Economie

Réaménagement du panier

Par | Edition N°:1424 Le 26/12/2002 | Partager

. Effets induits ou coïncidence? La dépréciation du DH et l'ancrage à l'euro se sont avérés payantsBien vu. Le réaménagement du panier de devises de cotation du dirham a produit les effets escomptés. Il a permis de stabiliser le dirham par rapport à l'euro et de réduire la volatilité entre les deux monnaies. Celle-ci est estimée à 5% en 2002 contre 8,63% l'année précédente. Du coup, la volatilité du dirham contre le dollar se trouve désormais plus marquée (12,25% cette année contre 11,76% en 2001). «La stabilité par rapport à la devise européenne conjuguée à la reprise de l'euro sur le marché international octroie une plus grande marge de manoeuvre aux exportateurs«, soutient Idriss Bennani Smirès, directeur du département de la Trésorerie et de la Gestion des réserves à Bank Al-Maghrib. Dans les faits, la décision des autorités monétaires du 21 avril 2001 de revoir le panier de cotation du dirham a eu une double portée. D'une part, une dépréciation de 5% pour contrecarrer le renchérissement du dirham par rapport à l'euro suite à la baisse de l'euro/dollar. D'autre part, une modification de la structure du panier avec un renforcement de la part de l'euro pour mieux refléter la structure des échanges extérieurs. «Ceci nous permet de travailler avec notre principal partenaire en évitant de subir des fluctuations trop fortes liées à la volatilité des marchés«, précise Adil Hajji, ingénieur financier à la division du marché monétaire & obligataire de Wafabank. Celui-ci estime d'ailleurs que l'indexation du panier de devises sur les flux commerciaux actuels était tombée à point nommé car le panier n'avait pas été ajusté depuis longtemps. «Résultat: accroissement de la compétitivité prix des exportations qui a bénéficié à des secteurs-clés comme le textile«. Cette décision s'imposait également par réaction à la dépréciation de la monnaie de pays concurrents tels que la Turquie, l'Egypte ou les pays de l'Est. Elle a eu aussi pour effet d'encourager les transferts des MRE et de doper les recettes touristiques. Des résultats confirmés par les chiffres du commerce extérieur. Selon l'Office des Changes, les recettes touristiques ont maintenu le cap malgré le contexte international difficile (15,3 milliards de DH à fin août 2002). Les transferts MRE se sont bien comportés avec 24,5 milliards de DH et les avoirs extérieurs ont grimpé à 104 milliards. Bonne tenue également du déficit du commerce extérieur qui a été contenu à -26,4 milliards de DH. Toujours à fin août, les exportations ont globalement progressé de 8,3% tirées essentiellement par les produits de la mer (+33%), les câbles électriques et les ventes de phosphates. La confection s'en tire avec des ventes globales en recul de près de 4%. Sans doute que dans la branche, certaines niches ont profité plus que d'autres de la dépréciation.Côté importations, le double effet (dépréciation et ancrage à l'euro) est globalement positif. A fin août 2002, les achats à l'étranger ont fléchi de 0,7% (600 millions de DH) avec des économies au niveau de la facture énergétique (-2 milliards) et des achats de blé (-532 millions). En revanche, les sorties de devises consacrées aux biens d'équipement ont augmenté de 600 millions de DH.Si l'euro venait à s'apprécier fortement, l'effet sur le dirham serait moindre du fait de la nouvelle structure du panier, et ce au bénéfice des exportateurs en euro. En revanche, le dollar se déprécierait fortement. Ce qui allégerait le remboursement de la dette extérieure libellée en dollar et la facture énergétique. Seul bémol: les exporateurs en dollar seraient confrontés à une baisse de leurs revenus (phosphates, céphalopodes et autres produits de la mer...).Globalement, les effets de la décision de réaménager le panier de cotation du dirham n'ont pas été défavorables. «Le redressement de l'euro contre le dollar a joué le rôle inattendu de relais«, ajoute Khalid Nasr, directeur de la salle des marchés à BMCE Capital. Reste à savoir quelles ont été les performances de nos concurrents à la même période. L'analyse de la compétitivité du Maroc réalisée par la direction de la Prévision économique générale attachée au ministère des Finances (www.leconomiste. com) montre malgré tout que le Maroc n'a pas réussi à améliorer ses parts de marché. Ces concurrents se sont avérés plus agressifs et plus dynamiques.Alors, faudra-t-il recourir une nouvelle fois à la technique de dépréciation? «Si le besoin s'en fait sentir«, répond sans ambages Hajji. Autrement dit, si les pertes de parts de marché s'aggravent et si nos prix à l'export deviennent réellement non compétitifs. «L'argument de l'alourdissement de la dette extérieure est à nuancer car le Maroc dispose aujourd'hui d'une plus grande marge de manœuvre, puisque celle-ci s'inscrit dans une phase baissière«, souligne-t-il. Mais pour l'heure, une nouvelle dépréciation n'est pas justifiée, car les recettes d'exportation évoluent favorablement. «Il ne faut pas perdre de vue qu'une baisse excessive du taux de change du dirham découragera les investissements étrangers directs«. Ils sont déjà si maigres...


Prudence dans les salles des marchés

L'ancrage du panier de cotation du dirham à l'euro a rendu les salles des marchés plus prudentes. L'essentiel des transactions est effectué en euro (soit près de 70% du total). Or, la monnaie européenne est, depuis le 21 avril 2001, beaucoup moins volatile par rapport au dirham. Donc, les possibilités de gains dans les opérations pour le compte propre des banques s'amenuisent. En fait, c'est le lancement de l'euroscripturale en janvier 1999 qui a porté un sérieux coup aux revenus des traders. Jusqu'à cette date, les arbitrages sur les «monnaies in« donnaient lieu à des marges multiples et généraient des revenus non négligeables. Des banquiers reconnaissent que le lancement de l'euro a simplifié la gestion des positions et réduit le risque opérationnel des salles des marchés... mais il aura aussi réduit de 5 à 10% leurs revenus.M.K.

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