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Chronique

Derrière la résilience du tourisme, les vrais changements?
Par Robert Lanquar

Par L'Economiste | Edition N°:3443 Le 12/01/2011 | Partager

L’éditorial de décembre 2010 de META, l’association des professionnels du tourisme méditerranéen, titre «Pari gagné»: avec plus 5% de croissance, les arrivées du tourisme international dans notre région du monde dépassent les estimations les plus optimistes des experts jusqu’à l’été dernier. Les 15 millions d’arrivées de touristes internationaux supplémentaires observées en 2010 font oublier la perte de 11,5 millions enregistrés en 2009. Les 300 millions seront alors dépassées, alors qu’elles n’avaient été qu’approchées en 2008.
Derrière ces chiffres prometteurs, il est des évolutions qui ne plairont pas à tous. Les marchés de la rive nord connaissent une baisse dramatique de leur part, passée de 83,6% des 237 millions d’arrivées en Méditerranée en 2000, à 68,5% des 300 millions d’arrivées de 2010; les recettes moyennes par personne et par voyage ont beaucoup baissé aussi. Si globalement elles sont aujourd’hui d’environ 29% du total mondial, elles pourraient tomber, selon une étude commandée par Amadeus(1) à Oxford Économics, en dessous du quart des recettes mondiales en 2020. Or, l’Asie à cette époque comptera 22% des arrivées du tourisme mondial (contre 18% en 2008), mais recevra plus de 32% des dépenses des touristes internationaux. Pour la première fois, des questions structurales à long terme devront être traitées pour surmonter les barrières à la compétitivité du tourisme méditerranéen en pensant plus largement à son environnement macroéconomique, aux futurs modèles d’entreprise et aux changements de comportement des voyageurs.
En outre, les conséquences du changement climatique devront être intégrées dans la croissance. Il faudra s’adapter. De grandes multinationales commencent à le faire comme Disney et Pierre & Vacances-Center Parcs (voir encadré). Plus de 50% de la population mondiale réside maintenant dans les villes, qui produisent 80% des émissions de gaz à effet de serre de la planète. Début décembre à Marseille, durant la Semaine économique de la Méditerranée, l’Onudi a organisé un Forum sur les éco-cités de l’avenir: le tourisme se fait d’abord dans les villes et devra suivre une stratégie «verte», très soucieuse de l’environnement, comme le souligne également l’Organisation mondiale du tourisme. Celle-ci va réunir d’ailleurs en mars prochain un forum, en Andorre, sous le thème: «Élaborer de nouveaux modèles pour la croissance du tourisme: compétitivité et responsabilité». Comment le tourisme pourra-t-il faire face aux défis mondiaux actuels?


