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Chronique

L’engrenage de la crise brésilienne

Par L'Economiste | Edition N°:4519 Le 06/05/2015 | Partager

Rien ne va plus au Brésil. Le souvenir de la Coupe du monde 2014

Omar Fassal est financier, expert en finance internationale. Il est également auteur du livre «Tout savoir sur la finance», et chroniqueur pour L’Economiste et Atlantic Radio. Retrouvez-le sur www.fassal.net<http://www.fassal.net  

semble bien loin, tout a basculé dans le rouge en quelques mois. L’engrenage s’est enclenché, suite à la baisse notable du prix des matières premières. Car, en effet, il n’y a pas que le pétrole qui a beaucoup baissé. La majeure partie des produits agricoles ont également connu des replis importants. Le Brésil est un grand producteur de café, dont le prix a dégringolé de -22% entre le plus haut de  janvier 2015 et le mois d’avril. Il est également un producteur majeur du soja (-6%), du blé (-19%), du maïs (-10%), du sucre (-16%), et du cacao (-4%). Le constat est partout le même, le prix de vente des richesses naturelles exportées par le Brésil a beaucoup reculé.
Cette baisse des prix de vente a impacté directement les entrées fiscales de l’Etat, ainsi que le secteur privé de l’économie brésilienne. Cela pèse sur les finances publiques. D’autant plus que le volte-face de Dilma Roussef fut déroutant. Pour ménager l’opinion publique lors de sa campagne de réélection pour son second mandat, elle a mis en place des subventions sur le prix du pétrole et de l’énergie, et baissé le niveau de plusieurs taxes. Cela s’est fait ressentir sur les comptes de l’Etat. Pour la première fois depuis plus d’une décennie, le Brésil a enregistré en 2014 un déficit budgétaire primaire – c’est-à-dire avant le service de la dette. Il est ressorti à -10 milliards de dollars, alors qu’en 2013 l’excédent budgétaire primaire représentait +1,9% du PIB.
Une fois élue, Dilma Roussef et son ministre des Finances Joaquim Levy changent de ton. Ils estiment que la situation des finances publiques est difficile à tenir, et qu’une cure d’austérité est inévitable. Qu’ont-ils fait? Ils ont augmenté les taxes énergétiques. Du coup, les prix de plusieurs produits administrés ont mécaniquement augmenté, puisque les producteurs répercutent les nouvelles taxes directement sur le consommateur. Les prix des transports ont augmenté, en raison d’une progression de +8,4% du prix à la pompe. La situation fut davantage ternie, par un aléa climatique qui tombe au pire moment.
En effet, le Brésil doit faire face à une sécheresse très grave, la pire que le pays ait connu depuis 80 ans. Le niveau des réserves des barrages, qui a dépassé plus de 80% en 2008, n’est actuellement plus que de 20%. La situation est grave pour un pays qui génère 70% de son électricité via l’énergie hydraulique. São Polo, la capitale économique du Brésil, tient le coup grâce à des tunnels qui lui permettent d’importer de l’eau à partir d’autres régions mieux irriguées du pays. Les coupures d’électricité pourraient être importantes. Si la situation persévère, les autorités ont prévenu qu’elles pourraient rationner la consommation en eau potable et en électricité. L’effet serait très néfaste pour l’économie brésilienne. Les prix de l’électricité ont naturellement grimpé.
Que perçoivent les investisseurs internationaux de cette situation? Ils sont inquiets au sujet de la faible croissance brésilienne et des déséquilibres fiscaux, qui pourraient inquiéter le service de la dette. La dette brésilienne est encore classée en catégorie Investment Grade chez S&P, Moody’s et Fitch, mais elle n’est qu’à quelques crans pour basculer dans l’univers de l’investissement spéculatif. La dernière agence à avoir sévi est Fitch, qui a dégradé  sa perspective de notation, la faisant passer de Stable à Négative.

Le Brésil est un producteur important du cacao, du maïs, du soja, du blé, du sucre et du café. Les prix de ces denrées ont beaucoup baissé depuis le début de l’année. C’est le premier engrenage qui mène à la crise brésilienne actuelle
(Source: Thomson Reuters)

Du coup, les investisseurs internationaux se désengagent du pays, ce qui fait chuter la monnaie locale: le réal brésilien. Les investisseurs sont devenus méfiants face à l’ensemble des pays émergents. Ces pays qui étaient les stars de la croissance connaissent tous un ralentissement. Que ce soit en Chine, en Afrique du Sud ou en Inde, la conjoncture tourne au ralenti. Le cas de la Russie fait figure à part, il est explicable par des facteurs exogènes: la crise russo-ukrainienne.
La monnaie brésilienne se déprécie, depuis le début de l’année 2015 elle a perdu -14% face au dollar. L’effet cumulé de la hausse des prix administrés (énergie, électricité), et de la baisse du cours de la monnaie, provoque une inflation au-dessus de la normale. Elle est ressortie à +7,7% au mois de février en année glissante, un plus haut depuis 2005.
En raison de la hausse de l’inflation, la Banque centrale se retrouve prise au piège. Elle aimerait assouplir sa politique monétaire pour relancer la croissance et la demande interne, mais elle ne peut pas. Elle doit, dans ces conditions, d’abord combattre l’inflation. C’est pour cela que malgré cette conjoncture difficile, elle a augmenté son taux directeur une première fois à fin janvier de 11,75% à 12,25%, puis une seconde fois début mars de 12,25% à 12,75%. Ce resserrement pèse davantage sur la croissance. Le Fonds monétaire international prévoit désormais un repli du PIB de -1,0% en 2015, suivi d’une progression de +1,0% en 2016. Les marchés financiers jugent ces prévisions trop optimistes.

 

Le scandale Petrobras pour couronner le tout

Comme si tous les maux de l’économie brésilienne n’étaient pas suffisants, le scandale Petrobras a mis le feu aux poudres. Petrobras est l’entreprise publique qui exploite les vastes ressources pétrolières du pays. Avec le développement des forages marins à haute profondeur, les chantiers de construction sont importants. Depuis près de 10 ans, les entreprises de construction installées au Brésil – dont certaines sont filiales de multinationales – ont surfacturées les projets de construction de près de 3%. Sur une période aussi longue, cette somme surfacturée pourrait atteindre les 10 milliards de dollars. Ces sommes étaient utilisées pour rémunérer les directeurs de la compagnie, qui avaient bien voulu confier les appels d’offres aux entreprises gagnantes. Ces sommes ont également servi à corrompre des hommes politiques. Dilma Roussef n’a pas été cité à comparaître par le juge, mais l’opinion publique estime qu’elle est responsable, car elle fut présidente du conseil d’administration de Petrobras. Sa cote de popularité a chuté de 40% en décembre 2014, à 12%. Son manque de crédibilité auprès de l’opinion publique l’empêche d’obtenir le soutien de la société civile pour prendre les mesures d’urgence qui s’imposent.

 

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