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Chronique

Le krach boursier chinois

Par L'Economiste | Edition N°:4570 Le 16/07/2015 | Partager

Après s’être envolé de +60% depuis le début de l’année, la Bourse de Shanghai et celle de Hong Kong

Omar Fassal est financier, expert en finance internationale. Il est également auteur du livre «Tout savoir sur la finance», et chroniqueur pour L’Economiste et Atlantic Radio. Retrouvez-le sur www.fassal.net<http://www.fassal.net  

se sont écroulées de 30% en 3 semaines. La panique boursière fut totale. Même si la performance annuelle reste néanmoins de +8%, de nombreux  dégâts collatéraux ont résulté de cette baisse. En effet, plusieurs particuliers ont rejoint le marché dans sa phase euphorique, lorsqu’il était à son plus haut niveau. Comment le marché boursier chinois en est-il arrivé à ce degré d’euphorie?
D’abord, les autorités ont encouragé elles-mêmes cette euphorie. Il faut bien comprendre le contexte dans lequel évoluent désormais les dirigeants du parti communiste. La croissance chinoise est en train de ralentir de façon structurelle. Du coup, les autorités, impuissantes face à cet atterrissage, essayent de l’accompagner pour qu’il se fasse en douceur, année après année. Pour y arriver, elles doivent soutenir la demande intérieure. Un marché boursier haussier apprécie le patrimoine des ménages, qui peuvent alors consommer davantage. Plusieurs entreprises chinoises étant très endettées, elles ne peuvent continuer à s’endetter auprès du système bancaire. Une alternative pour eux est de lever des fonds en Bourse. Un marché boursier plus élevé leur permet d’obtenir de bonnes valorisations lors de la vente de leurs actions. Les introductions en Bourse chinoise se sont classées premières au niveau mondial en 2015, aussi bien en termes de nombre d’introductions que de fonds levés. Sur le premier semestre de l’année, la Bourse a connu 241 introductions qui ont permis de lever 40 milliards de dollars. En comparaison avec le premier semestre 2014, le nombre de deals a progressé de +134%, et les fonds levés de +143%. Le nombre de deals chinois a représenté 38% des deals au monde et les capitaux levés 39%.
Tout le monde serait gagnant avec un marché boursier haussier, ce qui a convaincu les autorités de promouvoir celui-ci. La banque centrale a donc réduit son taux directeur à plusieurs reprises et baissé le ratio de réserves imposé aux banques. Ses buts étaient doubles: rehausser les perspectives d’inflation qui sont trop basses, améliorer les conditions de financements de ménages et des entreprises pour ne pas trop ralentir la croissance. Indirectement, ces mesures ont servi à rehausser le niveau des valorisations boursières. Elles ont d’abord réduit considérablement le temps de traitement des nouvelles demandes d’introduction en Bourse, pour encourager les entreprises à y recourir. En face, elles ont encouragé les particuliers à investir leur épargne sur le marché boursier.
Par ailleurs, les autorités chinoises ont facilité les conditions d’octroi d’effet de levier pour les investisseurs en Bourse. Utiliser l’effet de levier, signifie acheter des actions avec de l’endettement fourni par la société de Bourse. Par exemple, avec un taux de marge requis de 50%, l’investisseur, qui souhaite acheter une action de 100 DH, ne paye de sa poche que 50 DH, et son courtier lui prête les 50 DH restants. En Chine, ce taux est fixé à 50% ce qui est conforme au niveau américain. Dans le cas chinois, les achats à effet de levier ont été autorisés en 2010, uniquement pour les clients dont le solde du compte était supérieur à 72.000 euros (500,000 yuan renminbi), et qui existent depuis plus d’1 an et demi. L’effet de levier était donc réservé à des personnes qui avaient déjà une expérience probante en Bourse (plus de 18 mois) et qui pouvaient se permettre de prendre plus de risque et de perdre plus (taille minimale sur le compte). Mais tout change en 2013, lorsque les autorités assouplissent le règlement.
Il faut désormais disposer d’un compte ouvert uniquement depuis 6 mois, et il n’y a plus de solde minimal à détenir sur le compte. Les petits particuliers ont du coup eu accès au levier boursier. Cela a fait que plusieurs se sont endettés très rapidement pour investir massivement en Bourse et optimiser leurs rendements. La taille des fonds empruntés (371 milliards de dollars) a atteint 4,5% de la capitalisation boursière cumulée de Shanghai et de Shenzhen, contre 2,5% à New York. Ce qui pose encore plus problème, c’est la rapidité avec laquelle cette enveloppe a progressé. Le cœur de la hausse s’est fait en trois mois, sur le second trimestre 2015. Cela a poussé le marché largement à la hausse.
Un autre évènement majeur a servi à propulser le marché boursier, il s’agit de l’ouverture du Shanghai Hong Kong Stock Exchange Connect (Cf. Chronique Naissance de la troisième Bourse mondiale en Chine- Édition N° 4406 du 25/11/2014). Auparavant, les investisseurs étrangers étaient les bienvenus à Hong Kong, et devaient obtenir une autorisation qui prenait beaucoup de temps, pour investir à Shanghai.

