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Analyse

La chute du rouble malmène l’export des agrumes

Par L'Economiste | Edition N°:4425 Le 22/12/2014 | Partager
La devise russe a plongé de 40% avec une inflation à deux chiffres
Le volume n’attendrait pas les 500.000 tonnes
Le risque de défaut de paiement augmente

Le rouble plonge, l’export des agrumes chute. La corrélation est quasiment de cause à effet.

La plongée du rouble a commencé en fait depuis le début de l’année avec la crise ukrainienne. Elle s’est accentuée par la chute des cours du pétrole et du gaz. Au 19 décembre, la monnaie russe a chuté de 40% par rapport au dollar

Depuis quelques années en effet, le marché russe absorbe plus de 60% de nos exportations d’agrumes. Une situation que de nombreux producteurs qualifient de «dangereuse». Car elle résulte d’une perte de parts de marché sur les marchés de l’Union européenne. Avec la dégringolade de la monnaie russe, ces mêmes milieux producteurs s’attendent déjà à une baisse des volumes. Mais ce qu’ils redoutent le plus, c’est le défaut de paiement de leurs gros clients atteints de plein fouet par la dépréciation et une économie au ralenti.
Face au dollar américain, monnaie dans laquelle sont libellées les transactions, le rouble a perdu 40% de sa valeur. Et pour ralentir l’hémorragie, les autorités monétaires russes ont fortement augmenté les taux d’intérêt des crédits bancaires qui frisent depuis une semaine les 20%. «Un moyen de prohiber les emprunts», commentent la plupart des analystes. Ce qui n’est pas sans conséquence sur le financement des importations. «Certains partenaires, trop minoritaires, qui accordent des avances aux exportateurs marocains sur leurs expéditions vont devoir s’abstenir de le faire», anticipe un gros  producteur. Ces négociants russes en fruits et légumes iront jusqu’à rallonger les délais de paiement au-delà du minimum requis (entre 4 et 6 mois), renchérit cet autre producteur du Gharb.

La production agrumicole s’est inscrite en forte hausse sur les trois dernières années mais l’export n’a pas suivi la même tendance. Le volume réalisé la campagne passée représente moins du quart par rapport à la production

Ce qui est sûr pour le moment, c’est la chute tendancielle de consommation des fruits, tout particulièrement les agrumes qui servent de dessert. Et la spirale de l’inflation qui est déjà à deux chiffres va amener les ménages russes à faire des arbitrages entre le nécessaire et le subsidiaire. La situation s’annonce durable, compte tenu de la crise qui affecte l’économie russe. Le coup de grâce ayant été donné par la chute des cours du pétrole et de gaz. Ces deux matières premières représentent la moitié des revenus budgétaires de la Russie. Mais la situation ne date pas d’aujourd’hui. Depuis le début de l’année, le rouble n’allait déjà pas très bien. Et il a vraiment commencé à dévisser avec la crise ukrainienne et les sanctions occidentales. Or les opérateurs marocains tablaient justement sur la plus-value à tirer du contre-embargo russe sur les fruits et légumes importés d’Europe. Histoire de capter directement les volumes réexportés à partir de l’Europe. Mieux, l’interprofession a mis en place tout un plan d’actions pour consolider le marché russe. 
D’abord le démarrage de l’export a été décalé d’un mois: 13 octobre au lieu du 13 septembre. Ceci, pour éviter les problèmes de qualité rencontrés la campagne précédente. Ce calendrier est également assorti d’une batterie de mesures touchant tous les paramètres de la qualité des fruits qui doivent être au top: maturité, goût, coloration, fermeté et traçabilité. Avec également à la clé, le renforcement du contrôle phytosanitaire et la réduction de la durée des opérations de déverdissage (coloration artificielle).
L’interprofession avait également affiché une forte volonté de reconquérir les parts de marché de l’Union européenne. Surtout que la conjoncture de la présente campagne s’y prête. (Voir encadrés). Mais voilà que l’élan s’est estompé en plein milieu de campagne.

La Russie absorbe désormais plus de 60% des exportations d’agrumes. Ceci s’est fait au détriment du marché de l’UE

Après les intempéries qui ont causé beaucoup de dégâts (chute des fruits, détérioration de la qualité et apparition de maladies), le marché russe se révèle également déficient. A la baisse des capacités d’absorption, ce débouché présente également un gros risque de paiement.
Pour les producteurs, c’est une crise qu’ils traversent pour la troisième campagne consécutive. Une crise qui se matérialise par l’effondrement des recettes à l’export tout comme sur le marché local. Selon les estimations les plus optimistes, l’export global ne devrait pas atteindre 500.000 tonnes pour une production évaluée à plus de 2 millions de tonnes. Résultat, les volumes non exportés vont gonfler l’offre sur le marché intérieur qui est déjà à plat. D’après un gérant d’une station de conditionnement, les écarts de triage de la clémentine sont vendus à moins de 0,60 DH/kg. C’est en dessous des frais de cueillette et de transport.

Opportunité à saisir

Après une production méditerranéenne d’agrumes record de 22,5 millions de tonnes en 2013-2014, le Comité de liaison de l’agrumiculture méditerranéenne (CLAM) prévoit une baisse pour la campagne 2014-2015. L’annonce a été faite lors de l’assemblée générale de cette organisation  internationale qui regroupe les pays méditerranéens producteurs et exportateurs. Pour l’actuelle campagne, il est prévu un recul d’environ 7% imputé à des pays comme l’Italie (-24%), l’Espagne, le Maroc et la Grèce (entre 10 et 15%). La Turquie serait le seul pays épargné. Sa production devrait s’apprécier de 3 à 5%. Les oranges sont les plus touchées avec une baisse moyenne de 10% alors que le recul de la production des petits agrumes serait moindre (2%). Cette situation devrait se traduire par une baisse des volumes échangés, ce qui présente une opportunité pour le Maroc de se positionner.

Perte de parts de marché

L’UE reste le premier débouché des oranges: 1,2 million de tonnes. Le commerce intra-communautaire y est aussi important. Le marché de la clémentine est en nette régression depuis 2009 mais avec des prix plus rémunérateurs (1.200 dollars la tonne) par rapport à la Russie (1.000 dollars). La campagne passée, le volume d’oranges exporté par le Maroc, toutes destinations, a atteint 100.000 tonnes. Au total, l’UE  a absorbé moins de 30% de nos exportations d’agrumes. Mais une bonne partie a été réexportée sur la Russie via les Pays-Bas et la France.  Sur l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe, le Maroc est absent depuis de nombreuses années. Ce marché absorbe pourtant 360.000 tonnes d’oranges par an.

A. G.

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