×
  • Compétences & RH
  • Société Brèves International Brèves internationales Courrier des Lecteurs Les Grandes Signatures Documents Lois à polémiques Docs de L'Economiste Docs de Qualité Enquête de Satisfaction Chiffres clés Prix de L'Economiste 2019 Prix de L'Economiste 2018 Perspective 7.7 milliards Earth Beats Solutions & Co Impact Journalism Day cop22Spécial Cop22 Communication Financière
    Enquête

    Casablanca-Settat: Le grenier du Maroc dans le désarroi

    Par L'Economiste | Edition N°:4702 Le 05/02/2016 | Partager
    40% des superficies emblavées en céréales perdues
    Et l’état de la moitié des cultures pluviales est faible
    Les prix du bétail s’effondrent

     Le contraste est partout visible. Des îlots de verdure cohabitent avec des champs de céréales jaunis et appouvris par le manque de pluies. Les zones irriguées se distinguent par des cultures en bon état de croissance. Hors ces zones, c’est la désolation manifeste, Certains agriculteurs  ont perdu espoir et ont fini par lâcher leur cheptel sur leurs champs de blé. Faute aussi de couvert végital des parcours.

    Dans les campagnes comme en ville, tout le monde scrute le ciel dans l’attente de précipitations. Mais dans la région de Casablanca-Settat, l’inquiétude est désormais installée. Le constat est on ne peut plus manifeste dans des villes comme Settat, El Jadida et Sidi Bennour. Des agglomérations qui dépendent des campagnes pour l’essentiel de leur activité économique. Des pans entiers de l’économie tournée vers les besoins locaux se mettent au chômage technique. C’est le cas des activités du petit matériel des travaux d’entretien et de protection des cultures, de la maintenance du machinisme agricole, de la mécanique, l’ameublement, le transport, les loisirs et autres petits métiers. 

     
    La région pèse lourd dans l’économie agricole du pays. Selon les données de la Direction régionale de l’agriculture (DRA), elle participe pour le quart de la production céréalière et 45% de celle des viandes blanches. L’activité de l’élevage laitier y est également prépondérante. A elle seule, la province d’El Jadida concentre 2 grandes usines de traitement du lait et 147 centres de collecte. Alors la région contribue pour 24% à la production laitière globale du pays et 18% pour les viandes rouges. Autre produit de base pour lequel la région affiche une performance inégalée, la betterave à sucre dont elle accapare 38%.   
     

    Les déficits pluviométriques les plus élevés ont été enregistrés dans les zones intérieures, excentrées de la côte maritime. Berrechid, Sidi Bennour et Settat, les grandes zones des cultures annuelles sont les plus touchées. Les mois de novembre et décembre 2015 ayant été pratiquement secs.

    Sur la route reliant Casablanca à El Jadida, le paysage est désolant. Tout particulièrement aux environs de la contrée Boulaouane. Des champs de céréales jaunis et appauvris par plusieurs endroits. Des îlots de verdure emblavés en blé tendre et en légumineuses cohabitent également avec des terres quasiment nues. «Faute de pluie, la semence n’a pas germé», explique le propriétaire de cette parcelle d’environ trois hectares. A côté, son voisin qui a procédé au labour et semis précoces, a perdu tout espoir et a fini par lâcher son cheptel sur le champ. A ses yeux, «même s’il pleut dans les jours qui viennent, il n’aura à récolter que peu de  paille». Aussi est-il préférable de faire pour le moment l’économie de l’alimentation du bétail. Surtout que le couvert végétal des parcours a été aussi lourdement affecté par l’absence ou le retard des pluies. Et déjà la spéculation s’active. «En deux semaines, les prix des principaux composants d’aliment de bétail ont flambé dans des proportions variant entre 26 et 40%», relève la Direction régionale de l’agriculture. La botte de paille est négociée entre 25 et 30 DH contre 15 à 20 avant l’annonce de la préparation du plan de sauvetage. La même tendance a également gagné l’orge, le son et la pulpe de betterave à sucre. Même l’aliment composé dont les prix sortie usine avaient baissé à deux reprises, à raison de 10% chacune selon la profession, n’a pas été épargné. Inversement, les prix du bétail se sont orientés à la baisse. Une vache de race locale est vendue entre 4.000 et 7.000 DH. Ce qui se traduit par une baisse de 14%. Selon l’état de santé, une vache croisée (race pure/race locale) se vend entre 6.000 et 15.000 DH. Et les génisses de race pure ont perdu 8% de leur valeur marchande (voir tableau). Idem pour les jeunes veaux d’engraissement dont le kilo vif ne dépasse pas 35 DH, soit une chute de 15%. Un peu plus loin, avant le périmètre urbain d’El Jadida, des parcelles arborent un couvert végétal bien développé et verdoyant. C’est l’effet de l’irrigation à partir de la nappe phréatique. La région totalise, en effet, 8.000 ha irrigués par ce mode de prélèvement. Mais dès qu’on dépasse cette zone en allant vers la province de Sidi Bennour, le paysage change totalement. C’est la désolation. Seuls des troupeaux d’ovins et bovins agrémentent quelque peu les champs des céréales. La zone est carrément sinistrée. Les pertes sur céréales, légumineuses et fourrages sont de l’ordre des deux tiers.

    Source: DRA
    Le manque des pluies a lourdement impacté l’élevage. D’un côté, on assiste à une flambée tendancielle des prix des principaux composants de l’alimentation de bétail, de l’autre, un effondrement de ceux du cheptel. La situation relevée le 28 janvier dernier sur les principales places donnent une idée sur la tendance.

    Ce qui reste est jugé faible mais ne tardera pas à être déclaré perdu si les pluies ne sont pas au rendez-vous dans les jours qui viennent (voir infographie). Le même scénario est quasiment valable pour la zone de Settat où le programme céréalier portait initialement sur 316.000 ha, mais n’a été réalisé qu’à moins de la  moitié.

    Les taux de réalisation aussi bien des céréales que des fourrages a dépassé les 70% en dépit de la faiblesse des précipitations (59 mm). Mais le prolongement de l’absence des pluies a provoqué l’arrêt de croissance des cultures. D’où la perte de plus du tiers au 28 janvier dernier. A la même date, le reste était jugé faible.

    Dans cette zone, 55% des emblavements en céréales sont dans un état faible et 40% sont complètement perdus. Le même constat est également observé pour les légumineuses et les fourrages. Le schéma est transposable à l’ensemble de la région. Seules 5% des superficies emblavées sont jugées dans un état moyen. Avec cette nuance qu’environ 64% du programme des cultures d’automne a été réalisé.  Au total, les emblavements dans  les zones de culture pluviale de la région ont atteint 639.460 ha sur un global programmé de l’ordre de 1 million d’hectares. Les céréales en représentent l’essentiel avec 573.155 ha de superficies semées, soit 68% du programme initial. Ainsi le tiers des surfaces dédiées aux céréales n’a pas été semé. C’est que les mois de novembre et décembre qui correspondent à la période des semailles ont été particulièrement secs. Les agriculteurs qui ont pris le risque se sont retrouvés avec des pertes évaluées à 40% de leur réalisation. Plus de la moitié des surfaces emblavées en céréales étaient à la date du 28 janvier dernier dans un état faible et à peine 5% des plantes sont jugées de performance moyenne. Quant aux légumineuses et fourrages, les deux tiers des superficies programmées n’ont pas été semées. Sur les 61.630 ha des surfaces réservées aux légumineuses, un peu plus du quart a été emblavé dont 37% sont perdus et la majeure partie se trouve dans un état faible. Pour ce qui est des fourrages, les semailles ont porté sur la moitié des surfaces programmées. Et la totalité risque d’être perdue si des pluies n’interviennent dans les prochains jours. Pour le moment, de nombreux agriculteurs ont préféré en faire profiter leur cheptel.  C’est que la région, à l’instar du reste du pays, a souffert de conditions climatiques défavorables. 
     
    Les précipitations cumulées au 31 janvier dernier ont atteint à peine 95 mm contre 273 la campagne précédente et 210 mm comme moyenne des 5 dernières années.  Ces pluies ont été mal réparties dans le temps et dans l’espace. Du coup, le déficit pluviométrique s’est fortement creusé selon les zones. Excepté la province d’El Jadida où il s’est établi à 60% par rapport à la campagne précédente, il a atteint 154% pour Berrechid, 136% à Settat et 138% à Sidi Bennour. Des zones qui constituent le grenier céréalier du Maroc. Pour toute la région, l’absence de précipitations a été constatée au cours des deux dernières décades du mois de novembre et durant tout le mois de décembre 2015. Le mois de janvier n’ayant enregistré que 12 mm.
    L’élevage, plus exposé

    LA région de Casablanca-Settat se distingue également par son élevage. Elle concentre 2,75 millions de têtes d’ovins constituées pour la majorité de la race Sardi très prisée par les Casablancais à l’occasion de la fête de sacrifice. Or, ce gigantesque troupeau serait probablement écarté du plan de sauvetage du cheptel. Ce plan ne retient que les bovins qui ont fait l’objet de l’opération d’identification du bétail. Une orientation qui a été confirmée par le chef du gouvernement devant le Parlement. Selon Abdelilah Benkirane, 200 DH seront alloués par vache dans la limite de 5 têtes par éleveur. La distribution de l’orge au prix de 2 DH/kg renforce également cette option. Il est prévu de distribuer 1 million de quintaux. Ce qui est largement en dessous des besoins d’un cheptel évalué, toutes espèces confondues, à près de 30 millions de têtes La région fait figure également de leader en matière d’élevage laitier et d’embouche. Elle totalise actuellement 604.000 têtes de bovins et assure une production laitière de plus de 500 millions de litres, En ce qui concerne la prodcution des viandes rouges, elle a déjà dépassé l’objectif du plan Maroc Vert l’année dernière avec 50.400 tonnes.

    ____________________________
    Le salut viendra de l’irrigué

    Dans les zones irriguées, la situation est nettement meilleure. Les programmes des diverses cultures ont été réalisés à 100% pour les céréales (57.000 ha) et la betterave à sucre (18.660 ha). Les fourrages et les légumineuses n’ont pas suivi la même dynamique avec des taux respectifs de 78% et de 45%. Mais l’état des cultures est jugé bon à raison de 90% et le reste moyen. Ce qui fait dire à Abderrahmane Naili, directeur régional de l’agriculture, que «le salut viendra de l’irrigué. Dans ces zones, les rendements des céréales sont généralement 5 fois plus par rapport à l’agriculture pluviale. Pour ce qui est de la betterave à sucre, la situation de la plante laisse augurer d’une production record. Naili l’estime d’ores et déjà à 200.000 tonnes de sucre. La totalité de la culture a été réalisée avec la semence mono germe et 5 irrigations ont été effectuées depuis le début de la campagne. Mais la prévision dépendrait toutefois de l’évolution des conditions climatiques.

     
    Pour le moment, la réserve du complexe Al Massira-El Hansali s’élève à près de 2,4 milliards de m3 dont 650 millions de m3 sont alloués à la région. Or, cette dernière en a déjà consommé plus de la moitié. C’est l’effet de l’absence des pluies. Une situation qui a permis aux agriculteurs de procéder à l’entretien de leurs cultures dans de bonnes conditions d’accès aux parcelles. Mais si le ciel se fait plus avare, la pression sur le disponible en eau sera encore plus forte. Et des arbitrages ne manqueront pas pour réorienter les allocations selon l’importance des cultures.
    A.G.
    • SUIVEZ-NOUS:

    • Assabah
    • Atlantic Radio
    • Eco-Medias
    • Ecoprint
    • Esjc