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Faut-il redouter la Russie?
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR

Par L'Economiste | Edition N°:2593 Le 22/08/2007 | Partager

Notre consultant militaire est officier de carrière dans l’armée française, ex-attaché militaire au Liban, chef de corps du 1er régiment d’infanterie de marine. Il a aussi poursuivi des activités de recherche: études de crises internationales, rédacteur en chef de la revue Défense… et auteur de livres de référence sur le sujet dont «La guerre au XXe siècle», Hachette 2003; «Les crises internationales, de Pékin à Bagdad», Editions Complexe, 2004Il y a trois semaines, ici, on annonçait le retour des Russes(1). Depuis, divers évènements et déclarations ont confirmé le propos. On vient en effet de noter, entre autres manifestations, la violation de l’espace aérien de la Géorgie(2) et le tir d’un missile sol-air russe sur son territoire, une commande syrienne à Moscou de 36 unités de missiles anti-aériens autopropulsés Pantsyr-S1E, la livraison au Venezuela de 5000 fusils pour tireurs d’élite Dragonov, une arme redoutable que le président Chavez a tout à fait le droit d’acquérir mais dont le nombre est disproportionné avec les besoins d’une armée de terre à 34 000 hommes. On peut aussi ajouter le projet d’établir en Syrie une base navale, des manœuvres militaires avec la Chine actuellement en cours dans l’Oural, une proposition du président Poutine faite au groupe de Shanghai(3) d’organiser régulièrement des exercices communs antiterroristes au sein des Etats membres de cette organisation (OCS). Sans doute convient-il de regarder au-delà des mots et des démonstrations. Le Kremlin se soucie surtout des capacités militaires du pays et de sa défense. D’ailleurs, les récentes tentatives russes pour accroître influence et domaine laissent les observateurs sceptiques, voire même indifférents. Attention, toutefois, à bien identifier la manœuvre. Son objectif immédiat, limité mais crucial, pourrait être d’empêcher l’Ukraine de céder aux sirènes centrifuges, atlantistes en l’occurrence. Cela n’empêche pas les Russes de pousser leurs pions dans toutes les directions. Ils ont repris les vols à longue distance de leurs antiques bombardiers stratégiques, interrompus en 1992 pour cause de difficultés financières. Ces appareils narguent depuis plusieurs semaines les Etats membres de l’Otan, Etats-Unis et Royaume-Uni en tête, de Guam à Diego Garcia. Les Russes fomentent des troubles dans les pays baltes, coupables d’avoir abandonné l’aile protectrice de Moscou ; ils harcèlent les Géorgiens, accusés de faire les yeux doux à l’Otan, en particulier depuis l’escale en juillet d’un bâtiment de guerre américain à Odessa; ils défient la répartition internationale de l’océan Arctique, incitant le Canada et le Danemark à gesticuler ; ils montrent leur drapeau un peu partout, de l’Orient extrême à l’Orient moyen. . L’Ukraine, un enjeu stratégique majeurPareille agitation attise l’attention du monde mais demeure d’une portée symbolique. Un drapeau russe planté sur le sol sous-marin à la verticale du Pôle nord ne constitue en rien une appropriation; faire courir le bruit qu’on serait à Moscou désireux d’installer une base navale en Syrie ne signifie pas que l’on soit décidé à le faire ; vouloir intimider la Géorgie ne veut pas dire y réimposer la règle du Kremlin. Au cœur de ce vacarme, il faut distinguer les bruits chargés de sens. Ce bruit signifiant, c’est surtout l’Ukraine, un dossier de première importance que le Kremlin entend traiter à fond. Ce pays constitue un enjeu stratégique majeur pour la vieille Russie ; berceau de l’ethnie russe, il représente une zone tampon profonde de 1500 km face à un Occident, souvent envahisseur, qui fascine en même temps qu’il fait peur. L’Ukraine est au cœur des infrastructures d’interconnexions qui relient la Russie à l’Europe aussi bien qu’à la mer Noire. De ce vaste territoire, où accessoirement vivent dix millions de Russes, dépend pour une large part l’influence de Moscou sur le Caucase. Avec l’Ukraine à sa botte, la Russie peut recouvrer son ancien statut de puissance majeure. Sans elle, la sécurité de la Russie est largement dépendante de facteurs extérieurs difficilement maîtrisables. Avec l’Ukraine, les derniers gestes de Moscou, conçus pour prendre date, constituent à la fois un signal fort en direction de Kiev et l’amorce d’une grande politique conçue pour sécuriser à terme les intérêts de la Fédération russe. Sans l’Ukraine, la Russie est stratégiquement déséquilibrée, amputée d’une base essentielle de sa puissance. A quoi bon, en effet, disposer d’une flotte en Extrême-Orient si Moscou doit craindre pour la sécurité même de ses approches occidentales ? Or, aujourd’hui, l’Ukraine balance entre deux influences, la russe et l’occidentale. Son gouvernement est divisé. La campagne électorale en cours s’achèvera le 30 septembre pour aboutir à un renouvellement du Parlement. Vladimir Poutine veut voir battus les tenants de la «Révolution orange » laquelle avait couronné, en 2004, la victoire des partisans de l’Occident. D’où la réunion intervenue avant-hier lundi à Sotchi, sur les bords de la mer Noire, entre les deux Premiers ministres, l’Ukrainien Victor Yanukovitch, partisan de Moscou et le Russe Michaël Fradkov, théoriquement pour y traiter de questions économiques. Cette station balnéaire russe, choisie pour être le siège des Jeux olympiques d’hiver en 2014, est aussi l’endroit où Vladimir Poutine aime à se reposer. Il n’est pas impossible que le maître du Kremlin ait participé à la réunion. A quarante jours des élections législatives ukrainiennes, cette manière de faire le point ressemble à s’y méprendre à une ingérence russe dans les affaires intérieures de l’Ukraine. Le respect des principes qui président au bon fonctionnement de la société internationale n’étouffe pas plus l’actuel tsar de toutes les Russies qu’il n’a gêné ses prédécesseurs. Pour lui comme pour eux, la défense du pays prime sur le reste. Guerre froide terminée ou non, les fondamentaux géographiques demeurent. On ne change pas de politique étrangère comme de chemise. L’équilibre du monde exige une Russie stable et forte. Il n’y a pas là de quoi s’inquiéter.


Une base navale russe en Méditerranée?

En juin 2006, le président de l’Ukraine, Victor Iouchtchenko, déclarait qu’il n’était pas question de réviser les accords russo-ukrainiens (effectifs jusqu’en 2017) sur les conditions de séjour de la flotte russe en territoire ukrainien. Au cœur du débat, la base de Sébastopol, sur les bords de la mer Noire, en Crimée (Ukraine), que la Russie loue à Kiev.Pour remplacer ce port, Moscou a sans doute envisagé, parmi les options possibles, d’ouvrir une base navale permanente en Syrie, ce qui lui offrirait un avant-poste stratégique en Méditerranée. Des travaux aux ports syriens de Tartous et de Lattaquié, approfondissement et élargissement, auraient même été entrepris.-------------------------------------------------------------(1) «Attention, les Russes reviennent», L’Economiste, 1er août 2007(2) A trois reprises selon Tbilissi, une « manipulation» selon Moscou (3) L’Organisation de Coopération de Shanghai, dit aussi Groupe de Shanghai, vise à la coopération de ses membres sur les questions de sécurité et d’antiterrorisme; six pays le composent: Russie, Chine, Tadjikistan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizstan.

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