout de suite les grands mots! Droit! Garantie! Constitution! Non mais vous vous croyez où? Hein? A Genève, à Copenhague, vous êtes à Fès, ma petite dame. Il faut faire avec.- S'il vous plaît, je dois vraiment obtenir mon passeport. On m'a dit qu'il était bloqué à votre niveau. Est-ce vrai et qu'a-t-on à me reprocher?- Beaucoup de questions à la fois, tout cela fait, n'est-ce pas! Bon, soyons plus sérieux, j'ai effectivement un problème avec votre dossier. C'est au niveau de Rabat, au ministère de l'Intérieur. - Au risque de me répéter, que me reproche-t-on?- Oh, rien du tout! Des peccadilles, si vous voulez! Si ce n'est d'être l'épouse d'un putschiste qui a attenté à la vie de notre Souverain, que Dieu nous le garde! Ecoutez ma bonne dame, moi, si on me donne le feu vert, tu reviens demain récupérer ton passeport. Sans ça, je ne peux absolument rien pour vous. Au revoir madame.”De retour à la maison, elle trouva la petite feuille bleue qui l'attendait. Elle devait se rendre, comme à l'accoutumée, au commissariat central.Même personne, même décor que lors de “l'enquête” suite à l'article du Monde. Mais sans mise en scène cette fois-ci.Les mêmes questions idiotes, les mêmes réponses indignées.Elle décida une fois pour toutes de ne plus répondre aux questions de cet absurde policier.“- N'espérez pas que je sombre dans la folie, même si vous faites tout pour. Et à chaque fois que vous me poserez une question sur mes contacts avec Belkbir, je vous répondrai que je n'ai absolument aucune nouvelle de lui depuis août 73. Vous entendez, je n'ai plus aucun signe de vie de lui depuis cette date! Vous pouvez vérifier, mettre 24h/24 ma maison sous surveillance, surveiller mes allées et venues… et d'autres techniques que mon ignorance des méthodes nationales de filature me rend incapable de deviner. Convoquez-moi une fois de plus que je vous resservirais le même laïus. A bon entendeur.” . Bataille juridico-religieuseA l'issue de ses multiples visites dans l'antre policier et préfectoral, il lui vint une idée pour la soulager de plusieurs maux. Une idée douloureuse. Le coeur de son problème avec les représentants de l'autorité résidait dans la présence de son mari ou plutôt l'absence de celui-ci. Tant qu'elle serait liée à lui, toutes les portes de ses droits de citoyenne lui seraient fermées.Un de ses voisins, Benabderahmane El Laraki, greffier à la Cour d'appel, la guida dans certaines démarches judiciaires pour entamer une procédure de divorce du capitaine Abdeltif Belkbir pour “absence et perte ainsi que non-versement de pension alimentaire”. Pour faire aboutir cette procédure, elle s'entoura de toutes les précautions. Elle prit un avocat spécialisé qui lui promit l'aboutissement dans très peu de temps. Bien entendu, elle n'était pas dupe. Car les arcanes de la justice marocaine étaient impénétrables.Le principe de séparation des pouvoirs n'étant garanti que par la Constitution, elle s'en remit à Dieu et s'engagea. Jamais elle n'aurait cru qu'elle allait être l'enjeu d'une incroyable bataille juridico-religieuse entre les tenants des différents rites de l'islam.Elle se fit établir une attestation adoulaire justifiant l'absence du mari et ipso facto le défaut de pension alimentaire.On lui refusa par trois fois sa demande. Pourquoi?Le vieux cadi qui répondait à l'inquiétant nom de Kaâbe, pilier d'Al Qaraouiyine, refusa catégoriquement la demande en divorce. Il reprit l'argumentation de l'avocat point par point et lui opposa la réfutation adéquate du rite dont se réclame la jurisprudence.Ainsi, pour l'absence de pension alimentaire, quand, puisant dans le corpus chafiîte et malékite, l'avocat invoqua l'extrait coranique de la sourate de “La Vache”: “Quand vous aurez répudié vos femmes, et qu'elles auront atteint le délai fixé, reprenez-les d'une manière convenable ou bien renvoyez-les décemment. Ne les retenez pas par contrainte. Vous transgresseriez les lois -quiconque agirait ainsi se ferait du tort à lui-même”.Le juge Kaâbe lui asséna un contre-verset sorti de la sourate de “La Répudiation”: “Que celui qui se trouve dans l'aisance paye selon ses moyens. Que celui qui ne possède que le strict nécessaire paye en proportion de ce que Dieu lui a accordé. Dieu n'impose quelque chose à une âme, qu'en proportion de ce qu'Il lui a accordé. Dieu fera succéder l'aisance à la gêne.” Donc selon l'interprétation hanafite du bon f'qih Kaâbe, le mari ne peut en aucun cas être astreint à verser quoi que ce soit à son épouse s'il est indigent. Ce qui était le cas de Belkbir. Il n'y avait donc point motif de divorce. Dont acte.Ils voulurent se rattraper sur le deuxième point, à savoir “l'absence prolongée”.La bataille entre les rites hanafite et Chafïîte d'un côté et malékite et h anbalite d'un autre côté sur l'opportunité d'accorder le divorce à la femme en cas d'absence injustifiée faisait rage dans la tête du cadi du tribunal de première instance de Fès Kaâbe.Il trancha. Le divorce fut refusé pour motif que Belkbir est contraint!Il est absent par contrainte. Moqrah! disait-il.Par trois fois, il refusa de lui accorder le divorce. Avant de faire appel, elle décida d'aller le voir dans son bureau pour une ultime tentative d'explication.. Demain, mardi 11 décembre 2001 : Les incroyables arguments du cadi

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