Après s’être envolé de +60% depuis le début de l’année, la Bourse de Shanghai et celle de Hong Kong se sont écroulées de 30% en 3 semaines. La panique boursière fut totale. Même si la performance annuelle reste néanmoins de +8%, de nombreux  dégâts collatéraux ont résulté de cette baisse

Désormais, tout est plus simple. Les deux Bourses ont été connectées. Les investisseurs étrangers présents déjà sur place à Hong Kong peuvent accéder directement à Shanghai, et inversement. La limite quotidienne de flux provenant de Hong Kong vers Shanghai fut fixée à 1,7 milliard de dollars. Beaucoup de boursicoteurs chinois ont cru que des milliards allaient arriver pour booster le marché. Il est vrai qu’au départ en novembre 2014, les flux étaient importants et ont frôlé les 100% de la limite quotidienne, mais ces flux se sont ensuite taris (moins de 5% de la limite). Au second trimestre 2015, ils sont repartis à la hausse en frôlant les 100% de l’enveloppe autorisée. Nul doute que ces flux acheteurs ont poussé le marché chinois à la hausse.
Le dessein des autorités chinoises a bien marché. Le dessein des autorités chinoises, a trop bien marché. Une véritable euphorie boursière s’est emparée du pays. Cela est aussi dû à la structure du marché. Contrairement aux marchés boursiers des pays développés où la majorité des actionnaires sont institutionnels, le marché boursier compte 80% de particuliers. Plusieurs études le montrent, les Chinois adorent les jeux de hasard. Ils nourrissent du coup, un attrait bien particulier pour le marché boursier. Macao a dépassé Las Vegas en termes de chiffre d’affaires des casinos. Le marché boursier s’est enflammé. Comme toujours, l’optimisme disparaît soudainement, et le marché dégringole.
La moitié des entreprises cotées à Shanghai, à savoir 1.400 entreprises, ont suspendu leurs cotations. Elles ont peur que le prix ne baisse trop, et qu’elles violent leurs covenants bancaires. En effet, plusieurs de leurs prêts utilisent comme collatéral les actions. Elles préfèrent donc bloquer leur cotation pour garder le prix affiché lors de la dernière cotation. Mais jusqu’à quand? Une reprise de la cotation s’accompagnera sans aucun doute par une nouvelle correction.

 

L’effet de levier lors de la crise de 1929

Comme dans le cas chinois, l’effet de levier fut l’une des causes principales du marché boursier haussier aux Etats-Unis lors des années 20, les roaring 20s. Suite au crash, la Fed a décidé de réguler la marge initiale demandée aux investisseurs. Alors qu’auparavant un investisseur ne payait que 10% du prix d’une action et obtenait 90% de son achat sous forme de prêt, la Fed limite ce levier. Elle introduit la régulation T en 1934, et devient la seule institution habilitée à imposer un taux uniforme pour tous les courtiers. Ce taux a beaucoup varié suivant les périodes. Aujourd’hui il est de 50% aux Etats-Unis, et de 40% en France.
 

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