Competences & rh

Les grandes ambitions de l’Essec en Afrique

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:4719 Le 01/03/2016 | Partager
Deux campus à Rabat et à l’Île Maurice ouvrent dès septembre
Un centre de formation des profs africains à l’entrepreneuriat en projet

Thierry Sibieude, directeur de l’Essec Afrique-Atlantique: «Répondre aux besoins en compétences du continent exige que nous allions au-delà des partenariats, doubles diplômes et échanges, avec une vraie implantation et une implication forte du corps professoral» (Ph. Jarfi)

100% d’insertion professionnelle après une moyenne de 4 mois à la recherche d’un emploi. Peu d’écoles peuvent se targuer d’un tel score. L’Essec, l’une des meilleures business schools en Europe, mise sur son image de marque mondiale pour réussir son implantation africaine. Dès septembre prochain, elle ouvrira ses deux campus africains, à Rabat (pour un investissement de plus de 100 millions de DH) et à l’Île Maurice, afin de «rayonner» sur tout le continent. Programmes, partenariats, ambition,… le directeur Afrique-Atlantique, Thierry Sibieude, se livre à L’Economiste.      

- L’Economiste: Contrairement à d’autres établissements, l’Essec a choisi de s’implanter en propre au Maroc. Pour quelle raison?
- Thierry Sibieude:
Parce que notre ambition est de faire de l’Essec la business school de référence en Afrique sur les prochaines années. Nous avons identifié un besoin énorme en formation. En 2040, le nombre de personnes en âge de travailler sur le continent sera de 1,1 milliard, contre 600 millions aujourd’hui. Répondre aux besoins en compétences exige que nous allions au-delà des partenariats, doubles diplômes et échanges, avec une vraie implantation et une implication forte du corps professoral. Les diplômes que nous délivrerons au Maroc seront identiques à ceux remis en France ou à Singapour.
Nous avons choisi le Maroc car le pays ambitionne de se positionner en hub et d’attirer les meilleurs cadres africains.

- Vous ciblez des étudiants de toute l’Afrique. Comment vous organiserez-vous pour le concours?
- Pour le programme Global BBA (bac+4), le recrutement dépendra de la nature du baccalauréat. Les étudiants avec un bac français devront passer le concours commun, sésame, qui a lieu en avril, dans les centres d’examen. Ils seront ensuite classés en fonction de la note obtenue. S’ils atteignent la barre d’admissibilité, ils seront intégrés. Chaque année, 3.980 candidats passent ce concours, et 370 sont admis. Pour le baccalauréat marocain et tous ceux qui sont reconnus par le ministère de l’Education nationale français, c’est le dispositif d’admission international qui s’imposera. Après avoir étudié leurs dossiers, les étudiants passeront des entretiens au Maroc. Si les effectifs sont nombreux dans d’autres pays, nous pourrions nous déplacer. A la fin des entretiens, un seul jury, à Cergy-Pontoise, se prononcera sur les admissions.   

- Hormis l’Ecole centrale de Casablanca et l’UIR, prévoyez-vous d’autres partenariats?
- Oui, il y a des projets en cours. Nous avons l’ambition d’offrir une large gamme de programmes dans notre domaine d’excellence qui est le management dès septembre 2016.
L’Essec est aussi tournée vers l’entrepreneuriat. Nous veillerons à développer cet aspect au Maroc et en Afrique aussi, à travers la création d’un centre de formation des professeurs à l’entrepreneuriat qui s’appuiera particulièrement sur les MOOC. L’idée est de constituer une communauté de profs africains via internet, qui viendra se former à Rabat une fois par an. Parallèlement, nous travaillerons sur la création d’incubateurs.

- Quelle est la part des lauréats qui créent leur entreprise?
- Comme toutes les business schools, le taux est assez faible, autour de 5%. Cela dit, il y a 10 ans, les jeunes qui rentraient à l’Essec se prédestinaient au conseil en stratégie, à la finance, au marketing ou à l’audit  dans de grands groupes. Aujourd’hui, les choses ont radicalement changé. Près de 20% des étudiants qui intègrent l’école envisagent comme hypothèse crédible de leur futur la création d’une entreprise. Notre système éducatif ne prépare pas suffisamment les jeunes à se lancer dans l’entrepreneuriat. Nous avons donc décidé d’organiser en 2015 un boot camp dédié aux étudiants de 1ère année, un mois après leur arrivée, afin de les plonger dans les réalités de la création d’entreprise. Ils doivent travailler 33 heures d’affilée, du vendredi matin à 8h30 au samedi à 18h00, essayer d’identifier un besoin dans un secteur donné et faire des propositions. Cela s’appelle «33 heures pour secouer le CAC 40». Les étudiants sont mélangés avec des Centraliens, car la pluridisciplinarité est très importante pour nous. L’initiative sera également adaptée au Maroc.

- L’école se positionnera-t-elle aussi sur la recherche au Maroc?
- Dans un premier temps, l’école se concentrera sur l’encadrement pédagogique. Il sera question de créer des liens forts entre les intervenants marocains et français.
Nous avons un autre projet sur le continent, celui de s’implanter à l’Île Maurice en vue de rayonner sur l’Afrique australe. Le démarrage est aussi prévu en 2016, avec la même philosophie de base. Nous y avons déjà démarré une formation continue il y a deux ou trois ans.

- Vous prévoyez néanmoins une chaire sur l’entrepreneuriat social…
- Ce sera une chaire d’abord d’enseignement, semblable à celle créée en France il y a 15 ans avec Centrale. Il y a de fortes attentes dans le domaine au Maroc. Ce qui manque, ce sont les financeurs. En France, nous avons un système inspiré du modèle américain pour le financement des chaires, avec une incitation fiscale pour les entreprises qui s’y engagent. Ce n’est pas le cas au Maroc.

- Quel est votre programme pour l’apprentissage des langues?
- Le propre du programme Global BBA que nous proposons est de permettre aux étudiants d’apprendre 3 langues: une première langue vivante, qui est l’anglais, une deuxième, qui est l’espagnol et une troisième, qui peut être l’arabe, le chinois, le russe, l’italien, … L’objectif, c’est qu’au terme des 4 ans d’études, ils aient la capacité de développer des relations business avec différentes langues. Des professeurs de langues professionnels seront mobilisés pour ce programme.

Middle managers

En termes de formation initiale, l’Essec Afrique-Atlantique offrira son programme de bachelor (Global BBA). «Il vise à former des middle managers, et c’est là où sont les besoins en Afrique», précise Thierry Sibieude. L’école souhaite former des cadres africains pour relever les défis du continent (urbanisation, industrialisation, services,…). Les deux premières années se dérouleront sur le campus marocain et la troisième à Paris. Les étudiants pourront, pour leur quatrième année, choisir leur destination parmi la centaine d’établissements partenaires de l’école dans le monde. «Nous  leur demanderons, ceci dit, de venir conclure leurs études à Rabat. Nous les inciterons aussi à effectuer leur stage en Afrique, afin de les pousser à rester sur le continent», précise Sibieude.
Le programme grande école (master), lui, ne sera pas délocalisé, mais les étudiants inscrits en France pourront venir passer 6 mois à Rabat, afin de mieux comprendre des réalités marocaines et africaines.
Au niveau de la formation continue, un executive MBA ainsi que des masters spécialisés seront proposés aux cadres. Parmi eux, un master dédié à la gestion des villes et des territoires, un master sur l’excellence opérationnelle et la conduite du changement et un troisième sur la gestion des RH. D’autres suivront, dont un programme sur le management de l’hôtellerie.

Propos recueillis par Ahlam NAZIH

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