×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Société

    Scandale d’Agadir
    Servaty, alias Belguel sévirait toujours
    Entretien avec Redwan Mettioui, un des avocats des victimes

    Par L'Economiste | Edition N°:2295 Le 12/06/2006 | Partager

    Il y a un an, douze femmes et jeunes filles âgées de 17 à 45 ans étaient condamnées par le tribunal de première instance d’Agadir (Maroc) à des peines de prison ferme allant jusqu’à un an pour s’être livrées aux jeux pervers d’un «touriste du sexe» de nationalité belge, Philippe Servaty alias Belguel. Celui-ci a publié les images de leurs ébats sur internet. Les implications judiciaires de ce qui deviendra le scandale pornographique d’Agadir ne sont toujours pas arrêtées. A Bruxelles, à quelques mois de la tenue probable de la première audience publique dans le procès Servaty, l’avocat belge des victimes, Redwan Mettioui, fait le point sur ce dossier dont l’instruction touche à sa fin. . L’Economiste: Quels sont les derniers développements concernant le futur procès de Philippe Servaty?- Redwan Mettioui: Après avoir recueilli des informations auprès de mes clientes, j’ai rédigé leurs plaintes contre ce monsieur résidant en Belgique et je me suis constitué «partie civile» en saisissant, au mois de juillet 2005, un juge d’instruction à Bruxelles. L’instruction n’a véritablement débuté qu’à partir de septembre de l’année dernière, après la réception des documents que j’ai fournis et qui devaient aussi être traduits en français. Ensuite, des commissions rogatoires se sont tenues ainsi qu’une série d’opérations telles que l’audition de M. Servaty ainsi que celle de moi-même dans le but d’éclaircir certains points de ce dossier. Maintenant, nous arrivons à la fin de cette instruction qui, à mon avis, a pris beaucoup de temps et a été assez dure à vivre pour les victimes qui aspirent à une réponse la plus rapide possible par rapport à ce qu’elles vivent. D’un autre côté, compte tenu du caractère international de cette affaire, ce dossier a pris du temps dans la mesure où il dépend non pas d’une seule justice mais de deux institutions avec tous les problèmes de distance, de traduction des documents, de pièces à verser dans le dossier, d’auditions, etc... Je dois également dire que ce dossier ne figure pas parmi les «priorités absolues» de la justice. Celle-ci a en effet d’autres dossiers en charge et qui mobilisent beaucoup d’énergie et de moyens.. Les prochaines étapes s’annoncent donc très cruciales pour vos clientes?- Absolument. Clôture de l’instruction, règlement des procédures (le juge d’instruction annonce la fin de la constitution de son dossier, ndlr), la question d’un renvoi ou non en correctionnelle qui constitue un moment-clé. Si le Procureur du Roi le demande et que nous l’appuyons, il faudrait encore voir sur quel motif: retiendra-t-on seulement le motif de l’attentat à la pudeur?Ou bien l’atteinte aux bonnes mœurs? Ou bien encore d’autres motifs comme ceux sur lesquels je m’appuie, dont le viol sur mineure? On verra donc vraiment les arguments sur lesquels le Procureur s’est appuyé. Viendra ensuite l’audience publique où le Procureur du Roi mettra en avant les charges qu’il estime porter contre M. Servaty. La défense de son côté exposera aussi son point de vue. Le prévenu pourra bien sûr se défendre. . Vous l’évaluez à quand exactement cette audience publique?- Début 2007, serait un délai «raisonnable»…. Vous avez bien sûr gardé des contacts avec vos clientes, quelles sont les dernières nouvelles?- J’ai des contacts avec mes quatorze clientes sur le volet juridique par l’intermédiaire de leur avocat au Maroc. Ce qui est essentiel c’est qu’elles soient entourées notamment par l’association «Anaruz», créée à cet effet. Elle constitue pour elles un espace de dialogue, un espace de ressourcement qui leur permet de sortir petit à petit de cette culpabilisation. Cela fait également partie de mon travail de savoir ce qu’elles vont pouvoir faire demain. Je pense que de ce côté les choses sont en bonne voie et je suis vraiment content de la création de cette association «Anaruz», car jusqu’à présent il n’y avait rien pour soutenir ces jeunes filles. Même les organisations existantes d’entraide aux mères célibataires et autres n’ont pas osé, dans un premier temps, s’occuper de ce dossier en le considérant plutôt comme un sujet tabou. «On ne peut pas et on ne veut pas cautionner ce genre d’attitude, ces filles ont été trop loin», pensaient-elles. Tandis qu’aujourd’hui, ces mêmes organisations mettent les pieds dans le plat et disent en chœur que ces filles sont des victimes et qu’elles ne sont pas les seules, qu’il y en a encore d’autres à travers le pays, les langues se délient… C’est quelque chose de sain, je trouve, pour les victimes. . Avez-vous rendu visite à vos clientes qui ont pu être libérées?- Non. Les seuls contacts avec mes clientes ont eu lieu par l’intermédiaire de leur avocat au Maroc. Mais c’est quelque chose qui est à l’ordre du jour dans les prochaines semaines. La plupart d’entre elles ont souhaité se ménager une période qui leur permettrait de se refermer sur elles et de revivre. C’est une attitude que je respecterais bien entendu. Elles ne voulaient plus entendre parler de ce dossier au moins pendant quelques mois. Leur premier réflexe, après leur libération, c’était de tenter de se ressourcer afin de revenir à une vie normale après l’épreuve terrible qu’elles ont dû subir. Ce n’est que par la suite qu’on a repris contact dans le cadre de l’instruction de l’affaire d’Agadir. Cela aussi a contribué un peu au retard pris dans ce dossier. . Quel est l’état d’esprit de ces jeunes filles? - Certaines demandent le calme et souhaitent donner le moins possible d’informations sauf bien sûr en ce qui concerne la poursuite de leur plainte. D’autres sont très présentes, très battantes et déterminées à aller jusqu’au bout non seulement pour elles mais aussi pour les autres afin que ce genre de choses ne puisse plus arriver. Et bien, sûr aussi il y a les soucis matériels qui sont énormes. Elles n’ont pas de travail, pas de perspectives de mariage, c’est catastrophique pour elles de se reconstruire. C’est finalement toute la famille qui en pâtit. D’où l’utilité de cet espace important pour le moral qu’est l’association Anaruz... Une condamnation qui peut aller jusqu’à combien? - Tout dépend des chefs d’inculpation, des préventions sur lesquelles s’appuieront les magistrats. La peine pour un outrage public ou une atteinte aux bonnes mœurs n’est évidemment pas la même chose qu’un viol sur mineure. Les fourchettes peuvent aller de quelques mois à quelques années avec un minimum de cinq ans…. Vous êtes donc optimiste pour la suite?- Oui, très optimiste. Je m’appuie sur des éléments bien costauds, on a tout bien préparé avec les éléments nécessaires. Cela a pris du temps, mais tout a été fait avec des garanties suffisantes et un maximum de précautions. Pour moi, ce que j’ai dit il y a six mois reste toujours valable et ne fait que se renforcer au fur et à mesure que les mois passent. Je suis aussi convaincu, si ce n’est pas plus, qu’il y a quelques mois!


