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    Tribune

    Sentiments d'écrivain: "La beia des curs"

    Par L'Economiste | Edition N°:589 Le 07/09/1999 | Partager

    Par Rida LAMRINI(1)

    Vendredi 23 juillet 1999. La nouvelle est tombée comme la foudre sur des hommes et des femmes incrédules. Le roi est mort! Impossible! Il s'est tellement confondu avec ses sujets. Son uvre avec leur quotidien. En l'espace d'une seconde, tout un peuple bascula dans la tristesse, désorienté.
    Et demain? Y aura-t-il un demain après lui? De quoi sera-t-il fait? A l'angoisse s'est ajoutée l'incertitude paralysante.
    Le jour même, un prince discret, à la mine habituellement réservée, émergea insensiblement des limbes protectrices dans lesquelles il a toujours vécu. Se hissant instantanément au niveau de tâches aussi immenses qu'inattendues, il émerveilla un peuple hébété et surprit le monde incrédule. Il régla avec autorité les détails de la beia, officia avec maestria à la cérémonie d'adieu au souverain défunt. Le peuple trouva consolation et réconfort dans l'hommage grandiose et unanime des grands de ce monde. Puis le nouveau roi donna rendez-vous à son peuple un vendredi 30 juillet à 20 heures 30.
    En attendant, la question demeure. De quoi demain sera-t-il fait? Le Roi est si jeune! Est-Il prêt pour les tâches qui L'attendent? Saura-t-Il tenir la barre? Certes, Son père, comme tout père prévoyant, a aplani autant que faire se peut de nombreuses difficultés. Mais le chemin est encore parsemé d'embûches. Ce qui reste à faire est immense, et les moyens disponibles limités!

    Espoirs et incertitudes


    Vendredi 30 juillet 1999, 20 heures 25. Avec des amis, nous nous étions installés devant la télévision, l'espoir mêlé à l'angoisse. Nous attendions le Discours. Nous attendions des mots auxquels nous accrocherions nos espoirs de lendemains radieux. Des mots qui effaceraient la sourde détresse et chasseraient l'insoutenable incertitude.
    20 heures 30 tapante, le speaker annonça, de façon presque surréaliste : "Citoyens, Citoyennes, Sa Majesté le Roi du Maroc".
    Il était là! A l'heure annoncée! Il nous avait presque surpris! Sa jeunesse éclatante défiait les apparats majestueux de la charge. La métamorphose s'était accomplie! Le jeune Prince, presque timide, s'était moulé dans la tenue d'un monarque moderne, de SM Mohammed VI. La peine de la perte soudaine du Père s'était, pour la circonstance, effacée. Elle avait trouvé refuge au fond du regard. Celui-ci dégageait la concentration déterminée du leader.
    Et puis ce fut le Discours. Le premier du Roi qui allait conduire le Maroc dans le 3ème millénaire. Nous avions retenu notre souffle, caché notre émotion. Est-ce cela le trac? Il ne dura pas bien longtemps. L'élocution était sereine. Le ton ferme. Juste ce qu'il fallait pour dégager la conviction mobilisatrice. En un quart d'heure, dans un condensé extraordinaire, le jeune Roi avait exprimé ses préoccupations avec des mots d'une rare densité.
    D'abord l'hommage. Celui du Fils vertueux à la mémoire du Père attentionné.

