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Culture

Irak: Trois ans après l’invasion, les prémices d’une guerre identitaire?
Par le Colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2239 Le 22/03/2006 | Partager

Le Colonel Dufour, qui a donné le 16 mars à Casablanca, une conférence sur «les nouvelles formes de la guerre» (cf. L’Economiste des 16, 17 et 20 mars 2006; www.leconomiste.com), est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de trois livres de référence sur le sujet: La guerre au XXe siècle, Hachette 2003; Les crises internationales, de Pékin à Bagdad, Editions Complexes 2004; La guerre, la ville et le soldat, Odile Jacob, 2005Les guerres civiles, en principe, ne s’annoncent pas à l’avance. Et si l’attentat perpétré le 22 février 2006 contre la Mosquée de Samarra signifiait la rupture du très fragile équilibre prévalant en Irak depuis mai 2003? Semblable attaque n’est pourtant pas sans précédent. En mars puis en décembre 2004, des attentats antichiites à la voiture piégée avaient fait plus de 260 tués à Karbala, à Bagdad, à Nadjaf… Depuis deux ans, de multiples actions ont visé des centres de recrutement de l’armée et de la police, faisant de nombreuses victimes au sein des candidats à l’engagement, majoritairement chiites. Mais cette fois, la riposte a été rapide, ciblée, sanglante. Un mois après la destruction du sanctuaire, on compte une centaine de mosquées sunnites attaquées, quatre imams assassinés, près de 500 personnes tuées… Cela ressemble aux prémices d’une guerre civile identitaire(1), compliquée de multiples interventions étrangères! . Tant d’attentats!Saddam Hussein tenait serrées les rênes de ses minorités, à commencer par la chiite et la Kurde. Ce temps est révolu. Désormais, tout Irakien peut élire ses dirigeants, mais aussi, en raison de l’anarchie ambiante, tuer son voisin s’il ressort d’une communauté rivale. Devant tant d’attentats, tout au souci d’en venger les victimes, les Irakiens auraient dû déjà se lancer dans cette guerre civile mille fois annoncée. Que faut-il pour qu’un tel conflit éclate(2)? Un pouvoir faible? Il l’est! Des rivalités nombreuses, communautaires, sociales, religieuses? Elles existent! Une histoire tragique? C’est le cas! Mais il faut en plus que ces oppositions se polarisent autour d’un conflit dominant, par exemple les chiites, misérables et opprimés, contre les sunnites, persécuteurs d’hier, horrifiés de voir s’échapper un pouvoir distributeur de prébendes. Humiliés, méprisés, ayant le culte du sacrifice, habitués à une certaine discipline dans le cadre d’une communauté dont l’aptitude à la clandestinité est une seconde nature, les chiites irakiens peuvent constituer une formidable armée. A condition d’avoir un chef! Les dignitaires chiites s’opposent entre eux, tout spécialement l’ayatollah Sistani, plutôt modéré, et le jeune Al-Sadr, réputé va-t-en guerre! Que ce dernier sorte du jeu politique pour appeler ses partisans aux armes et c’en sera fini des jeux démocratiques tout juste amorcés! Alors surviendrait la guerre entre chiites et sunnites, arc-boutés sur leurs territoires respectifs, mais aussi entre tribus et clans rivaux, voire entre Kurdes et Arabes…. Ennemis depuis 5.000 ans!Cette guerre civile ne le demeurerait pas longtemps. Pas un Etat de la région ne se dispenserait d’accourir. L’Iran, en poussant ses coreligionnaires d’Irak à la révolte, verrait dans l’établissement à Bagdad d’une république chiite, le moyen de desserrer l’étouffant carcan dressé par ses «ennemis arabes depuis 5.000 ans». Ceux-ci, Arabie saoudite, Koweït, Jordanie…, soutiendraient les frères menacés, établissant à l’occasion des Etats tampon pour mieux garantir leur sécurité. Inquiète des perspectives de création d’un Kurdistan indépendant, la Turquie prendrait prétexte d’une répression contre les Turcomans pour intervenir. Bonne occasion aussi pour les Syriens, sunnites à 80%, de chasser du pouvoir les Alaouites détestés tandis qu’à Beyrouth, sur la place des Martyrs, déferleraient des foules chiites dont l’enthousiasme religieux emporterait les restes dérisoires du compromis confessionnel historique qui, au pays du cèdre, tient lieu de constitution.Tous ces désordres seraient dangereux faute de forces stabilisatrices pour les contrôler. Impossible de compter sur la police ou l’armée irakiennes, mal encadrées, sous-équipées, minées par leurs différences religieuses, l’encadrement largement sunnite, la troupe, chiite, pour l’essentiel. On trouverait aussi, sur le terrain dévasté de ses exploits, l’apprenti sorcier américain, aux effectifs en berne, désireux de se sortir au plus vite du guêpier. Washington essaierait-il de dissuader Téhéran de subvertir son voisin irakien en tirant une volée de missiles, qu’une nouvelle génération de candidats au martyr apparaîtrait, décidée à s’en prendre partout aux intérêts de l’Occident et des régimes arabes qui lui sont associés. Faire cesser une guerre civile est difficile. Trois solutions sont possibles. La première est de ne rien faire. La deuxième consiste à aider un camp contre l’autre, avec le risque «d’ajouter la guerre à la guerre». La dernière vise à imposer la paix par la force au risque de voir les belligérants se liguer contre l’intervenant extérieur! Aucune de ces solutions n’est satisfaisante. Mieux vaut donc prévenir la guerre civile, et miser sur l’humanisme des acteurs. Le pire n’est pas toujours sûr, le résultat du pari non plus!


Le coût de la guerre

Les dépenses américaines du fait de la guerre atteignent des sommets. Selon un organisme réputé non partisan, le Congressional Research Service, cité le 17 mars par Bloomberg, les sommes consacrées par Washington à la guerre en Irak et en Afghanistan sont estimées à 9,8 milliards de dollars mensuels pour l’année fiscale en cours, contre 6,8 milliards en 2005, soit un accroissement de 44%! Sont pris en compte dans ce total, non seulement le coût des armes, celui des aéronefs et des véhicules à remplacer, mais aussi les dépenses inhérentes aux soins médicaux, au fonctionnement des services de renseignement, à l’entraînement des forces irakiennes et afghanes…Au moment où la popularité du président Bush est au plus bas, on peut se demander combien de temps encore les élus vont continuer à autoriser pareilles dépenses, d’autant plus énormes qu’elles sont radicalement improductives.---------------------------------------------------------------------------------------------------------(1) Un conflit identitaire oppose des acteurs dont l’appartenance à leur camp est dictée par la naissance.(2) Voir Jean-Pierre Derriennic, Les Guerres civiles, Paris, Presses de Sciences Po, 2001.

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