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Taylor: Un chronomètre et des tests

Par | Edition N°:294 Le 04/09/1997 | Partager

Tout travail a un temps. L'industrie l'a compris et introduit des standards, forcée par la concurrence et surtout les machines qui imposent les rythmes. Le secteur tertiaire, privé ou public, exécute ses tâches dans la nonchalance. Nous devons à Taylor la rapidité au travail et le choix du «right man in the right place».

«Je travaille pour ce qu'on me donne». Qui n'a pas entendu un fonctionnaire justifier ainsi sa paresse? Autrement dit, «pour un petit salaire je fournis un petit effort».
C'est ainsi qu'un employé travaille de moins en moins jusqu'à donner encore moins que son salaire.
Taylor avait relevé ces dangereuses dérives chez les ouvriers qu'il observait. Ces ouvriers pratiquaient la «résistance», c'est-à-dire travaillaient le plus lentement possible tant que les contremaîtres ne pouvaient rien remarquer. Ils donnaient moins pour maximiser leur salaire fixe. De plus, c'était l'époque des grandes idéologies socialistes et syndicalistes où le patron était sensé «exploiter» le travailleur, et les rapports sociaux étaient tendus.
Taylor estimait qu'il fallait inverser ces calculs, donner l'occasion aux ouvriers de produire plus et gagner plus. Cela vous semble évident? Regardez autour de vous! Combien d'entreprises ont mis en place, un siècle après, un système de motivation à la productivité? Très peu.

Un travail de microscope


Pour motiver, il faut alors décomposer chaque travail, manuel ou intellectuel, en des activités de base appelées «therbligs»: saisir, positionner, tourner, mouvoir des pièces dans un atelier. Puis il faut sortir les chronomètres, additionner les temps et établir des standards pour monter une roue sur une chaîne de voiture, passer une écriture comptable ou ranger un magasin. Certains ont comparé son introduction du temps dans le travail à l'invention du microscope et à la découverte des cellules dans la médecine. L'ouvrier doit réaliser un temps standard pour recevoir un salaire standard. S'il fait mieux, il y a une référence pour mieux le payer.
On comprend l'engouement des plus forts et la résistance naturelle des plus faibles qui voient arriver au-dessus de leur tête des hommes avec des chronomètres pour pénétrer leur intimité de travail. Les syndicats ont toujours été contre ces méthodes. D'abord parce que l'amélioration du salaire est obtenue par le travail et non par la revendication et leur pression. Ensuite, l'individu est isolé, sollicité, et la lutte collective est court-circuitée.
Les hommes ne sont pas reconnus comme «égaux» devant le travail à la «rapidité», se mêle «l'habileté» et «l'effort» de l'individu, révélés à chaque expérience comme limites des standards.

Sélection


Bien sûr, à chaque type de travail apparaissent des individus mieux adaptés. Et il y en a pour tous les genres. L'exemple évident est que les hommes vigoureux réussissent dans les travaux de force: la mine, le chantier. Mais les femmes menues sont parfois les plus habiles. Elles réussiront dans les chaînes de confection ou d'électronique. Les maladroites et les maladroits sauront être habiles, mais de leurs esprits. Quand aux faibles et aux pauvres d'esprit, la providence ne les a pas oubliés: ce sont ceux qui réussissent le mieux à la routine. Ils ne se lassent pas de tourner les boulons ou de remplir la même fiche. Leurs taux de rebut sont très bas. Aux innocents les mains pleines.

«L'endurance» est une autre notion étudiée par Taylor et ses disciplines. La fatigue musculaire existe, rien ne sert de jouer les héros. Ce serait du stakhanovisme, une pôle-imitation du taylorisme né sous Staline, sur le dos de ce pauvre bougre de Stakhanov, ouvrier zélé, candidat à la Sibérie. Puis qu'il ne faut pas se crever, sachez ménager des pauses pour vous et vos collaborateurs. Pour le faire suivant les principes du «management scientifique», il faut savoir en choisir le moment, c'est-à-dire avant l'épuisement. Pour le corps, il faut savoir qu'un groupe de muscles se repose mieux quand tout le corps se repose. Jusqu'où va l'intérêt pour le corps du travailleur. Pour le corps et l'esprit, les batteries doivent être rechargées avant qu'elles ne soient à plat. Ceci est valable pour la journée, la semaine ou l'année.
«L'aptitude» physique, et plus tard intellectuelle, est donc importante. La sélection est en marche. Il y a toujours «a right man in the right place», selon l'expression devenue célèbre. L'homme juste suppose une étude des capacités et la place juste suppose une étude de poste.
L'adéquation du poste de profil est née. Cherchez-la. Beaucoup l'ont encore oubliée, et dans les meilleures entreprises.

Khalid BELYAZID

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