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Culture

France: Une fête du mouton… fiévreuse!

Par L'Economiste | Edition N°:970 Le 05/03/2001 | Partager

De notre correspondante à Paris, Hanane AKORRI. Sacrifice ou sadaka, l'Aïd-El-Kébir sera de toutes façons célébré “Bien sûr, on va fêter l'Aïd même si on n'est pas rassuré!” lance aussitôt Fatéma, une musulmane de la région parisienne. Elle n'est pas la seule à prendre cette décision. Si les musulmans de France s'apprêtent à fêter l'Aïd-El-Kébir, en effet, la crainte liée à la fièvre aphteuse est dans tous les esprits. Et pour cause: ces dernières semaines, en effet, les troupeaux de moutons européens sont confrontés à une épizootie de fièvre aphteuse. Décelée en Grande-Bretagne, cette maladie d'origine virale est extrêmement contagieuse. L'alerte aussitôt donnée, les gouvernements européens prennent, à tour de rôle, des mesures draconiennes afin d'éviter toute contamination. En France, près de 20.000 ovins importés du cheptel anglais ont été abattus contre 30.000 d'origine française considérés à risque. Tandis que le gouvernement belge est des plus catégoriques et interdit la consommation de viande de mouton, le gouvernement français, lui, reste plus indulgent. Une simple recommandation consistant à éviter la consommation du produit a été émise. Toutefois, en dépit de l'ensemble des précautions prises, beaucoup de musulmans ne sont pas tranquillisés pour autant. “Benh si, on a peur... On est entre les mains de Dieu… Qu'est-ce que tu veux que l'on fasse?” demande Mohamed de Bondy (région parisienne). Et de préciser: “Un mouton, ça ne parle pas, alors même si on nous certifie qu'il est français, rien ne me dit qu'il n'est pas contaminé”. Pour Fatna, en revanche, la décision est prise: “Moi, je suis mère de trois enfants, explique-t-elle, alors cette année, je vais faire sadaka et si c'est pas trop cher, je vais juste acheter de la viande halal d'une boucherie pour faire un bon couscous”. Si les consommateurs de mouton semblent des plus frileux, les premiers à en ressentir les effets sont les commerçants. L'épizootie de fièvre aphteuse, en effet, a fait doubler les prix. Normalement aux alentours de 600 francs (soit 900 dirhams), le prix du mouton a vite atteint la barre des 1.200 francs (1.800 dirhams). Pour Khadija, commerçante, la crise est “terrible”. Son chiffre d'affaires a littéralement chuté. “Cette année, je fais pas le mouton. Déjà, l'année dernière, j'ai presque rien vendu parce que les gens trouvaient cela cher. Mais, j'y peux rien, moi. Je subis l'augmentation des prix de la ferme comme tout le monde”. Pourtant, situé à Bobigny (région parisienne), son magasin est tout près d'une zone à forte concentration maghrébine. Si elle semble particulièrement amère, elle ne sait toutefois pas si elle va sacrifier le mouton: “Avec mon mari, on ne s'est pas encore décidé. On va voir. Peut-être qu'on fera comme nos clients, on ira acheter la viande de Rungis (marché de gros) même si on n'est jamais sûr si c'est halal”. Pour Mohamed, boucher halal à Drancy (région parisienne), en revanche, la question ne se pose plus depuis longtemps déjà: “Je ne vends plus de mouton, c'est trop cher. De toutes façons, depuis la crise de la vache folle, je ne vends presque plus de viande”, explique-t-il. Et d'ajouter: “Avec toutes les maladies qui traînent, les consommateurs ont peur. C'est normal, non?” Pire encore est le cas de ce jeune maraîcher, qui refuse de donner l'adresse de sa ferme parce que les agents de police en ont interdit l'accès très tôt dans la matinée. Cependant, l'inquiétude des musulmans ne s'arrête pas à la contamination de la fièvre aphteuse. Pour Samira, qui fête l'Aïd tous les ans “en famille et quoi qu'il arrive”, le problème est plus complexe encore: “Avant, si on achetait un mouton dans une ferme, on pouvait aussitôt procéder au sacrifice dans les règles musulmanes. Aujourd'hui, c'est plus pareil, on ne sait pas s'ils respectent la tradition”. En effet, avec les nombreuses affaires sanitaires de ces dix dernières années, le gouvernement français a considérablement durci la législation quant à l'abattage des bêtes, réduisant ainsi les sites à quelques abattoirs spécifiques. Du coup, beaucoup s'interrogent sur le maintien du rite à long terme: “Avant, dans les fermes, le client égorgeait le mouton lui-même devant un vétérinaire et c'était tout. Aujourd'hui, comment je veux savoir, moi, si celui qui égorge le mouton respecte les textes?” insiste Samira. Toutefois, si la maladie, les rites musulmans ou les interdictions rendent difficile la célébration de l'Aïd-El-Kébir, beaucoup de musulmans comptent faire le sacrifice quand même: “Nous, on va faire comme d'habitude, on va fêter l'Aïd comme prévu. On achètera un mouton français” peut-on largement entendre. Reste à savoir si l'offre satisfera la forte demande.

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