    La continuité et le style


    Puis, tout naturellement, la réaffirmation de l'expérience de l'alternance, voulue par le Défunt et confiée à M. Abderrahmane Youssoufi. Le gouvernement est conforté et encouragé à poursuivre son action de réforme. Ensuite, la confirmation des choix fondamentaux de la nation: la monarchie constitutionnelle, le multipartisme, le libéralisme économique, la décentralisation, la régionalisation.
    Mais derrière la continuité se profilait insensiblement l'amorce des ruptures. L'homme c'est le style, disait Feu Son Père. Et le style s'était manifesté ce soir du vendredi 30 juillet 1999.
    Premier indicateur: les conditions des sujets les plus défavorisés occuperont une grande partie des préoccupations. Des conditions que d'aucuns avaient essayé d'occulter lorsque évoquées par le PNUD il y a une décennie! Un bail pour un pays qui vit en accéléré.
    Deuxième indicateur: tous les sujets sont égaux devant Sa Majesté. Il n'y a pas de Marocains pour et d'autres contre la monarchie. L'amour du peuple à son Souverain est unanime. Le jeune Monarque l'a ressenti. Et Il entend le lui rendre.
    Troisième indicateur: l'état de droit sera consolidé et les libertés publiques et individuelles protégées.
    Temps fort: la mention explicite du président Abdelaziz Boutaflika, son impact direct sur les relations avec le frère algérien, les perspectives de règlement du dossier de nos provinces sahariennes et les opportunités nouvelles de développement à l'échelle du Maghreb.
    Le long du discours, nous étions tendus vers l'écran. Le poids des mots, la profondeur de l'engagement, la force de la conviction nous avaient arraché des larmes.

    Amour et fierté


    L'émotion était forte. Nous étions submergés par les accents de sincérité de ce jeune Monarque, politiquement vierge et moralement immaculé. Après l'affliction, après l'angoisse, après les craintes des incertitudes, nous baignions dans un bonheur inattendu. Nous étions confiants, sereins, rassurés. Des vibrations d'amour nous traversaient et nous unissaient avec nos concitoyens derrière notre jeune Monarque. Une véritable beia des curs! Ce soir-là, toutes les chaumières du Royaume communiaient dans de rares et intenses moments de ferveur.
    Comme ce pays béni en a connu dans son histoire moderne, au début de l'Indépendance et durant l'épopée de la Marche Verte. Ce soir du 30 juillet 1999, je ne m'étais jamais senti aussi attaché à mon pays, aussi fier de ses institutions!
    Vendredi 20 août 1999, 20 heures 30. Le Discours de la Révolution du Roi et du Peuple. Un autre moment fort, d'une intensité encore exceptionnelle. Dieu, qu'Il a su bien exprimer les préoccupations de son peuple en quatre interrogations lancinantes! Le tout dit avec un réalisme lucide devant les problèmes, mais avec une ferme détermination de les résoudre.

    Quel développement possible en l'absence du monde rural? Comment prétendre rejoindre le concert des nations avancées, lorsque les jeunes se heurtent à des portes fermées? Peut-on parler de progrès en continuant à renier les droits et ignorer le potentiel de nos compagnes? Sommes-nous une société égalitaire tant que nous fermons les yeux devant les besoins des handicapés physiques?
    Comment ne pas être ému devant cette fibre humaniste d'une rare sensibilité? Comment ne pas vibrer avec ce Roi en phase avec Ses sujets qui souffrent en silence ? En quelques mots, il a suscité l'espoir, réaffirmé les valeurs morales qui font la force des nations. Son franc-parler a fait de nous des soldats mobilisés qui attendent ses ordres. Nous sommes prêts pour une autre Marche derrière Lui. Une marche pour le progrès, la modernité, l'ouverture démocratique, la liberté d'opinion, la liberté d'expression. Une marche contre la corruption, les abus de pouvoir, le népotisme, le pillage des richesses publiques. Une marche pour l'édification d'un avenir de dignité, de fierté et de bonheur.
    Le Maroc de nos enfants sera assurément bien meilleur. Le Roi trône dans nos curs!
    Que Dieu Vous préserve, Majesté! Qu'Il guide Vos pas vers le bien de ce pays! Et qu'Il ait Votre Père en sa Sainte Miséricorde!

    (1) M. Rida Lamrini est l'auteur de "Le Maroc de nos enfants", un essai de sociologie politique, et du roman de moeurs "Les puissants de Casablanca", qui vient d'arriver en librairie et est publié en feuilleton par L'Economiste depuis juin dernier.


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