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    Chronique

    Comment réanimer la zone euro?
    Par Omar Fassal

    Par L'Economiste | Edition N°:4454 Le 03/02/2015 | Partager

    Il existe deux lignes directrices pour relancer une économie au point mort comme celle de la zone euro.

    Omar Fassal est diplômé de l’Université de Lyon en ingénierie chimique, de Sciences Po Toulouse en analyse du monde contemporain, et de l’EM Lyon en ingénierie financière. Il est analyste des marchés financiers internationaux chez CDG Capital, auteur du livre «Tout savoir sur la finance», chroniqueur pour L’Economiste et intervenant pour Atlantic Radio»

    La première, est celle d’un choc positif sur l’offre. Améliorer la compétitivité d’une économie passe par des réformes dites structurelles. Il s’agit de réformes permettant la flexibilité sur le marché du travail: flexibilité sur le Smig, sur les horaires, sur les conditions d’embauche et de licenciement. C’est ce que l’Italie de Matteo Renzi est en train de faire. Il s’agit de réformes pour faciliter les créations d’entreprises, et la promotion du statut d’auto-entrepreneur. Il s’agit de réformes des systèmes de retraite devenus déficitaires, puis des organismes de sécurité sociale dont les comptes sont dans le rouge. Une relance par l’offre peut également avoir comme cible de baisser les charges des entreprises, pour leur donner plus de marges et les rendre plus compétitives face à une concurrence mondiale. C’est ce que la France de Manuel Valls est en train de faire, à travers une réduction de 30 milliards d’euros des charges payées par les entreprises.
    Enfin, il peut s’agir de libéraliser certaines professions qui restent très réglementées à un échelon national. Mais l’exemple des chauffeurs de taxi européens face à la déferlante Viber, montre à quel point cela est difficile. Partout, les taxis s’organisent pour lutter contre tout rabaissement des conditions d’accès à leurs professions. L’inconvénient d’une relance par un choc positif sur l’offre, est qu’elle ne porte ses fruits que sur le moyen, voire le long terme, à travers une hausse du potentiel de croissance. Par exemple, les réformes Shroder menées en Allemagne entre 2003 et 2005 pour flexibiliser le marché du travail, ont mis 3 ans avant de donner des résultats. Le taux de chômage allemand n’a commencé à baisser qu’en 2006, et ce recul s’est accéléré en 2007.
    Dans l’urgence actuelle, il faut recourir au second levier: une relance par la demande. Cette relance par la demande peut être stimulée par une politique budgétaire et monétaire expansionniste. Pour plusieurs raisons, cette relance n’a pas été réussie en Europe.
    Etablir le bon diagnostic d’une crise permet d’y apporter la réponse la plus adaptée. La divergence spectaculaire entre l’économie américaine et la zone euro remonte à 2011, une année charnière où tout a basculé. Cette année-là, comme dirait Claude François, on a chanté pour la première fois la chanson de l’austérité composée par la Troïka. Alors que les économies développées avaient à peine connu une seule année de croissance post-crise – à savoir 2010 – et que les taux de chômage étaient encore importants, l’Europe s’est lancée dans une cure d’austérité budgétaire. Certes, quelques cas comme la Grèce, le Portugal et l’Irlande devaient impérativement prendre des mesures fortes pour calmer la nervosité des marchés financiers, et rabaisser leurs taux d’emprunts à des niveaux soutenables. Mais d’autres pays européens, à l’instar de l’Allemagne, ont réalisé des coupes extrêmes alors que cela n’était pas nécessaire. L’Allemagne est passée en 2011 d’un déficit budgétaire de -4,1% du PIB à un équilibre!

    Les Etats-Unis ont attendu 2013 pour couper sérieusement leur déficit, lorsque le taux de chômage avait baissé à 7,3%, un niveau plus soutenable. Au sein de la zone euro, on a coupé les déficits dès 2011 en raison de la crise grecque, alors que le chômage était encore très élevé (10,1%). La réduction s’est ensuite poursuivie, même si le taux de chômage s’est mis à grimper

    Ces coupes budgétaires ont impacté la demande bien plus que prévu, car les multiplicateurs budgétaires ont été sous-estimés. Lorsqu’un gouvernement coupe ses dépenses ou les augmente de 100 milliards par exemple, l’impact sur la demande globale n’est pas de 100 milliards: il y a un effet multiplicateur. Lorsque vous injecter 100 milliards, l’économie croît de 100 milliards multipliée par ce fameux multiplicateur. Car, en effet, si vous augmentez le revenu d’un ménage d’un certain montant, il va le dépenser et ce revenu devient une entrée d’argent pour un autre ménage, qui à son tour va lui aussi le dépenser. La circulation monétaire aboutit à un effet amplifié. Ce multiplicateur avait été sous-estimé au départ, on avait avancé qu’il était proche de 0,5 dans la zone euro. L’expérience a montré qu’il était plutôt entre 1,0 et 1,7. Le FMI a d’ailleurs lui-même reconnu son erreur. Du coup, la baisse des dépenses publiques a eu un effet sous-estimé sur le niveau de l’activité.
    Entre-temps, les Etats-Unis avaient conservé un déficit budgétaire conséquent (8,4% du PIB). Ce n’est que deux ans après les Européens, en 2013, lorsque la croissance fut plus forte, que les Américains ont ramené ce déficit à un niveau soutenable. Il y a un moment pour couper les déficits, et un autre pour les laisser traîner tant qu’ils sont finançables.
    Le Fonds d’investissement stratégique de Jean-Claude Juncker doté de 21 milliards d’euros, qui après un effet de levier de 15x devrait atteindre les 350 milliards, porte cet espoir. Sur cette enveloppe, 240 milliards seront alloués aux infrastructures et 75 aux petites et moyennes entreprises. Sa taille pourrait s’avérer trop petite: il aurait fallu un programme 2 à 3 fois plus important pour changer la donne à coup sûr.
    Aujourd’hui, sur les 18 pays de la zone euro, 10 pays ont un déficit budgétaire en 2014, inférieur à 3,0% du PIB, conformément au Pacte de stabilité et de croissance. Si tous ensemble, ces pays venaient à mettre en place une relance budgétaire coordonnée qui irait jusqu’à un plafond de 3% de déficit budgétaire, cela représenterait un investissement de 103 milliards d’euros, dont 90% proviendrait de l’Allemagne. Si ces investissements sont productifs, ils continueront à créer de la valeur ajoutée sur les années à venir. De plus, étant donné que 67% des exportations de la zone euro sont intra-zone, et que 63% des importations de la zone euro sont intra-zone, il y aurait des effets de frontière profitables à l’ensemble de l’union.

    Synchroniser l’expansion budgétaire et monétaire

    L’expansion budgétaire est amplifiée lorsqu’elle est synchronisée avec un relâchement monétaire. Aux Etats-Unis, l’expansion monétaire fut coordonnée avec le maintien des déficits. En Europe, le temps de la BCE n’est pas celui de la Commission. L’expansion monétaire n’a pas été synchronisée avec une relance budgétaire. La seconde erreur de la BCE est d’avoir procédé par paliers pour mener son expansion monétaire. Si la BCE avait dès mars 2014 opté pour un assouplissement quantitatif souverain plutôt que procédé par à-coups au fur et à mesure que la situation s’enlisait, le choc positif créé aurait été plus efficace.

     

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