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    Société

    Exceptionnel, le quotidien d’une prison
    Prise de contact à Aïn Ali Moumen

    Par L'Economiste | Edition N°:2140 Le 28/10/2005 | Partager

    . Interminable, la première nuit est la plus dure . Les cellules sont relativement propres et peu encombrées. Insupportables, les cris de détenus drogués Le ciel était assez dégagé en cette journée du 12 septembre 2005. A travers les vitres sales du bus loué par l’administration pénitentiaire pour le transport des détenus, on arrivait à entrevoir des nuages épars dont la couleur blanche tranche nettement avec le bleu du ciel. Des détenus scrutaient l’espace alors que d’autres discutaient des peines dont ils venaient d’écoper. Triste situation que celle de ces gens qui ne sont pas près d’admirer le paysage des jours durant, voire des mois et des années. En arrivant devant la grande porte du pénitencier agricole Aïn Ali Moumen (8 km au sud-est de Settat), on sentait les gorges se nouer. Qu’y a-t-il derrière ces murs, hauts de plusieurs mètres? Derrière cette grande porte métallique qui sépare deux mondes, deux réalités? Le monde des gens libres et celui de ceux que la société a choisi d’enfermer pour un délit ou un autre. Il y a aussi la réalité telle qu’elle est perçue et vécue à l’extérieur où tout paraît dérisoire. Et celle qui sévit à l’intérieur et où chaque chose, chaque objet, chaque être humain a un prix. Une ouverture dans la lourde porte dont on enjambe la tôle et l’on se retrouve dans une sorte de cour. Ni celle des grands ni celle des miracles. Une cour bien propre, il faut le dire. Les nouveaux pensionnaires sont alignés en rang deux par deux et tendent les bras au gendarme qui leur retire les menottes. Fatigués, las d’être traînés entre les geôles de la préfecture de police et celles du tribunal de 1re instance ou de la Cour d’appel. Certains n’ont rien avalé depuis la veille.L’attente devant le bureau de greffe du pénitencier agricole Aïn Ali Moumen de Settat ne dura pas longtemps. On est surpris par le nombre de prisonniers qui circulent librement à l’intérieur de ce bureau. Ce sont, devait-on apprendre après, de pseudo-commis qui donnent un coup de main, font des courses pour les gardiens, aident aussi les détenus à transporter leurs affaires quand ils peuvent payer. Les prisonniers sont persuadés que tout se vend, tout s’achète. Les formalités du greffe ne durent, en principe, pas longtemps. En fait, cela dépend des fonctionnaires: il y a ceux qui travaillent avec célérité et ceux qui préfèrent traîner. On est alors “délesté” de tout ce que peuvent contenir nos poches. Discrètement, mais avec beaucoup de professionnalisme, les mains des employés du greffe parcourent tous les recoins des vêtements du prisonnier. Que cherchent-elles? Argent, téléphones cellulaires, portefeuilles… Et aussi haschich, psychotropes, lames de rasoir ou autres armes blanches. Des objets qui, pourtant, circulent “librement” à l’intérieur comme on allait le découvrir le soir même. Tous les objets trouvés sur le nouveau détenu sont alors répertoriés sur un registre du greffe avant d’être déposés à l’économat de l’établissement.Ils y resteront jusqu’à la libération de leur propriétaire.Voilà, c’est fait. Une fois les formalités de “réception” du nouveau venu terminées, il est confié à un gardien qui doit lui trouver une place dans un des pavillons du pénitencier. Là aussi, il est une nouvelle fois remis entre les mains d’un autre gardien qui s’occupe de lui trouver une cellule qui “sied à son rang”. On ne mélange pas les “motifs” de la détention ni les origines des prisonniers. C’est-à-dire que chaque prisonnier est traité selon l’objet de sa condamnation, selon son rang social et le métier qu’il faisait à l’extérieur. Les pavillons sont divisés en étages. Ces derniers en cellules d’au moins quatre personnes chacune. . Les amitiés s’installentIl est 19 h. Le temps de faire connaissance avec les codétenus, de répondre à leurs questions après le verre de thé qu’ils vous offrent en guise de bienvenue. On vous désigne un des lits superposés. Ce sera votre place que vous devez entretenir et garder propre jusqu’à la fin de votre peine. Les amitiés se nouent et s’installent. Le courant est passé et c’est tant mieux pour tout le monde. Les codétenus essaient d’atténuer le choc que ressent tout nouveau venu. Une excellente thérapie qui aide à supporter la première nuit. On y est, c’est la première nuit. Elle ne ressemble en rien à une nuit dans les geôles d’un commissariat de police. Ici, il y a quand même un minimum de “confort”: un lit, un oreiller et une couverture amenée par la famille. Il ne faut pas compter sur l’administration pénitentiaire pour les fournir, sauf en de rares exceptions. Epuisés par une journée d’attente dans les sous-sols du tribunal, on essaie de fermer l’œil, de dormir. “Il ne faut penser à rien”, conseillent les nouveaux amis. Cette première nuit, il faut dormir et récupérer après le stress et la fatigue de cette journée. Demain, il fera jour et ce n’est certainement pas le temps qui nous fera défaut pour penser…Il est déjà 22 h. On arrive difficilement à trouver le sommeil. Le silence s’est installé. Implacable, il vous réduit à votre plus simple expression: celle d’un être humain qui s’apprête à connaître les affres de la privation de liberté. On essaie d’écouter ce silence pour meubler le vide qui prend racine autour de nous. On pense à nos enfants, à nos mères, à nos femmes, à nos frères et sœurs, à nos amis et à toute notre famille. Les images et les visages défilent dans notre tête, les pensées s’y précipitent et s’y arrêtent net tellement elles se bousculent. Puis tout disparaît, comme par enchantement. Les bras de Morphée sont enfin disposés à s’ouvrir pour nous accueillir et même nos yeux commencent à se fermer lentement. Le silence n’a plus alors de prise sur nous puisque nous allons retrouver nos cauchemars et en meubler ce qui reste de la nuit. Vers 3 h du matin, à peine les premières scènes d’un cauchemar inédit commencent-elles à nous donner des sueurs froides qu’elles se dissipent derrière les appels d’un détenu réclamant le gardien. Il crie à tue-tête empêchant les autres de dormir. Certains, du fond de leur cellule, l’injurient et lui demandent de se taire. Il ne tarde pas à répondre à l’insulte par une autre et c’est l’escalade. Il était, ce soir-là, sous l’effet de psychotropes, nous dira-t-on après. Le sommeil fait place, peu à peu, à l’insomnie. Commence alors l’interminable bal des pensées et des interrogations. Des regrets aussi. La première nuit n’est pas près de s’achever. Elle s’allonge, s’étire et dure plus longtemps tel un mauvais rêve. On grille une cigarette, puis une autre. La nicotine nous aidera, peut-être, à retrouver le sommeil perdu. Mais rien n’y fait, même après en avoir fumé quatre ou cinq. Jamal Eddine HERRADIDans notre prochaine édition: Le jour le plus long

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