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Je conférence, donc je suis

Par L'Economiste | Edition N°:300 Le 16/10/1997 | Partager

Les colloques, débats, conférences et réunions en tous genres se multiplient. Tout cela occupe les politiques, les hommes d'affaires et les intellectuels en manque d'actions concrètes.


Vous n'investissez pas. Un bon conseil, donnez des conférences sur l'investissement. Vous n'exportez pas. Un bon tuyau, devenez le spécialiste des coûts com-paratifs et des marchés asiatiques. Vous êtes conservateur, autoritaire. Donnez-moi une interview sur la délégation de pouvoir dans l'entreprise, vous deviendrez la coqueluche des séminaires, forums, et autres dîners-débats, la plus florissante des activités ces dernières années, loin devant l'agro-alimentaire et le tourisme.
D'ailleurs, les dîners-débats ne suffisent plus. Il y a les déjeuners-débats, les petits déjeuners-débats, les f'tours-débats pendant Ramadan, et bientôt le goûter-débat et la pause-café-débat. C'est une aubaine pour les grands hôtels de Casablanca qui ne savent plus où donner du petit four.
Tiens, direz-vous, c'est L'Economiste qui crache dans la soupe, lui qui assiste et même organise ce genre de manifestations. Non, car c'est le rôle d'un journal que de susciter les débats et véhiculer les idées.
Mais ce n'est pas une raison pour assimiler toute cette effervescence intellectuelle et mondaine à une reprise économique, une ouverture politique ou une dynamique sociale. C'est tentant, car les débats occupent les ministres, les hommes d'affaires et les journaux, surtout télévisés qui suivent les officiels et oublient les faits.

Quelle est l'image la plus fréquente à la une? Une brochette d'officiels à la tribune, lisant des textes consensuels et insipides, à une assistance de bailleurs bedonnants, qui attendent la pause-café pour se raconter la bonne dernière.
Les défenseurs des débats vous diront que ce sont les idées qui feront avancer le pays. Certes, encore faut-il que les idées elles-mêmes avancent, qu'elles soient renouvelées.
«Tiens, il va encore déclarer que... comme l'année dernière», dit un participant à son voisin, qui répond «oui, oui! c'est exactement comme il y a deux ans» et «même comme il y a cinq ans», interfère un curieux derrière leurs épaules.
Il y a aussi ceux qui défendent les débats, parce que ce sont des lieux d'apprentissage du dialogue et de la démocratie. La meilleure preuve en est que les ministres exigent de parler en premier. Pour commencer, ils arrivent toujours en retard, et tout le programme est décalé. Puis ils quittent la salle quand leur discours est terminé. Et le dialogue est oublié.
En fait, ces manifestations ne sont souvent que palabres, un moyen d'exister pour une association qui cherche des membres, un club Rotary qui ramasse des sous, une entreprise en mal d'image, une femme délaissée, un secteur menacé... Je conférence pour exister. Si au passage je peux manger, c'est encore mieux.

L'ennui, c'est qu'exister n'est pas agir, c'est survivre tout au mieux. Dans une civilisation marquée par le verbe, parler donne l'illusion d'agir, et suffit à rassurer un beau parleur.
L'investissement stagne? Alors organisons colloque sur colloque, même si aucune nouvelle usine n'a été créée depuis belle lurette.
La corruption? Parlons-en! La qualité? Tout le monde en désespère et la mode a passé. La mise à niveau? Ah! voilà un bon sujet, que l'on peut manger à toute les sauces de dîner-débat. Et la pauvreté, l'éducation, les femmes, la santé... que de thèmes mobilisateurs pour les mondains, les bavards et les journalistes, qui s'autoproclament société civile dès qu'ils ont rempli trois tables et vidé une bouteille.
De plus, c'est la même assistance qui tourne sur les salons des 5 étoiles de Casablanca. Un autre micro-cosme, plus public, plus politique et plus universitaire, sévit à Rabat.
Si Peter, auteur du fameux «principe de Peter», avait observé cela, il aurait encore vu une marque d'incompétence. Ce phénomène, selon lui, est répandu chez les individus et les groupes. Un incompétent se détourne de son activité principale et s'investit dans une activité futile.
Ainsi un industriel qui ne sait plus créer des usines se console par un beau siège social, un banquier par une belle collection de tableaux. Une société qui ne sait plus agir se console en belles paroles.
Je propose une conférence-débat et un colloque national sur la question.

Khalid BELYAZID

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