Culture

Sitcom: Comment la TVM veut damer le pion à 2M

Par L'Economiste | Edition N°:1330 Le 09/08/2002 | Partager

. Lakhmari, El Ouali, Choumicha, Reggab et les Nadifi préparent un sitcom pour le mois de Ramadan. Sur le plateau, c'est le délire…«Je veux de la joie dans vos yeux et puis de la vraie surprise, essayez s'il vous plaît, vous allez y arriver«, crie Nourredine Lakhmari. Tantôt rassurant, tantôt en colère, le jeune réalisateur crie, hurle, gesticule derrière ses moniteurs (écrans reliés aux quatre caméras du studio). Nous sommes dans le hangar 2 des studios de MPS où se tourne actuellement le sitcom «Soufiane« (le nom définitif du feuilleton n'est pas encore arrêté). Le feuilleton de 40 épisodes de 13 minutes est produit par la société Big Shot pour la TVM.Sur le plateau, Soufiane, Leïla et Kamal dansent joyeusement autour de Bahija pour la fêter. Son soupirant a accepté de rencontrer ses amis et voisins pour une éventuelle demande en mariage, -c'est ce qu'elle croit du moins. Et quand enfin, le soupirant arrive, il n'est pas seul mais… accompagné de sa femme. La surprise de l'ex-future mariée, le rire étouffé de l'enfant et l'embarras de ses parents, le regard sceptique de l'épouse… Pas besoin de mots, tout est dit. Après plusieurs répétitions (qui ont duré près de deux heures), la séquence est enfin satisfaisante. Les acteurs sont lessivés, le clapman aussi. Al Bahja, le clapman, est un personnage pittoresque. Petit, le sourire toujours aux lèvres, il adopte une langue pour chaque scène, pour changer, dit-il. La dernière scène de l'épisode 11 a eu droit à la langue turque.Rachid El Ouali, dans le rôle de père du gosse turbulent, s'en sort avec brio comme d'habitude. Il épouse parfaitement le personnage. Bien que ce soit une première pour elle, la présentatrice Choumicha interprétant la maman, demeure naturelle, telle que la voient les téléspectateurs dans sa célèbre émission culinaire. La comédienne Nezha Regragui pour sa part est parfaitement à l'aise dans son personnage kitch. Mais les rôles principaux, interprétés par des enfants sont tout simplement hilarants. Ils créent de l'ambiance sur le plateau. Mohcine (Soufiane dans le film) et Tarik (Mehdi) Nadifi sont frères dans la vie et des copains compères dans le feuilleton, très portés sur les gags.Tous ces joyeux drilles s'amusent en jouant malgré la fatigue, la chaleur (les studios ne sont pas climatisés) et aussi les coups de gueule assez fréquents. «Les énergies se croisent forcément, il y a des frictions qui finissent souvent par faire claquer la porte à quelqu'un qui part en jurant de ne plus remettre les pieds sur le plateau. Au bout d'une heure, tout rentre dans l'ordre«, raconte Fatema Loukili, scénariste du feuilleton avec Jamal Boushaba. «C'est une fiction proche des préoccupations de la famille marocaine, des droits de l'enfant, mais sans pour autant être moralisatrice«, tient à préciser Nourredine Lakhmari. Avec ses deux scénaristes, il a préparé le fil conducteur. «Bien que tout ait été bouclé avant le début du tournage, chaque jour, les synopsis sont revus et discutés. Les acteurs donnent leur avis sur des scènes qu'ils ne sentent pas«, indique le réalisateur. Entre deux scènes, dans les loges, au cours des pauses, les discussions reprennent, les avis se confrontent parfois même sur le choix des costumes. «Le tournage n'est pas carré et rigide, à condition de rester dans les thèmes«, ajoute Lakhmari.Preuve en est, la première scène de l'épisode 12: une querelle entre le papa et la maman de Soufiane. Pas de dialogue, mais juste des attitudes: alors que Choumicha travaille sur son ordinateur, El Ouali passe l'aspirateur faisant un vacarme fou afin de l'embêter. El Ouali improvise: armé de son aspirateur, il le passe sur le bureau de Choumicha, aspire le papier et finit par entourer sa femme avec le suceur de l'appareil. Et là, c'est le fou rire général. «Coupez!« crie le réalisateur qui se lève pour embrasser El Ouali pour cette improvisation réussie. Sur le plateau, ces discussions et parfois les débordements ne sont pas pour plaire à la productrice qui, l'oeil sur les aiguilles de la montre, presse gentiment les gens. «On reprend s'il vous plaît, il est déjà 16 heures«. Habiba Belkacem, directrice de la maison de production Big Shot, n'est pas nouvelle dans le métier. Elle a à son actif plusieurs grandes productions dont Mektoub (Ayouch), les Tresses (Ferhati), Soif (Chraïbi)… Très emballée par ce projet, Habiba garde néanmoins les pieds sur terre et surtout regarde à la dépense. «Notre objectif est de tourner deux épisodes par jour. Nous y arrivons petit à petit«, dit-elle. Mais pas un mot sur le budget de la production ni les cachets. Le montant de 2,5 millions de DH avancé par certains n'est pas confirmé par Habiba.Pour de nombreuses personnes, c'est leur première expérience TV. Toutes se donnent à fond et la tension, il est vrai, est très grande. L'ambition ne l'est pas moins. Producteur, réalisateur et acteurs veulent se surpasser et s'imposer en tant que sitcom incontournable. Celui-ci devrait être programmé sur la première chaîne durant le mois de Ramadan en prime time, bref, en même temps que le célèbre feuilleton Lalla Fatema, qui a obtenu ses lettres de noblesse l'année dernière et est reconduit cette année. C'est dire que la concurrence sera rude d'autant plus que le sitcom «Soufiane« gage sur des enfants.Ce qui est sûr, c'est que ce feuilleton s'est entouré de plusieurs professionnels, en tête de liste Rachid El Ouali, qui prouve encore une fois sa parfaite maîtrise du jeu, un réalisateur qui a fait ses preuves dans le court-métrage et dans plusieurs autres réalisations, un chef opérateur Ali Reggab qui a beaucoup travaillé pour le cinéma canadien et allemand (et qui n'est autre que le fils du fameux réalisateur feu Mohamed Reggab), l'ingénieur du son Ali Faraoui est un produit des écoles françaises, enfin une équipe jeune et dynamique et qui a beaucoup de punch!Badra BERRISSOULE

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc