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Tribune

Ce qu’il ne faut pas voir dans les accords grec et iranien

Par L'Economiste | Edition N°:4580 Le 03/08/2015 | Partager

Dominique Moïsi, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), est conseiller principal auprès de l’Institut français des relations internationales (IFRI). Il est également professeur intervenant au King’s College de Londres

Les deux accords conclus le mois dernier autour de la crise grecque et du programme nucléaire iranien constituent indiscutablement des avancées majeures. Pour autant, les comparaisons formulées à leur occasion ont tendance à basculer dans l’exagération, faisant obstacle à une discussion rationnelle autour de leurs implications pour l’Europe, le Moyen-Orient, ainsi que des perspectives de diplomatie internationale.
L’accord conclu entre la Grèce et ses créanciers a notamment été comparé au Traité de Versailles, à une situation dans laquelle les Grecs auraient été contraints d’accepter de terribles conditions de «reddition». Or, malgré toutes les difficultés que représente la dépression économique, celle-ci ne peut être comparée à l’état de guerre, de même que l’actuelle situation des Grecs est sans commune mesure avec celles des Allemands défaits de 1918.   
Pendant ce temps, les opposants à l’accord de limitation des activités nucléaires de l’Iran pour les 15 prochaines années effectuent une comparaison avec les Accords de Munich (démarche peu glorieuse d’apaisement d’un ennemi dangereux), tandis que les partisans de  l’accord le comparent à la démarche de rapprochement opérée par les États-Unis auprès de la Chine dans les années 1970. Or, les Iraniens n’ont rien de commun avec les nazis, de même que l’Iran n’a rien à voir avec cette Union soviétique menaçante qui conduisit le président Richard Nixon à se rendre à Pékin en 1972.
Une problématique similaire réside dans une tendance actuelle consistant à comparer les processus de négociations de chacun des deux accords. Au-delà de leur timing, leurs similitudes se font rares ici encore. Certes, ils partagent ceci de commun que leur «succès» s’explique en grande partie par un sentiment selon lequel les menaces formulées par les puissances étrangères rendaient l’autre pan de l’alternative – à savoir aucun accord du tout – bien plus défavorable.
Dans le cas grec, les négociations ont été propulsées par le risque de voir une Grèce aigrie se rapprocher d’un président russe Vladimir Poutine aux redoutables ambitions révisionnistes, ou devenir un conduit de passage de migrants vers l’Europe. Dans le cas iranien, la menace immédiate que représente la montée en puissance de l’État islamique s’est révélée plus effroyable que la perspective à moyen terme d’un Iran détenteur de l’arme atomique.     
N’importe quelle négociation internationale – qu’elle se joue entre des partenaires ou entre des adversaires – suit une logique particulière. En effet, il arrive un moment auquel le processus de négociation génère sa propre dynamique, jusqu’à échapper au contrôle de ses protagonistes, du moins sur certains points. Le défi consiste à fixer un équilibre raisonnable – un «juste compromis» – entre les parties.
C’est ici que divergent les négociations grecques et iraniennes. En effet, outre un apparent succès dans les deux cas, les résultats se révèlent radicalement différents, si ce n’est diamétralement opposés. Alors même que la Grèce, plus faible acteur des négociations l’intéressant, s’est trouvée inutilement humiliée par ses partenaires européens, l’Iran, elle aussi partie la moins influente dans le jeu des négociations, s’est vu offrir une toute nouvelle légitimité par ses adversaires occidentaux. Il semble que les membres de la famille européenne soient traités avec plus de sévérité que les pays extérieurs au continent.
Certains font valoir l’accord sur le nucléaire iranien comme une réorientation fondamentale de la posture du pays en direction de l’Occident. Or, le fait est que l’Iran, bien que partenaire potentiel des occidentaux, constitue depuis bien longtemps leur rival. Le régime iranien ne partage nullement les valeurs occidentales, et cette situation ne changera pas de sitôt. Par ailleurs, nous savons tous qu’au Moyen-Orient, l’ennemi de votre ennemi n’est pas nécessairement votre ami – pas même s’il est ennemi de l’État islamique (ou du chaos généralisé).
S’il est vrai que trop de concessions ont été demandées à la Grèce, et trop peu à l’Iran, ce constat s’explique probablement davantage par une différence fondamentale entre les postures de négociation grecque et iranienne que par une inégalité de compétence des négociateurs. L’Iran devient de plus en plus indispensable à la résolution des problèmes du Moyen-Orient, ce qui lui confère un poids dont ne jouit pas la Grèce, pays dont beaucoup en Europe estiment pouvoir se passer.  
Ceci explique pourquoi le président américain Barack Obama, et son négociateur en chef le Secrétaire d’État John Kerry, étaient si déterminés à faire émerger un accord avec l’Iran. Par opposition, les partenaires européens de la Grèce se sont montrés profondément divisés sur la question de concéder ou non au pays le soulagement nécessaire à son maintien dans la zone euro.  
Bien évidemment, des divergences existaient également parmi les interlocuteurs iraniens, ainsi que parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, accompagnés de l’Allemagne. Pour autant, sachant pouvoir compter sur la Chine et la Russie à ses côtés, au moins en partie, l’Iran a su exploiter ces divisions à son avantage.
C’est là un luxe dont ne bénéficiait pas la Grèce. Malgré les désaccords opposant l’Allemagne et la France sur les concessions à fournir, la Grèce n’a pas été en mesure de dresser une position contre l’autre. Sans contester les qualités de négociateur du président français François Hollande et de la chancelière allemande Angela Merkel, le fait est que face à une économie grecque totalement dépendante des financements publiques de l’Europe, le Premier ministre Alexis Tsipras n’était pas en position de refuser l’accord de la dernière chance.
Peut-être la principale différence entre les deux accords réside-t-elle en ce que le sort de la Grèce, bien que déterminant pour l’économie mondiale, concerne pour l’essentiel l’Europe, tandis que l’accord conclu avec l’Iran est porteur de conséquences extrêmement importantes, que ce soit en termes d’équilibre des puissances au Moyen-Orient, ou de non-prolifération des armes nucléaires. Ces accords sont tous deux incomplets et revêtent une nature temporaire, alimentant le scepticisme de leurs détracteurs. Mais il semble également que tous deux constituent ce qu’ont pu obtenir de mieux les négociateurs qui y ont travaillé. Dans la mesure où le temps guérit les blessures, l’espoir demeure permis.

Gagner du temps

Le seul autre point commun que partagent ces deux accords réside dans leur incomplétude. Aucun des deux ne vient résoudre la problématique en présence; tous deux se contentent de gagner du temps – du temps pour déterminer si la Grèce peut demeurer au sein de la zone euro, et du temps ménagé au cours duquel l’Iran demeure en dehors du club des États nucléaires.
Ainsi, ces accords apparaissent davantage comme deux paris que comme deux véritables ententes. L’issue du pari grec – capacité ou non du pays à garder la tête hors de l’eau sur le plan financier, à l’heure où il s’efforce d’appliquer les réformes structurelles extrêmement difficiles auxquelles il s’est engagé – sera connue en premier. La réponse apparaîtra en effet de plus en plus claire en seulement quelques mois, voire en quelques semaines.
En revanche, l’issue du pari iranien – retour ou non des ambitions nucléaires agressives du pays – prendra sans doute beaucoup plus de temps pour émerger, peut-être huit à dix ans. Bien entendu, il est tout à fait possible que l’Iran honore sa part d’engagement sur l’ensemble de la période fixée à 15 ans, mais qu’en sera-t-il une fois cette période expirée? 

Traduit de l’anglais par Martin Morel
Copyright: Project Syndicate, 2015.
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