Economie

Plus de 6.000 milliards de dollars d’argent «noir»

Par | Edition N°:2714 Le 14/02/2008 | Partager

. L’argent du haschich marocain blanchi à Paris sert à acheter de l’or. Un expert, invité de l’APD, explique les rouages du système LES astuces ne manquent pas pour blanchir l’argent sale. Depuis l’ère Al Capone (célèbre mafiosi des années 20), les mercenaires avides ont multiplié les entourloupes pour duper les autorités et faire rentrer dans le système des fonds aux origines suspectes. C’est en substance ce que Eric Vernier, docteur en finance et expert de renommée, a tenté de démontrer lors de la conférence organisée par l’Association pour le progrès des dirigeants (APD) le 12 février dernier à Casablanca. Les techniques de blanchiment d’argent sont de plus en plus recherchées, si l’on en croit les propos de Vernier, auteur de nombreux ouvrages, notamment les «Techniques de blanchiment et moyens de lutte», en tête des ventes depuis la parution de la 11e édition en février 2005 et référence auprès des médias. Mais avant d’entamer son discours, l’expert a tout de même tenu à rappeler qu’au Maroc les autorités ne sont pas dupes, et que, depuis le 31 octobre 2007 jusqu’au 21 février 2008, une large campagne de prévention était lancée (www.leconomiste.com). Dans le monde, il existe deux types d’acteurs pour deux types d’argent sale, le noir et le gris. La première catégorie de mercenaires est qualifiée de traditionnelle, explique le spécialiste. Il s’agit des différentes mafias avec un réseau très étendu, notamment italienne (Cosa Nostra), japonaise (Yakusa), russe, albanaise, sans oublier les triades chinoises et les cartels latino-américains. Ce type d’intervenants produit de l’argent appelé «noir», directement en rapport avec les commerces mafieux. Il faut savoir que ce produit criminel représente près de 1.500 milliards de dollars par an. «Avec de telles recettes, on pourrait parler de 4e puissance mondiale», fait observer le spécialiste. «Il faudrait même penser à intégrer le royaume du crime (NDLR: la Mafia) au G8», ironise-t-il.L’autre type d’acteurs est dit «honnête». Doux euphémisme. Vernier fait référence aux hommes d’affaires, politiques, policiers et juges qui, par cupidité, acceptent de fermer les yeux sur certaines activités. «Dans ce cas, nous parlons d’argent gris», annonce l’expert. Une «manne» financière qui pèse plus de 4.500 milliards de dollars, soit 20% du PIB mondial.Par ailleurs, les sources de l’argent noir sont bien connues (prostitution, proxénétisme, trafic d’enfants..). La drogue, la plus importante, rapporte près de 800 milliards de dollars par an. Elle est la 2e activité criminelle au monde après la vente d’armes. D’ailleurs, les saisies de drogue ne sont plus exprimées en kg mais en tonnes. Une filière que Vernier retrace facilement. Selon lui, «l’argent du haschich marocain est blanchi à Paris», explique Vernier, ajoutant «qu’il sert à acheter de l’or, qui, par la suite, est rapatrié au Maroc où ailleurs, selon la demande». Il est généralement écoulé au Maghreb, en Inde ou au Pakistan. Pour la petite histoire, les prix de l’or à l’international ont pulvérisé les records atteignant près de 900 dollars l’once. Ce qui en fait une valeur refuge plus que «confortable». Comment fabrique-t-on de l’argent gris? Des faux bilans, des abus de biens sociaux, des commissions d’intermédiaires et des délits d’initiés, entre autres… Ce que Vernier qualifie de «victimless crime». Ou plus précisément de victimes qui ne se rendent souvent pas compte du danger encouru en fermant les yeux sur certaines pratiques.A ce propos, certains organismes jouent un rôle important dans la prévention. Les établissements financiers, les comptables, les agents immobiliers et même les casinos, qui, dépassé un certain montant, sont obligés d’en référer aux autorités. Ces organismes sont d’ailleurs passibles d’amende en cas de non déclaration de soupçon (www.leconomiste.com). Difficile, en revanche, d’appliquer la loi dans certains cas, si l’on sait qu’en Russie, par exemple, on estime que 80% des banques appartiennent à la Mafia.


Quels impacts?

SELON Eric Vernier, le blanchiment d’argent a des impacts positifs et négatifs. Positifs car tout le monde en profite: les banques, les agents immobiliers, les marchés, … Chypre, par exemple, a pu se surpasser grâce à un PNB dopé par les diverses sociétés d’offshoring et l’argent injecté par les Russes.Pour les aspects négatifs, ils sont évidents. On parle de l’accroissement du déséquilibre Nord-Sud, les pays pauvres sont de plus en plus appauvris et ceux riches le deviennent encore plus. Un énorme trou noir est infligé à la balance des paiements. Sans oublier la destruction de l’économie de marché à cause de la concurrence déloyale.Sara BADI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc