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Chronique

Sécurité et développement du Sahara
En finir avec une fausse unité

Par L'Economiste | Edition N°:4551 Le 19/06/2015 | Partager

OBSERVONS les cinq continents. Chacun est pluriel. Chacun comporte des particularismes régionaux, politiques,

Auteur de quelque 13 livres, Hubert Seillan enseigne à l’Université de Bordeaux où il est spécialisé dans les analyses de risques. Il a ouvert une nouvelle discipline «le droit du danger». Il a fondé les Editions Préventique, une  maison qui s’occupe de publier une revue bimestrielle et plusieurs collections de livres et manuels sur la sécurité  des biens et personnes (Une chaîne ad hoc TV sur Youtube). Avocat près la Cour d’appel de Paris, Hubert Seillan est aussi président de l’Agirep, Association girondine de recherche, d’échanges et de perfectionnement. Elle organise des conférences notamment celle sur la géopolitique de l’Afrique du Nord, avec l’association marocaine Ribat Al Fath, dont il tire la présente chronique, où l’un des intérêts est de «voir les choses autrement»

culturels, religieux, économiques et sociaux. Il en est ainsi pour l’Europe, pour l’Amérique, pour l’Asie, pour l’Océanie et pour l’Afrique. Il en est ainsi pour des grands espaces comme la Méditerranée ou l’océan Indien.
Pourquoi le grand Sahara échapperait-il à ce principe, qui n’est rien de moins qu’un rappel de la diversité de la nature? Cet immense territoire qui s’étend depuis la mer Rouge jusqu’à l’Atlantique, remonte jusqu’à la Méditerranée, pénètre dans tous les pays qui le jouxtent au Nord et au Sud, peut-il en effet être réduit à l’unité?
Cette vision d’un grand Sahara unitaire domine cependant encore toutes les analyses stratégiques. A quoi cela est-il dû? Sûrement au fait qu’il s’est agi jusqu’à ces dernières années plutôt d’un espace que d’un territoire, d’une région ou d’une province étatique. Une mer sèche. Une mer sèche, dès lors privée de l’encadrement juridique des conventions internationales. Une mer sèche dont la population est infime et volatile parce que nomade. Toutes ces raisons ont certainement fait obstacle à l’étude approfondie de ses particularismes locaux, ethniques, économiques, culturels, religieux et politiques.
Les pays coloniaux, dont on sait de quelles manières bien superficielles ils ont façonné les futurs Etats africains, n’ont en effet pas eu le souci de connaître et de comprendre la signification de données autres que celles qui conduisaient la conduite de leurs administrations.
Lyautey, «le Marocain», fut à cet égard une exception. Grâce à sa compréhension de la diversité du Maroc et de ses habitants, le vieux pays a pu engager son développement en conservant son âme et ses traditions. Cette marque fut déterminante, même si elle perdit de sa force pendant la Seconde Guerre mondiale et surtout après celle-ci avec les désastres politiques qui ont suivi.
L'unité de façade ne peut pas résister à une honnête observation du passé. Placé à l’extrême limite du Ponant africain du Nord, le Maroc, Etat de 12 siècles,  a toujours été un cas particulier en Afrique, tout d’abord en résistant plus qu’ailleurs à la pression de l’Empire romain, puis à celle de l’Islam dont il adoptera les principes mais en leur donnant la souplesse du rite malékite.
Il résista enfin à l’Empire ottoman dont la dernière étape fut le territoire de l'actuelle  Algérie.
Un cas particulier que le Maroc,  car, malgré les ruptures de la religion, il a toujours eu des liens forts et multiformes avec l’Europe. Avec le Portugal bien sûr, avec l’Espagne, plus compliqués après la Reconquête en 1492, et de ce fait avec la France. Un cas particulier encore, car le Maroc est autant atlantique que méditerranéen et autant africain que

Depuis des lustres, on a pris la mauvaise habitude de concevoir le Sahara comme un ensemble uni et unitaire, de l’Atlantique à la mer Rouge, ce qui est faux et engendre de graves erreurs stratégiques

méditerranéen. Ce qui explique cette magnifique maxime attribuée à l’ancien Roi Hassan II: «Le Maroc est un tronc dont les branches s’épanouissent en Europe et les racines en Afrique». C’est avant tout un pays Nord-Sud. Son horizontalité est plus faible que sa verticalité.
Ces constats dont la logique coule de source ne sont toutefois pas suffisamment considérés par ceux qui regardent les événements du grand Sahara d’aujourd’hui. C’est cependant ce qui a sauté aux yeux de tous les participants du séminaire de Bordeaux. Il s’y était agi de réfléchir sur l’avenir du Sahara marocain, à la limite atlantique de cette longue langue sèche. Ce territoire est marocain non pas seulement par sa position géographique, mais surtout parce que sa population l’a voulu tel au cours des siècles, quand le pays fonctionnait comme un Empire.
Un modèle bien difficile à comprendre aujourd’hui avec des Etats conçus pour les plus nombreux, sur le modèle jacobin centralisateur. Un empire, c’est une autre chose, profondément différente. L’Empire chérifien était structuré sur des contrats d’allégeance assez proches de ce qu’a connus l’Europe féodale, avec sa spiritualité, la vassalité et la suzeraineté. De sorte que chaque peuple conservait une organisation propre. Cet Empire chérifien a ainsi pu s’étendre fort loin à l’Est comme au Sud. Comment toutes ces régions n’auraient-elles pu être dès lors marquées par l’influence marocaine, économique, culturelle, religieuse et donc juridique?
L’autonomie avancée qui est en cours de mise en œuvre au Sahara marocain ne doit donc pas seulement être vue comme une construction constitutionnelle à caractère occidental, mais comme un prolongement de ces très anciennes traditions. Le séminaire de Bordeaux en a fait son angle de vision. Cette réalité vient d’être mise en exergue par la déclaration finale de la dernière rencontre franco-marocaine de haut niveau dans laquelle la France «appuie le plan d’autonomie marocain comme base sérieuse et crédible en vue d’une solution politique juste, durable et mutuellement acceptable».

 

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