Maintenir la compétitivité des destinations touristiques


L’OMT s’adressera aux grands décideurs sur deux thèmes principaux: la durabilité et la fiscalité. Le tourisme va devenir une cible de choix des grands argentiers. Les États-Unis vont taxer pour la première fois les arrivées du tourisme international. Cette taxe de 10 dollars s’applique à partir du 1er janvier 2011 aux voyageurs des trente-six pays exemptés de visa pour financer les actions de promotion à l’international; elle ne devrait pas évoluer pendant au moins 5 ans. D’autres sont en train de suivre cet exemple, souvent sous d’autres formes. La taxe au départ des avions du Royaume-Uni (Air Departure Tax, APD), très controversée, a été critiquée comme conduisant d’autres pays – l’Allemagne et l’Autriche pour commencer – à adopter sous peu une mesure similaire. La France veut généraliser la taxe avion pour financer la résolution des grands problèmes sanitaires dans le monde. Comprendre pleinement les impacts environnementaux et socioéconomiques est par ailleurs essentiel pour maintenir la compétitivité et la durabilité des destinations touristiques. L’OMTD, le réseau d’observatoires compilant et communiquant des données basées sur les indicateurs de tourisme durable de l’OMT, a été créé en réponse à la demande d’organisations et de parties prenantes du tourisme de disposer d’informations exactes concernant les impacts du tourisme sur lesquelles baser des politiques de tourisme responsable. Son importance fut renforcée lors du septième Forum international pour les parlementaires et les autorités locales, tenu en novembre 2010 à Puerto Vallarta au Mexique. Il s’agit avec la crise de mieux saisir les rôles joués par les autorités locales et les défis auxquels la gouvernance du tourisme est actuellement confrontée. Quels sont les mécanismes qui devraient être mis en place afin d’encourager des partenariats dans la création d’emplois, la stimulation d’une croissance «verte» et la lutte contre la pauvreté? Chaque pays trouvera ses propres solutions, le Maroc vient de le faire à Marrakech lors de ses Xe Assises du tourisme et a choisi de créer des Agences régionales de développement du tourisme (voir encadré «Vision 2020»). C’est encore selon cette direction stratégique que l’OMT a félicité le gouvernement marocain pour la mise en place d’une nouvelle classification hôtelière dont elle formera et certifiera les auditeurs spécialisés lors des six prochaines années. Au-delà, l’OMT soutient une initiative, le T20, qui a pour objectif, un meilleur positionnement du tourisme dans le programme mondial du G20 et des institutions internationales. L’OMT est devenue au début du XXIe siècle, une agence de plein droit du système des Nations unies. La deuxième réunion des ministres du T20 tenue à Bueyo (République de Corée) en octobre a communiqué au président du sommet du G20 de Séoul des 11 et 12 novembre, le message suivant: «Le tourisme peut contribuer de façon importante aux initiatives menées par le G20 pour une croissance partagée après la crise, en particulier pour ce qui est de la création d’emplois au niveau mondial et du programme de développement. Le secteur du tourisme est prêt pour travailler à la réalisation des objectifs communs d’une croissance solide, durable et équilibrée».
L’OMT veut ainsi «Façonner une industrie des voyages et du tourisme plus forte – Modèles de gouvernance et de gestion pour l’avenir» autour de trois grandes questions auxquelles le secteur est confronté:
- Intégrer le tourisme dans les programmes politique et économique et faire en sorte que le rôle joué par le tourisme dans la création d’emplois, la croissance économique et le développement soit davantage reconnu.
- Créer un cadre compétitif pour le développement du tourisme en réunissant le secteur public et le secteur privé pour créer un contexte commercial plus compétitif pour le tourisme.
- Changement climatique et économie verte : Comment développer une économie «verte» du tourisme?
Il s’agira de créer de nouveaux instruments pour répondre efficacement à ces évolutions. La baisse des parts de marché de la Méditerranée n’est plus le résultat, comme au XXe siècle, d’un effet d’offre. De nouvelles destinations touristiques apparaissent et apparaîtront dans le monde, ou bien s’y consolident. Elles ne se différencieront les unes des autres que par l’excellence de leurs services et la diversité des produits proposés. C’est pour cela que META encourage l’instauration de «Zones homogènes de destinations en Méditerranée, basées sur la géographie bien entendu, mais aussi sur un patrimoine matériel et immatériel local, qui diffère d’une destination à l’autre. Elles créeront cette diversité culturelle recherchée couplée à une durabilité sans faille». META cite le Maroc qui vient de créer six territoires touristiques: culturel, affaires, balnéaire, sportif, nature, déserts. Il faudra s’interroger sur la distribution de ces produits à construire, augmenter la qualité du service et utiliser tous les moyens électroniques pour optimiser la recette moyenne et conquérir des marchés plus lointains. C’est pareillement l’essence du projet «Esprits de la Méditerranée» que vient de retenir le Conseil culturel de l’Union pour la Méditerranée. Car, ce n’est pas seulement l’Asie qui va concurrencer le tourisme méditerranéen, mais encore les pays de l’autre côté de l’Atlantique. Cette fois-ci, les Nord-Américains veulent vraiment prendre la tête du tourisme international, devant les Français, les Espagnols et les Italiens. Il leur faut trouver les moyens pour relancer un secteur qui aurait dû réduire le déficit commercial du pays; or, il a perdu ces dix dernières années un tiers de sa part de marché dans le monde, et ne représente plus que 8% de ses exportations. Les professionnels américains veulent en finir avec cette «Lost Decade», la décade perdue, selon la US Travel Association, et avec un dollar faible, reconquérir des parts de marché. Comment? Plus d’agressivité en Asie, en Chine surtout et en Inde, le deux futurs grands pays émetteurs de touristes; en Amérique latine, au Brésil, en Argentine et au Chili, par une meilleure image; en Europe, par un taux de change pour réduire le coût des séjours avec parfois des niveaux semblables à ceux des pays des rives sud et est de la Méditerranée, et en même temps, plus d’attractions, de diversité et de promotions. Tout alors dépendra du coût du transport aérien qui risque bien d’augmenter avec le renchérissement du baril de pétrole, cette fois-ci à la hausse pour très longtemps.


La «Vision 2020» de l’extérieur


Rarement, Assises du tourisme n’ont suscité autant un intérêt international que leur Xe édition à Marrakech, sous la présidence effective de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, en présence du secrétaire général de l’OMT, M. Taleb Rifaï. Le ministre Yassir Zenagui put lancer officiellement la stratégie de développement touristique «Vision 2020» qui fera du Maroc un des leaders du tourisme mondial. Il y a dix ans, à Marrakech aussi, les professionnels avaient accueilli avec moins d’attention la «Vision 2010». Celle-ci aura presque atteint ses objectifs chiffrés, mais surtout lancé le tourisme national et permis de mettre en place de nouveaux pôles touristiques, des programmes comme les plans Azur et Mada’in et les institutions et chantiers structurants qui renforcent à long terme un secteur d’activité: formation, aérien, normes pour respecter l’environnement naturel et humain, innovation et création de nouveaux produits et services ruraux ou de niches. Ce qui a surtout marqué les experts est le choix du développement régional et durable, beaucoup plus prometteur: il induit une gouvernance du tourisme plus proche des réalités du terrain et des besoins des populations locales.

 


A la recherche d’innovation: Le tourisme de famille de Disney-Pierre & Vacances-Center Parcs


Pierre & Vacances-Center Parcs, leader européen du tourisme de proximité et de la location de vacances avec 400 implantations en Europe et en Méditerranée, est en difficulté et doit innover pour rester le premier. Son modèle recherche une synergie entre tourisme et immobilier pour assurer leur développement durable. Plus de 7 millions d’Européens sont ses clients. Cette année, tout comme Euro Disney, les résultats n’ont pas été à la hauteur des espérances stratégiques. L’innovation consistera à s’allier pour créer le concept de «Villages Nature», une destination durable pour les familles s’inspirant des valeurs et cultures des deux entreprises et utilisant leurs expertises complémentaires: redécouvrir la nature, respecter l’environnement et l’avenir de notre planète, inventer le vocabulaire de vacances différentes. L’idée est de réunir autour d’un espace central pour les familles, lieux d’accueil et d’informations, restaurants et boutiques à thèmes, une étendue lacustre «aux contours dessinant autant de territoires accueillant les cottages et les appartements: les ambiances seront multiples, les surprises innombrables…».
L’enjeu n’est pas un retour utopique à la nature, sinon de se tourner vers l’avenir pour célébrer la permanence des relations de l’homme avec cette nature avec le meilleur de la technologie, de l’architecture, de la construction et de l’art paysager.

 


(1) Oxford Economics & Amadeus, The Travel Gold Rush 2020, september 2010.

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