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Chronique

La politique des émotions

Par L'Economiste | Edition N°:4563 Le 07/07/2015 | Partager

Mustapha Sehimi est professeur de droit, politologue et avocat au barreau de Casablanca

Une tendance se manifeste de plus en plus depuis une décinnie: celle d’une meilleure prise en compte des sentiments et des émotions dans l’interprétation de la politique. Cette réévaluation s’attache à tenter d’expliquer deux faits: le premier a trait aux ressorts des gouvernants - leur affect en somme; le second, lui, regarde les processus qui pèsent sur l’élaboration et la prise en  œuvre des politiques publiques. Il y a les individus et les foules: quelle part y ont les émotions dans les réactions et les mobilisations qui marquent  tant  désormais la vie politique au Maroc qu’ailleurs? Une grille d’analyse qui peut être opératoire pour mieux appréhender la psychologie des contestations, des indignations, voire des révoltes.
Assurément, le tableau qui prévaut aujourd’hui est celui du bouillonnement et de l’effervescence. Des émotions participent ainsi à la structuration des comportements et des faits politiques. Ne serait-ce que pour le semestre écoulé, que d’épisodes! Inondations à Tiznit, raclette du complexe sportif à Rabat, idylle de deux ministres PJD, film Much  Loved de Nabil Ayouch, Femen à la tour Hassan, baiser de deux jeunes gens sur la même place, arrestation de deux jeunes filles à Inezgane pour port de jupe, lynchage d’un présumé travesti à Fès.
Dans toutes ces affaires - sans parler de celle de la grâce du  pédophile Daniel Galvan, voici deux ans, qui a été sans doute la plus élevée de la décennie dans cette échelle- c’est l’émotion qui a été le déclencheur et l’accompagnateur des réactions. Mais cette émotion, c’est quoi au juste? Sûrement la dimension de l’expérience humaine la moins contrôlée: elle n’est pas construite, apprise et publique quand elle se déclenche en tout cas; elle est la moins susceptible d’être analysée en termes de société et de culture. Elle relève d’une autre comptabilité: celle de l’intériorité, de l’irrationnel, de la nature aussi.
 Pour des auteurs, la qualification de ce sentiment appelle une distinction. Dans une première catégorie, l’on a affaire à des émotions dites élémentaires (peur, colère, indignation, tristesse, dégoût, bonheur,…). La seconde, elle, intéresse celles  qui sont secondaires (amour, nostalgie,…). Mais au total, tout ne serait-il pas émotionnel, les discours comme les énoncés et paroles? Le phénomène le plus courant aujourd’hui qui provoque l’émotion est donné par l’actualité délictueuse dont s’emparent souvent d’ailleurs les politiques. Dans ce chapitre-là, la presse écrite et audiovisuelle utilisent l’émotion collective et se transforment pratiquement en une sorte d’industrie d’opinion. Ce phénomène est largement amplifié par internet et les réseaux sociaux devenus des lanceurs d’alerte et de formidables amplificateurs.
L’immédiat et le spectaculaire l’emportent ainsi sur toute autre considération. La démocratie traditionnelle avec ses formes d’action et de contrôle cède le pas à autre chose: une démocratie d’audimat, d’audience donc. Nous sommes entrés à grands pas dans une société spectacle qui a besoin de consommer de l’émotif. Et les acteurs politiques n’ont pas d’autre choix, semble-t-il, que de s’introduire dans ce champ pour tenter d’y faire entendre leurs voix, vaillant d’ailleurs à être en phase avec les vagues émotives successives. Le chef du gouvernement, Abdelilah Benkirane, n’a pas pu ainsi éviter, en Conseil de gouvernement, de faire une déclaration sur l’affaire du travesti de Fès; deux chefs de parti de sa majorité, Salaheddine Mezouar (RNI) et Nabil Benabdellah (PPS) se sont également fendus d’une prise de position politique sur celle des deux filles d’Inezgane. Voilà où en est la communication officielle donc? Perplexité.
Dans ce nouveau «système»  couplant l’émotion et la réaction, aucune place n’est laissée aux institutions démocratiques de la représentation nationale-Parlement, collectivités,… Ce qui au passage ne conforte pas leur visibilité et leur crédibilité puisqu’elles sont décalées avec un sentiment général. Rien d’étonnant dans ces conditions que l’inflation continue des émotions dans le champ politique national minore la place que devrait avoir un débat conséquent sur les contraintes et les enjeux de la politique actuelle (éducation, modèle économique et social, capacité réformatrice des structures,…). Même l’opposition n’est pas plus audible parce que ni l’opinion publique ni le gouvernement engouffrés dans l’émotif ne lui donnent prise pour une confrontation sérieuse, voire alternative. Comment reprendre la main alors? Et qui est prêt réellement à se repositionner, même à partir de l’émotif apparemment incontournable, sur les vrais termes du débat?

Empreintes émotives et engagements politiques

Sans sacrifier à une psychologie de bazar, il vaut de s’interroger sur la relation entre  des empreintes émotives individuelles et des engagements dans l’action politique. Plus simplement, qu’est-ce qui fait courir les uns et les autres? Les pistes habituellement retenues font état de divers paramètres: traumatisme familial, épreuves personnelles, évènements marquants, rencontres décisives, contexte culturel saillant, circonstance particulière,… Ce serait intéressant d’inviter, par exemple, Hamid Chabat sur le divan et de le faire parler sur la construction de sa personnalité, sur ses ressorts profonds aussi; et de lui demander encore comment il gère ses émotions propres avec les intérêts bien compris de la formation istiqlaliènne qu’il dirige dont la vocation gouvernementale est de ce fait contrariée. A telle enseigne que seul le dépassement de l’hostilité personnelle tenace -haineuse?- qui marque  ses rapports avec Abdelilah Benkirane peut aider à une normalisation, exclue de toute façon pour la présente législature.
L’émotion ne va-t-elle  pas  d’ailleurs s’amplifier dans les mois à venir et jusqu’aux élections de la Chambre des représentants à la fin de l’été 2016? C’est qu’en effet sur la base de cet agenda, l’on aura droit à une sorte de dramaturgie des campagnes électorales et de leurs résultats aussi ainsi qu’à des affrontements qui vont se multiplier dans l’arène politique. L’idéal serait de ne pas subir les émotions -elles s’imposent d’elles-mêmes!- mais de tenter de les insérer dans des propositions de politiques publiques à mettre en œuvre pouvant alors activer les mobilisations.

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