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    Chronique

    La menace des flash crash

    Par L'Economiste | Edition N°:4538 Le 02/06/2015 | Partager

    Le crash éclair de mai 2010, ou flash crash pour les Anglo-Saxons, a tiré un signal d’alarme.

    Omar Fassal est diplômé de l’Université de Lyon en ingénierie chimique, de Sciences Po Toulouse en analyse du monde contemporain, et de l’EM Lyon en ingénierie financière. Il est analyste des marchés financiers internationaux chez CDG Capital, auteur du livre «Tout savoir sur la finance», chroniqueur pour L’Economiste et intervenant pour Atlantic Radio»

    En moins de 10 minutes, la Bourse américaine a perdu 10% de sa valeur. Cette baisse restera dans les livres d’histoire, comme la plus rapide pour le Dow Jones Industrial Average. Comprendre ce qui s’est passé a mobilisé plusieurs agences gouvernementales, les Bourses de plusieurs marchés, des chercheurs universitaires, ainsi que l’aide de plusieurs particuliers, tous intrigués par ce mystère.
    Les premières accusations ont d’abord porté sur un trader de la banque Citigroup. On avait expliqué que ce trader s’était trompé de touche lorsqu’il avait saisi un ordre de vente. Au lieu d’appuyer sur la touche «M» pour millions, il a appuyé sur la touche «B» pour milliards. Son ordre gigantesque à la vente sur des titres comme Procter & Gamble aurait poussé le marché à la baisse.
    Le rapport présenté par la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, avait expliqué le rôle joué par les robots traders. Comme les marchés avaient baissé, les seuils de ventes programmés pour ces automates se sont déclenchés, et ils ont commencé à liquider leurs positions. Le marché entre alors dans un cercle vicieux: plus les cours baissent, plus les robots vendent, et plus le marché baisse encore. Cette boucle rappelle les évènements du lundi noir de 1987, où un crash boursier mondial s’était produit en raison, entre autres, de la mise en service des ordres à seuil de déclenchement informatisés. Les robots traders seraient donc le coupable idéal.

    Le Dow Jones a ouvert le jeudi 6 mai 2010 à 10,862 points. Il a baissé tout au long de la journée, avant de s’effondrer à partir de 14h42. Il a touché un plus bas à 9,872 points avant de rebondir. La baisse et le rebond ont duré 15 minutes
     

    Sauf que voilà, cinq ans plus tard, cette affaire connaît un nouveau rebondissement. La CFTC, le régulateur des marchés dérivés américains, accuse désormais un trader britannique du nom de Navinder Singh Sarao. Celui-ci aurait fraudé pour provoquer le crash, et en profiter. Il aurait manipulé le marché, en y insérant des ordres fictifs, annulés peu avant leur exécution. Il est intervenu sur le marché des contrats futurs, et cela aurait eu des répercussions sur les marchés actions, obligataires et des changes. Les manipulations de ce trader lui auraient permis de gagner 40 millions de dollars entre 2010 et 2014. Il fut arrêté par les autorités britanniques, et sera peut-être extradé vers les Etats-Unis.
    Ce qui reste préoccupant dans cette histoire, c’est de constater la triste impuissance des autorités boursières. Elles auraient fait appel à des dénonciateurs pour pouvoir boucler le dossier d’accusation, et se diriger vers la bonne voie. Sans cela, le trader aurait peut-être continué à couler des jours heureux.

    Il est primordial, aujourd’hui plus que jamais en raison de la débâcle de 2008, de préserver l’intégrité des marchés financiers. Ces marchés doivent être efficients, pour remplir leur rôle au sein de la société, en allouant les capitaux de la façon la plus optimale possible

    Cela en dit long, sur l’avance prise par des marchés financiers devenus mondiaux, intégrés et automatisés, sur les régulateurs. Pour résoudre ce genre de fraude, il faut une coopération accrue entre les autorités. D’abord une coopération entre les différentes agences. Dans cette affaire, il a fallu une collaboration entre la SEC (le régulateur boursier), la CFTC (le régulateur des marchés dérivés), le CME (l’opérateur de la Bourse de Chicago), et le Departement of Justice (ministère de la Justice) pour amener à terme la procédure. Il faut ensuite une collaboration internationale accrue entre les différents régulateurs. Dans cet exemple, il faut que les autorités américaines et britanniques puissent s’échanger de l’information en toute transparence, pour remonter la piste jusqu’au trader installé près de Londres.
    Il est primordial, aujourd’hui plus que jamais en raison de la débâcle de 2008, de préserver l’intégrité des marchés financiers. Ces marchés doivent être efficients, pour remplir leur rôle au sein de la société, en allouant les capitaux de la façon la plus optimale possible. Qu’on se le dise, et qu’on se le répète: le crime ne paye pas, l’heure des comptes finit toujours par sonner. Souvent, au moment où on s’y attend le moins. Avis aux amateurs!

     

    La théorie du cygne noir

    Ce flash crash n’est pas un cas isolé. D’autres se sont produits en 2011 et en 2013 sur les marchés actions, et en 2014 sur le marché des obligations souveraines américaines. Sur ce dernier, les rendements ont baissé en moins de 10 minutes de -34 points de base, alors que ces taux ne bougent généralement que de quelques points de base par jour. Cet évènement est jugé tellement rare que Jamie Dimon - président de JP Morgan - a expliqué que statistiquement cette variation était censée se produire une fois tous les 3 milliards d’années. Cela montre les limites de la modélisation mathématique, et rappelle la théorie du «Cygne noir»  de Nassim Nicholas Taleb.
    Dans son ouvrage de référence, ce spécialiste du risque financier, explique que les Européens ont longtemps cru que tous les cygnes étaient blancs, car ils n’avaient jamais vu un cygne noir. Et pourtant, ils ont fini par découvrir des cygnes noirs en Australie. Ce n’est donc pas parce qu’on n’a jamais vu un phénomène, qu’il lui est impossible de se produire. Les marchés obligataires américains ont 2 siècles d’histoire derrière eux. Ce n’est pas parce qu’ils n’ont jamais été aussi volatils, qu’ils ne peuvent le devenir en une fraction de seconde. Lorsque l’intervention des robots-traders commence à représenter l’écrasante majorité des ordres - ce qui est déjà le cas sur plusieurs marchés - une disparition minime de la profondeur du carnet d’ordre  peut avoir un impact majeur sur les cours. La liquidité doit demeurer très importante, pour absorber tous les ordres qui s’accumulent sur les carnets.
     

     

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