    «Il est libre, mais pas tranquille»

    . Le suspect d’Agadir: Où est-il? Que fait-il? Est-il toujours en Belgique? - Il y a des informations récentes parues dans la presse belge indiquant que ce monsieur se livrerait encore à ce genre de pratique. J’ai appris avec stupéfaction qu’il y a encore des individus portant des pseudos ressemblant au sien et qui exerceraient ce genre de jeu dans d’autres pays que le Maroc. Je pense que ce sont des éléments qui pourraient être pris en compte dans le dossier. Le suspect a été entendu en long et en large par le juge d’instruction. Est-il toujours en Belgique? Je n’ai pas d’indications sur le fait qu’il ait été privé de se déplacer en dehors du territoire belge. A priori, il n’y a pas lieu de craindre une éventuelle soustraction de sa part à la justice belge. Il reste libre, mais libre ne veut pas dire tranquille, ni dire encore qu’on restera libre, et libre ne veut pas non plus dire qu’on va pouvoir se soustraire à ses responsabilités. Je pense que sa conscience n’est plus si libre que ça. Les mois à venir sont des mois qui vont être assez pénibles à vivre pour lui. Une épée de Damoclès plane sur sa tête, c’est-à-dire la perspective d’un renvoi en correctionnelle avec des explications qu’il devra fournir à la justice et peut-être, comme je l’espère, une condamnation à la clé.Propos recueillis à Bruxelles par Aziz Ben Marzouq

    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc